ATELIER ECRITURE BRIC A BOOK #13

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Comment bien démarrer la semaine ? En se posant quelques instants pour habiller une photo choisie par Leiloona, de quelques mots durs ou tendres, drôles ou émouvants, simples ou plus complexes mais toujours chargés de sens…

Pour découvrir les textes de l’atelier d’écriture de Leiloona, c’est ici

Voici le mien, une inspiration libre sur une photographie de Romaric Cazaux.

J’espère que vous aimerez… belle semaine à tous !

LE PARDON


Parfait.

Elle est arrivée, bien à l’heure devant la boutique.

OH mon Dieu… elle n’a pas changé. Ou si peu. Un peu vieilli, peut-être. Et beaucoup de tristesse. C’est vrai. Mais qu’ai-je fait…

Elle attend patiemment, gentiment en regardant tous ces vêtements d’enfant. Elle ne sait pas que le message venait de moi. Elle se demande…

Cinq ans que l’on ne s’est pas vu. Après cette dispute ridicule. Je n’ai pas voulu l’entendre, je n’ai pas voulu accepter ses reproches, son autorité et son amour. Cinq ans que je me braque, que je refuse ses lettres, ses emails, ses appels. Cinq ans que je renonce à ma mère, par vanité, par orgueil, pour assouvir mon caprice du dernier mot.

Il fallait bien la punir, lui montrer  que je n’ai plus de leçon à recevoir de sa part. Que je n’ai pas besoin d’elle… Pas besoin d’elle. Quelle foutaise !!!!

Cinq ans que je la sens pleurer derrière mon épaule et que je ne me retourne plus. Cinq ans que j’ai mal aussi, mais je ne veux pas l’entendre. La vie continue, ma vie se construit petit à petit.

Mon travail, mes amis, mes amours… Et puis mon amour… Lui, qui est arrivé sans prévenir, qui a chamboulé mes jours et mes nuits, qui m’a montré le chemin à prendre. Même lui ne pouvait me raisonner jusque-là, me faire comprendre que c’est l’unique, la seule. Et je ne l’entendais pas.

Pourtant, la semaine dernière… Ce rendez-vous, cette annonce, ce changement, cet espoir. Cette vie, et ce vide… Je ne sais pas.

Je devais comprendre, revenir en arrière, m’excuser et la serrer dans mes bras. Ce chamboulement sans elle, non. Depuis, souvent, dans ma tête, je te le répète en boucle, je te parle tout bas :

Maman. Mon ventre s’arrondit et ma gorge se serre. Mon cœur bat pour deux, mais il s’arrête à chaque fois que je pense à toi; Je vais nourrir un enfant, le porter vers la vie, l’éduquer et l’aimer et tu n’es pas là pour m’accompagner, pour partager cet amour qui déborde. J’ai besoin de toi. Je t’aime plus que je ne le croyais. J’ai besoin de partager avec toi la femme que je suis, la mère que je deviens.

J’avance, lentement, je traverse la rue. Tu ne te retournes pas. Pas encore. Tu regardes les bodies, les culottes, les rayures et les couleurs, l’enfance, la vie. Cela doit probablement te ramener à moi, bébé, l’époque du bonheur. Je suis presque derrière toi, sur le même trottoir. Mais je m’arrête, je ne peux aller plus loin.

Tu dois entendre mon cœur battre derrière toi :Tu te retournes et tu me vois. Tes yeux s’ouvrent. Ta bouche tremble. Ta main se ferme, puis s’ouvre et se tend vers moi… les deux bras. Je vois ta larme sur ta joue. Je te regarde encore loin. Mon regard se brouille, mes larmes débordent. Je pose ma main sur mon ventre, je la laisse doucement, tendrement, et je m’approche de toi, hésitante. Je me rends compte du mal que j’ai fait en me fermant. Du temps perdu par fierté.

Tu me vois maintenant, tu comprends, tu souris. Tu me prends dans tes bras, mon visage dans ton cou, les battements de ton cœur à l’unisson avec le mien et celui du bébé. Le fil rouge.

Cinq ans que je refuse de t’aimer, et en un instant tu m’as tout pardonné.

Maman, apprends-moi à être comme toi : un être d’amour inconditionnelle, le pardon généreux, le sourire aux lèvres.

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