ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #54

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Bonjour ! Voici une jolie photo de Vincent Héquet chez Leiloona !

Evidemment elle ne pouvait que m’inspirer.

Voici mon texte. N’hésitez pas à y laisser un petit mot en commentaire sur mon blog.

Pour voir tous les textes, c’est ici ! et le mien, c’est là, juste en dessous :


 

Légère, transparente, fondue, brumeuse : elle danse dans ce hangar, sautille, virevolte, et ne se cache plus. Personne ne la voit. Elle ne se voit pas non plus.

Un courant d’air pourrait vous surprendre. Oui. Comme une chaleur. Un souffle au cou, peut-être. Une douceur. Elle tourne sur son corps, laisse flotter ses cheveux, les bras grands ouverts, elle court à son destin, infini, lumineux.

Depuis des lustres qu’elle flotte là, sa silhouette s’élance dans la pièce, sans plus savoir pourquoi.

Ils sont bien venus la chercher. Ont essayé de le lui expliquer. mais elle n’entend pas. Pour l’instant, elle ne les voit même pas. Une vague rumeur peut-être, pas plus que cela. Elle veut danser ici sans raison, sans réponse aux pourquoi.

Un mauvais coup, un accident, une erreur bête, ça surprend. Elle ne sait pas qu’elle doit partir. Elle s’étire dans le hangar, sautille, virevolte, et ne se cache plus. Elle ne craint pas la vie. Il faut attendre que le temps soit venu pour elle de comprendre. De ne plus voler, de ne plus rester, mais d’avancer clairement vers une autre vie,  juste sa lumière, son âme légère et guérie.

Le temps n’est pas venu. Le temps n’existe pas. Le temps se prend, il ne se perd pas. Alors, laissons la danser dans ce hangar, sautiller, virevolter, être heureuse, et en paix.

 

 

 

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #28

Discussion

Sur une magnifique photo de Vincent Héquet  , voici ma participation à l’atelier d’écriture de Leiloona, pour commencer la semaine.

N’hésitez pas à laisser un commentaire…

Pour voir tous les textes,c’est ici ! et le mien, c’est là, juste en dessous :


Vincent Héquet

CERNUNNOS, LE CORNU

Oui, je peux vous raconter l’histoire. Parce que j’étais là. N’écoutez pas les légendes.

La cérémonie venait de commencer. La foule s’amassait depuis plusieurs heures, dense et soudée. Des villages entiers avaient quitté leurs régions, abandonné leurs cultures, laissé leurs biens, sans crainte. Laissant aux hommes trop vieux pour se déplacer, la charge de veiller par la prière sur les bêtes, et d’en appeler à la clémence du climat, pour les jours à venir.

Nous étions des milliers, rassemblés dans cette clairière protégée par les arbres millénaires, et nos ferventes incantations.

Les chants montaient de la foule. Certains tapaient sur les troncs, d’autres imitaient le cri de notre Dieu, en bramant vers le ciel, hurlant vers les étoiles, dansant sous la lune, pleine et bienveillante.

Les vierges étaient là. 12.  En retrait, protégées par les chefs des villages. Simplement vêtues de robes longues et blanches, laissant apparaitre leurs épaules immaculées, la fraicheur de leurs corps, et leurs cheveux flottant aux vents, parsemés de fleurs et de feuillages. Choisies depuis l’enfance pour la pureté de leurs lignées, préparées pour cette année, chacune espérait être l’élue.

Et tout à coup, il apparut. La foule s’écarta et se tut. Cernunnos était là, devant nous, immense, imposant et Cornu. Ses bois caressaient le ciel, ses larges épaules pouvaient déraciner les arbres.

Mais il n’était pas là pour cela. Il devait prendre femme. Celle choisie assurerait la richesse du village pour l’année à venir. Il devait la garder près de lui le temps d’une lune. A la prochaine pleine lune, elle reviendrait à nous. Et si neuf mois plus tard elle enfantait, son enfant serait alors le prochain chef de son village, mi-homme mi- Dieu, et sa famille glorifiée. Si en revanche elle n’enfantait pas, elle serait déchue, perdue, livrée à la nature sans défense et sans aide.

Alors Cernunnos fit jouer sa cape. Il la lança autour de lui et se mit à tourner dans un rythme marqué, saccadé. Les chants reprirent de plus belle, les bois chauffaient, les feux s’embrasaient et lui tournait encore et encore, déplaçant tant d’air que le vent se levait.

Puis il s’arrêta net. Cernunnos s’approcha des jeunes femmes, droites et fières. Sans baisser les yeux, elles affichaient une assurance provocante et sereine.  Je voyais leurs corps frémirent mais leurs cils ne vacillaient pas. Il avançait et les regardait l’une après l’autre. Doucement. Très doucement. Les chants se firent plus doux, comme un murmure, une note suspendue, lancinante presque sourde.

Devant le 9ème il s’arrêta. Sa chevelure rousse ne mentait pas sur sa provenance. Son regard vert perça l’homme cerf jusqu’à son cœur.

C’est celle-ci qu’il choisit. Toujours lentement, il lui tendit la main et fit un signe de la tête. Elle fit un pas, sourit et s’approcha de lui. C’est cette nuit-là qu’il enleva Morgane.

Ils s’avancèrent dans la forêt, s’enfoncèrent derrière les arbres. Sans un regard pour nous. Sans une pensée, sans un regret.  Cette nuit-là, le brame du cerf fut plus fort, plus puissant.

Nous campions dans la clairière, en attendant le retour de la femme du cornu. Priant pour que la vie la rende fertile, et qu’elle le comble, le nourrisse de douceur et de caresses, d’extase et de tendresse. Qu’elle réponde à ses attentes, jusqu’à l’enfant qu’elle doit porter.

Nous avons tant attendu. Trop. La nouvelle lune est revenue, mais pas Morgane. Petit à petit, l’angoisse montait, les silences nous oppressaient.

Certains partaient, terrorisés pour leurs cultures, inquiets pour leurs bêtes laissés depuis trop longtemps et surtout accablés par le signe néfaste que le cerf leur envoyait en ne rendant pas la jeune femme.

Il fut décidé qu’une poignée de volontaires attendrait dans la clairière le retour de Morgane. Je fus désigné. On nous ravitaillait, nos femmes, parfois, nous rejoignaient, certains nous racontaient ce qui se passaient dans les vies que nous désertions.

Les jours, les mois passèrent…. La chaleur de l’été ne nous épargna pas. Ni la fraicheur de l’automne, ni  la rigueur de l’hiver…. Et pourtant. Au printemps, quelque chose arriva.

Une nuit de pleine lune, alors que le ciel nous offrait sa plus belle robe étoilée, une ombre blanche s’approcha. Rien ne craquait sous ses pas. Elle semblait survoler la clairière. Elle s’approcha du feu et déposa un paquet. Comme je me réveillais je pus lui attraper le bras. Sa chevelure rousse me fouetta le visage et ses yeux verres me transpercèrent le cœur.
Voici ce qu’elle me dit :

« Ne m’empêche pas de partir, Kilian. Je vous ai déposé le prix de ma liberté, l’enfant cher à votre cœur. Celui qui assurera la paix et la richesse de nos peuples pour les siècles à venir. Me séparer de mon enfant, c’est le prix que je dois payer pour protéger mon peuple, et garder l’amour que la vie m’a donné. Je pars retrouver Cernunnos, mon amour et mon dieu. Dis à nos peuples qu’il n’est plus questions de vierges ni de sacrifices. Dis leur que Cernunnos s’est uni à moi pour l’éternité, et que la crainte ne nous habitera plus. Protégez notre enfant, il vous protégera à son tour, le moment venu. »

Je l’ai regardé, silencieux, un peu effrayé. Elle m’a souri et s’est enfuit. Jamais nous n’avons revu Morgane ni le Cornu.

Seize années sont passées,  leur enfant est aujourd’hui fin prêt à régner. Pour sauver Brocéliande et nos tribus ancestrales.

Voici la véritable histoire.