ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #44

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Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book

Sur une nouvelle photo de Leiloona.

Pour voir tous les textes, c’est ici ! et le mien, c’est là, juste en dessous :


 

La tête haute, le visage droit, le regard froid. Les épaules basses, le coup tendu. Sans expression. Ne pas bouger. Tout le décor tombe en lambeau. Les murs craquellent, les pierres s’écroulent, la mousse pousse. On ne bouge pas, on ne dit rien, c’est normal, tout va bien.

Il fait gris, il pleut, les gens passent. S’arrêtent, regardent, reculent. S’interrogent, pas longtemps, mais réfléchissent. De jour en jour, de siècle en siècle, de génération en génération, admirant ce qui a été construit dans le passé, ils avancent en arrière.

Rien ne tient, tout fou le camp, dans le temps… C’était le bon temps ! Avant c’était mieux, on construisait plus solide, on savait ce que l’on faisait où on allait. Les hommes étaient des hommes, les femmes des femmes, et puis les esclaves… les nobles, tout le monde à sa place et le troupeau est bien gardé.

Ben voyons. Tellement facile de se comparer au passé. D’admirer ce que l’on faisait. Et si on s’intéressait plutôt à ce qui est droit devant ? On me demande de ne pas bouger, moi une statue de pierre, juste un visage, très bien, mon regard est fixe, et je vois tout se profiler.

Vous pouvez vous protéger derrière votre passé, ou sous votre petit parapluie étriqué, regarder derrière et ne rien assumer. Si vous ne changez pas vos mentalités, elles auront beaux dos, les ruines de votre histoire. Rien ne pourra vous protéger.

Mais c’est vous qui voyez. En vous souhaitant une bonne visite, et n’oubliez pas le guide !

 

 

 

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ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #43

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Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book

Sur une nouvelle photo de Claude Huré. Un visage enfantin, magnifique.

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Comme elle est drôle, cette dame, à me prendre en photo. Il n’y a pas d’enfants dans son pays ? Elle s’exclame, elle s’extasie, je ne comprends absolument rien à ce qu’elle dit. Sa bouche fait des petits sons très aigus en oooooo et en iiiiii, quelquefois sa langue gigote et claque comme des chansons qu’on chante avec mes frères.

Elle semble gentille, mais pas très intelligente. Certainement incapable d’aider maman ou de s’occuper de nous ici. Mais elle n’a pas l’air méchante. Je me demande bien quel peut être son rôle dans son village.

Bizarre aussi, ses ongles si longs rouges, bleus, avec des paillettes dedans. Ce n’est pas très joli. Ça doit avoir une signification. Peut-être pour sa religion. Pour espérer une protection ? Pas très pratique pour travailler la terre ou faire à manger, en tous les cas. Et puis son sac, là ça sert à quoi ? Bien trop petit ! Vraiment ces étrangers, je ne m’habituerai jamais.

Quand elle enlève son appareil photo de son visage, elle me fait un clin d’œil, elle me fait rire. Alors je lui fais des grimaces aussi. On ne parle pas la même langue, mais ce n’est pas si compliqué de se comprendre du regard.

Juste à côté d’elle, il y a un gros monsieur qui soupire. Il marche devant, et puis derrière, on dirait qu’il a envie de faire pipi ! il ne sait pas se poser deux minutes, lui. Comme il est bizarre. Il a une voix grave et puissante comme un torrent, il parle tout le temps. Il fronce ses gros sourcils regarde son poignet, avance de deux pas, recule de trois. Elle ne lui répond pas, mais elle lève les yeux au ciel, et hop elle me raconte n’importe quoi, des clipechluskirts que je ne comprends pas, elle cligne d’un œil, clic !, et elle sourit.

Alors j’attrape le bout de lanière de mon vêtement, je le mâchouille parce que c’est bon, et j’essaye, moi aussi, de prendre en photo son visage, avec ma tête. J’ai bien envie de me souvenir de cette petite dame-là qui me trouvait mignon, je crois, et je ne sais même pas pourquoi.

 

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #42

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Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book

Sur une magnifique photo de Yannick Debain, comédien que l’on peut applaudir  dans une jolie pièce de théâtre que Leiloona a vu pour nous : Les Anciennes odeurs.

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Le ballon rouge

Il lui a fallu peu de temps pour enfiler son manteau, son écharpe et ses gants.

Ronan ! Attends une minute s’il te plait.

Comme le téléphone s’est mis à sonner, sa mère a décroché, lui a fait signe des yeux de ne pas bouger (la conversation n’est pas terminée), s’est déplacée dans sa chambre et a commencé à parler. 60 secondes pour qu’il décide d’en profiter, de s’équiper, pour s’éclipser. Elle lui a dit une minute. Une seconde après, il ne s’est pas fait prier. Ah, ça ! s’il s’agit de jouer, bizarrement il ne manque pas d’énergie. Mais quand il faut travailler, les yeux se tournent vite vers la fenêtre, la bouche sur le stylo, la jambe gigote, et l’impatience finit par déborder.  Elle ne sera pas surprise de retrouver le salon déserté.

Il faut le comprendre. Ce qu’il aime, c’est la nature, les chemins, la terre, les copains. Certainement pas la ville, les immeubles, les trottoirs et le béton. Le soleil éblouit le ciel, même les nuages s’effacent devant tant de luminosité. La rue serait presque belle. Il y fait froid, oui, mais il ne pleut pas. Le temps est sec, alors pour jouer, ça suffira.

Ronan regarde : dans les gratte-ciels, les femmes et les hommes s’affairent. Leurs ombres avancent derrière les baies, elles ne s’arrêtent jamais. Sauf pour calculer, compter, compenser. Le paysage ne peut rien pour leurs priorités. Dans la rue, les passants passent. Sans rien voir, juste avancer. Courir vers la prochaine étape. En avance vers celle d’après. Sans cesse. Sans arrêt. Sans plaisir. Jamais. Les trottoirs gris, les caniveaux, une banque, un assureur, une banque, une agence immobilière. Pas d’autres boutiques pour subsister ? Une banque, un assureur, une agence immobilière. Tiens, un point soleil ! C’est une blague ? À quand un point oxygène ? Un point rire ? Un point câlin ? Ah non. Ça, un point câlin, bon…

Ronan ne comprend pas le monde, il attend le weekend, les vacances, pour partir loin de tout. Alors, en attendant, il court, il rit, il imagine, ça lui suffit. Il écoute aussi : un enfant pleure. Sa maman crie. Elle tire sur son bras. Il faut y aller, avancer, tout droit. Le temps n’attend pas, tu comprends ? Mais le petit gars freine de tout son poids. Évidemment, il ne comprend pas. Ce qu’il veut c’est son ballon rouge qui s’envole par-là. Juste un instant pour le raccrocher à son poignet et après ils pourront avancer. Sa maman n’entend pas, elle ne voit que l’heure qui tourne et ne se rattrape pas.

La vie est bien faite parfois. Ronan n’est pas loin : il se déploie. Un peu éblouit par le soleil, mais il y croit. Il n’échouera pas. Impossible. Il tend sa main, son bras, ses jambes, sur la pointe des pieds, son corps s’accroît. Les muscles s’étirent encore et encore. C’est possible. Le vent l’aide un peu. Encore un effort. Le ballon se rapproche, enfin. Il se laisse cueillir. Ronan se replie vite, ferme sa petite main et sourit. Voit que l’enfant est parti. Rien n’est perdu, il a 10 ans, tout est possible. C’est pour ça qu’on grandit. Si on savait, on resterait petit. Il court tant qu’il peut, en trois pas, il fait au moins mille lieux. Une flamme rouge vif court avec lui, joli ballon danse au-dessus, sautille, frétille, pendu à son fil.

À l’angle de la rue, il l’aura rattrapé. Il pourra lui rendre. Ronan sera fier, se sentira grand. De ceux qui savent ce qui est vraiment important.

 

 

 

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #41

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Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book

sur une jolie photo de ©Claude Huré

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George lit

Tous les dimanches, en fin de matinée, dès que le temps le permet, George vient ici.

Pendant que sa femme court à la messe, il s’installe. Elle prie pour son âme, pour celle de son mari, aussi pour leurs enfants, leur commerce. Enfin, Madeleine prie.

George commence par méditer. D’abord, il choisit son banc, sous les marronniers, le même depuis vingt ans. Il s’assied, satisfait, se tend, ferme les yeux, offre son visage au soleil naissant, juste quelques instants, et profite simplement.

Il sourit à sa vie et pour sa femme qui prie pour lui.

George se détend.

Doucement, il déplie son journal. Très précautionneusement. George prend le temps. Il le suspend. Il scrute scrupuleusement tous les articles du moment, espérant trouver quelques mots surprenants. Des voyages, des crimes, des résultats sportifs, tout lui plait, l’intéresse, le captive. Il s’inquiète, ou en rit. Il s’étonne, se méfie. George doute, comprend, ou pas, se rebelle, se choque, se marre.

Voilà. George vit.

Il reste longtemps immobile, recroquevillé sur ses genoux, sur son journal. Mais le soleil bouge autour de lui, les rayons chauffent, l’ombre rafraichit, le vent tourne, l’éclairage change. A la lecture des affaires qu’on lui raconte ici, pas de doute, les temps aussi.

Alors, il fronce les sourcils, soupire et reprend.

Il savoure tranquillement l’heure de la messe. Au calme, dans son jardin public, sur son banc, sous son arbre, au soleil, sous le vent.

George lit les nouvelles. C’est son moment.

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #40

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Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book

sur une jolie photo de ©Manue

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EAU DIVINE

L’origine, la fin, l’essence, l’essentiel. Eau pure, transparente, forte et fuyante.

Tu apportes la vie, mais portes le mal, transportes les virus d’une rive à l’autre, diffuses et propages.

Tu nous donnes ce que tu reçois, pas de calcul.

Tu permets le voyage, la transmission, la connaissance, l’espoir.

Tu promets la profusion, le développement, les pousses, les herbages.

Larme ou sueur, bruine ou rosée, pluie, tempête, flaque, mare, étang, lac, rivière, fleuve, mer, cascade… Tu épouses toutes les formes, te faufiles, glisses, coules, jaillis ou tu stagnes. Rien ne t’empêche, rien ne te freine.

Parfois je te devine, un clapotis qui claque.

Parfois je te fuis, tu grondes, tu me gifles et tu t’écrases sur mon monde.

Parfois je te bois, parfois tu me noies.

Quelles que soient ma religion, ma croyance et mes envies, tu es forcément le cœur de ma vie. Sans toi je ne suis rien. Alors je te reçois. Tu me nourris, me fais grandir, et me nettoies. Corps et âme. Tu chasses l’obscure et me rends pure.

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #39

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Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book

sur une jolie photo de ©Sabariscon.

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Je suis

Je suis une femme. Toutes les femmes. Sans âge, sans illusion, sans regret, sans démission.

Je suis là où je dois être, je vais là où je dois être. Frêle et forte, discrète, mais assurée, j’avance comme il se doit d’un pas fier et engagée.

Je sais que je ne sais pas, et cela ne m’effraie pas. Pourquoi vouloir tout savoir, tout posséder ? Et oublier de vivre et de respirer ? Quelle drôle d’idée.

Je pense à l’équilibre, mon corps, la terre, l’eau, l’univers. Je crois en un tout, au recommencement, l’avant, l’après, ce que je vois, ce que je ne vois pas. Mon troisième œil est là pour cela. Pour que je n’oublie pas.

Je suis sans époque, les traditions et le progrès vont de pair, je ne vois pas le vent tourner. S’il tourne, c’est qu’il le doit, il le faut, c’est comme ça. Mais moi j’avance et je vais là.

C’est mon chemin, ce que je dois être, ce que je dois faire, ce que je dois croire, ce que je dois vouloir. Tout se tient, tout se suit, tout est utile, tout est le cœur de tout.

Je suis toutes les femmes, tous les hommes, les arbres, le vent, les fruits, la vie.

Je suis ici un bout de femme, et toi tu ne me vois pas. Tu me crois vieille, tu me crois fragile, tu crois que ma vie est difficile. Qu’un parapluie contre le soleil, ma liste de course, c’est ma corvée. Ce n’est pas ma corvée, c’est ma mission, mon rôle, mon chemin : nourrir, protéger, faire grandir, faire avancer et c’est bien.

Je suis ma vie.

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #38

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Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book

sur une jolie photo de © Julien Ribot.

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Aujourd’hui, je suis de bonne humeur, rien ne pourra changer cela. Pas même le froid qui me glace le nez et le bout des doigts.

Le mois le pire de l’année est enfin terminé.

Il est trop long, rien à célébrer, rien à projeter, juste les excès des fêtes à accuser, et le printemps à espérer.

Trente-et-un jours à crever. Mais là c’est certain, ça se finit. C’est bien.

 

Je suis de bonne humeur, j’ai envie de rire. Rien ne l’empêchera.

Pas même la vue de cet arbre nu, comme planté de travers dans la terre, les racines à l’envers. Je ne l’entends pas me dire « viens sous mes branches pour te pendre ».

Bientôt il sera majestueux, des feuilles bien tendres l’habilleront.

Il me dira juste « viens sous mes branches pour t’étendre » et je me coucherai là, à l’ombre, enlaçant son tronc.

 

J’ai bien dormi cette nuit cachée sous ma couette. Tous les soirs, la pluie rythme mon sommeil, en s‘écrasant sur les carreaux.

Mais la journée sera belle, même si le ciel est gris-brumeux, même si les oiseaux n’y volent plus, n’y chantent plus non plus.

Même si le soleil se cache bien loin de lui, même si le vent seul s’y promène.

D’ailleurs, son souffle ne me gifle pas. Mais non ! Il me caresse. Au pire c’est une promesse, celle du printemps qui se profile.

 

Bientôt je courrai dans la campagne. Bon, pour l’instant je ne peux pas, la terre colle à mes bottes, elle s’agrippe et me supplie :

« Emmène-moi avec toi, ne me laisse pas là, rentrons ensemble près du feu, allez va ! »

Même le village là-bas ne me désespère pas. Il n’y arrive pas, la vie reviendra.

Dans quelques mois, les restaurants ouvriront leurs terrasses, les maisons, leurs volets, la place s’animera d’un bal pour le 14 juillet.

 

Vous voyez ? Aucune raison de déprimer.

Je crois que je vais quand même aller me recoucher.