ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #39

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Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book

sur une jolie photo de ©Sabariscon.

Pour voir tous les textes, c’est ici ! et le mien, c’est là, juste en dessous :

 

Je suis

Je suis une femme. Toutes les femmes. Sans âge, sans illusion, sans regret, sans démission.

Je suis là où je dois être, je vais là où je dois être. Frêle et forte, discrète, mais assurée, j’avance comme il se doit d’un pas fier et engagée.

Je sais que je ne sais pas, et cela ne m’effraie pas. Pourquoi vouloir tout savoir, tout posséder ? Et oublier de vivre et de respirer ? Quelle drôle d’idée.

Je pense à l’équilibre, mon corps, la terre, l’eau, l’univers. Je crois en un tout, au recommencement, l’avant, l’après, ce que je vois, ce que je ne vois pas. Mon troisième œil est là pour cela. Pour que je n’oublie pas.

Je suis sans époque, les traditions et le progrès vont de pair, je ne vois pas le vent tourner. S’il tourne, c’est qu’il le doit, il le faut, c’est comme ça. Mais moi j’avance et je vais là.

C’est mon chemin, ce que je dois être, ce que je dois faire, ce que je dois croire, ce que je dois vouloir. Tout se tient, tout se suit, tout est utile, tout est le cœur de tout.

Je suis toutes les femmes, tous les hommes, les arbres, le vent, les fruits, la vie.

Je suis ici un bout de femme, et toi tu ne me vois pas. Tu me crois vieille, tu me crois fragile, tu crois que ma vie est difficile. Qu’un parapluie contre le soleil, ma liste de course, c’est ma corvée. Ce n’est pas ma corvée, c’est ma mission, mon rôle, mon chemin : nourrir, protéger, faire grandir, faire avancer et c’est bien.

Je suis ma vie.

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ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #24

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Voici ma 24ème participation  à l’atelier d’écriture de Leiloona et son blog, Bric à Book . Et une sublime photo de Sabine, qui participe également aux ateliers.

Une demande de Leiloona : sortir de « notre zone de confort ». Je lui ai demandé une contrainte supplémentaire, elle m’a soufflé : « un polar »... ce qui n’est pas du tout ma spécialité… donc je suis ravie. Ce sera un polar fantastique… J’espère avoir réussi, mais il me semble que mon style reste très reconnaissable… Ai-je quitté ma zone de confort ? ai-je réussi à vous étonner et surtout à vous plaire dans ce domaine ? 

N’hésitez pas à me faire part de votre avis en commentant mon texte ci-dessous… Belle semaine à tous !


Il s’appelait Saru

J’étais encore sous le choc. Accroupi sur le sol, mes genoux protégeaient mon visage que je tenais entre mes mains. En gardant cette position, je ne sais si je voulais préserver les images accrochées à ma mémoire, ou si, au contraire, j’essayais de ne pas en recevoir d’autres malgré moi, plus inquiétantes encore… Tout était fini depuis de longues minutes, mais j’étais incapable de me détendre.

La police était arrivée et questionnait les autres touristes, témoins de cette scène apocalyptique. Certains affolés, d’autres juste curieux, tous avaient une version à livrer, plus invraisemblable l’une que l’autre. Mais comment croire à pareilles histoires ?

Pour l’instant, ils me laissaient de côté, protégé par deux gardes, ausculté par un médecin.Je ne lui rendais pas la tâche facile, à ce pauvre docteur. Ma position fœtale me convenait mieux que tout autre, qui lui aurait donné la possibilité de prendre ma tension, regarder mes réflexes et l’état de mon cerveau.

Si je n’avais pas vécu cette scène à l’intérieur même de mon corps et du temple de Beng Mealea, s’il n’y avait pas eu cette foule rassemblée, les forces de l’ordre regroupées, personne n’aurait pu imaginer ce qui venait de se passer. Il ne restait plus rien, sauf du sang sur mon visage. Pas de corps, pas d’arme, plus de bruit, le jeune bonze volatilisé. Et pourtant…

Grâce à la construction récente d’une route partant de Siem Reap, le temple de Beng Mealea était devenu le plus facile d’accès de tous les temples oubliés du Cambodge. A ce titre, ill devenait une étape inévitable de notre circuit. Et il valait le détour… Incroyable ! J’étais arrivé le matin même et je me régalais du spectacle de la nature reprenant possession de la pierre. Je marchais lentement et appréciais chaque détail… J’arrivais à oublier mes angoisses, mes démons, les soucis de la vie qui ne me l’ont jamais rendu facile. Je commençais à m’apaiser, me sentir presque bien. Je devenais aventurier, Indiana Jones, savourant l’atmosphère si particulière que ce temple dégage avec ses couloirs effondrés, ses racines et ses arbres rongeant les ruines. C’était fantastique, majestueux…

En tintant dans les feuilles, le vent apportait plus de magie encore à l’endroit. Notre silence était le seul respect que nous pouvions offrir à ce lieu étonnant, nous qui foulions de nos vieilles godasses un sol chargé d’histoire…

Et puis il est apparu. Marchant, presque sautillant, comme un enfant. Je croyais que l’on ne pouvait devenir bonze qu’à 20 ans, mais ce jeune garçon semblait loin de les avoir atteint. Il ressemblait à un mirage, flottant  dans sa robe orange, signe d’un renoncement librement adopté, et jouait avec son bâton en le faisant virevolter autour de sa tête. Je ne sais ce qu’il était en train de vivre ou de rêver, mais son imagination était fertile : Il dansait, volait, sautait et brandissait son bois comme le prolongement de sa main…

Et soudain, il m’a vu. Il s’est arrêté et m’a fixé. Son regard est devenu noir, perçant, non plus honnête, joyeux, ni simple, comme il pouvait l’être quelques secondes auparavant.

Il semblait me poser une question que je ne comprenais pas. Il tourna alors son corps vers le mien, s’immobilisa à nouveau et insista.

Sans que je puisse l’expliquer, ses yeux commençaient à me brûler le fond de l’âme. J’avais physiquement mal, je ne pouvais plus bouger. Je le fixais également malgré moi, effrayé, paralysé, espérant une issue, quelle qu’elle soit. Cette éternité ne dura que quelques secondes. Puis il brandit son bâton, le faisant tournoyer en petits cercles précis, tout en précipitant son pas dans ma direction. Ses yeux restaient accrochés aux miens. Toujours plus puissants, toujours plus oppressants.

Plus il avançait, plus mon corps se figeait dans une douleur grandissante, frémissante. Mes veines se remplissaient d’une sève inconnue, mon cerveau se broyait  dans mes tempes prêtes à exploser. Je me suis entendu hurler d’une voix qui n’était pas la mienne. Un mal devait sortir de mon corps et pour ce faire, mobilisait toutes mes énergies. Plus il s’approchait et plus le mal se précisait pour sortir par ma bouche comme on vomit de la haine. Je la toussais, la crachais, sans pouvoir respirer. Une énergie maléfique s’extirpait de moi avec douleur. Mes pupilles soutenaient son regard avec difficulté et pleurait du sang, mon corps se tordait, comme un torchon essoré, terrassé.

Et puis c’est arrivé : Le bonze a lancé une décharge de son bâton pointé dans ma direction, une détonation ricocha sur les ruines, les arbres, les racines. Son souffle s’engouffra dans mon ventre et le mal en sorti. Je l’ai vu s’expulser de moi : Noir, opaque, fumant, nauséabond. Je me suis écroulé au même instant, libéré d’une douleur sourde présente en moi depuis si longtemps.

Je suis resté figé quelques secondes encore. Reprenant ma respiration difficilement, hébété par cette violence clairement salvatrice. Car malgré tout, malgré l’horreur que je venais de cracher, malgré ces larmes de sang, malgré la crise de démence dont je venais d’être la victime sans même l’avoir comprise, je me sentais mieux. Bien. Vide, mais pas perdu.

J’ignore pourquoi il a fait cela, comment c’est arrivé, mais ce petit homme avait bien senti le mal qui me rongeait et l’avait expulsé simplement, par la force de sa conviction.

En ouvrant les yeux, je vis la foule en retrait, effrayé, serré, me dévisageant comme une bête sauvage. L’enfant n’était plus là. Restait son bâton posé sur le sol, à mes côtés. Une canne taillée, grossière, une branche somme toute banale.

J’ai entendu quelqu’un dire qu’il avait reconnu l’enfant, c’était Saru, l’un des jeunes qui était devenu bonze la veille. Saru…

Pour moi tout était clair, je n’avais plus qu’un objectif : retrouver cet enfant, connaitre son histoire, et de quelle façon elle pouvait être liée à la mienne…