PARTICIPATION ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK#5

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Et voici ma nouvelle participation à l’atelier d’écriture

de Bric à Bookavec une photo au top de ©Romaric Cazaux,

Pour découvrir tous les textes chez Leiloona, c’est ici !

Faut que je me calme…

C’est moi qui porte tout : le parasol, les coussins, les paillasses pour madame, mon siège-pliant, mais ça, bon. Les bouteilles d’eau et les journaux.

Je porte tout, et madame trouve le moyen de râler, encore et toujours.

« T’as pensé à ma crème ? Non ? Ça fait 30 ans qu’on va à la plage et tu oublies encore ma crème ? Mais prends de l’eau ! Sinon on va se déshydrater, enfin ! Dépêche-toi Henri, sinon notre place sera prise et tu sais bien que plus haut, le sable est moins doux ! »

A chaque fois la même rengaine :

« Marche plus vite, Henri, mets pas des Tongue si tu ne sais pas marcher avec ! Pourquoi tu traines ? »

Et voilà qu’elle s’arrête parce qu’on croise Lison et qu’il faut dire bonjour Lison, savoir comment va sa fille qui attend son 3ème et son chien qu’elle a castré le mois dernier, et ça jacasse et ça discute et ça traine, « et c’est lourd le bordel, Babeth, on avance là ou quoi ! »

Alors elle arrête de parler, elle me regarde et elle soupire.

Elle penche la tête, la bouche tordue,  les yeux colères,  et embrasse Lison en lui marmonnant ce que j’entends depuis 30 ans « je ne peux jamais avoir 2 minutes pour moi. On se rappelle samedi quand il sera à son club. » Je rêve…

Sur la fin du chemin de la plage, elle me raconte comme Lison a grossi ces derniers temps et comme du coup, ce serait bien que, moi, je perde du poids ! Et voilà c’est reparti, ma brioche Kro ! Mais je l’aime bien moi ma brioche Kro et puis elle les a regardés, ses jambonneaux ? Elle veut que je lui en parle de ses pilons ? Bon, non…  Je ne vais pas en parler, je vais encore avoir des problèmes après.

Faut que je me calme.

Après, quand on arrive sur la plage, comme par hasard, des gens qui ne sont même pas du coin empiètent sur son bout de sable… Et vas-y qu’elle râle parce que j’étale mal sa paillasse, et vas-y qu’elle râle parce que j’étale mal sa crème et vas-y qu’elle râle parce que je râle.  Je vais me calmer.

C’est bien le silence quand même.

Mouai… Mouai. Mouai…

Malgré tout, faut reconnaitre qu’elle est belle la vue d’ici.

Bon… Elle n’a pas tort non plus Babeth, fait super chaud ici, l’eau fraiche c’est quand même mieux qu’on y ai pensé.

Et puis vu le temps qu’on passe ici, heureusement  qu’elle en met de la crème, ma Babeth, sinon elle serait toute écrevisse, et les écrevisses je les préfère dans mon assiette que dans mon lit. Elle n’aime pas quand je dis ça, Babeth, mais dans le fond elle rigole aussi. Ah ! Et puis on se connait ! Après 30 ans, si on ne peut plus se charrier un peu… Souvent, faut reconnaitre, elle a raison… Lison : qu’est-ce qu’elle a grossi !  Ma petite femme aussi, depuis 30 ans, elle a un peu grossi, mais je l’aime comme elle est parce qu’elle est devenue comme je l’avais choisie : Généreuse, entière, aimante. Et chiante.

Je me suis calmé.
« Babeth, tu viens te baigner ? »

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