ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #52

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Pour fête la rentrée littéraire, les éditions Calmann-Lévy ont proposé à Leiloona un projet fou : allier notre atelier d’écriture à une masterclass qui aura lieu au Labo des Histoires avec Donato Carrisi, l’auteur du Chuchoteur, le lundi 5 septembre !

Le concept est le suivant : à partir de la couverture de son nouveau roman La fille dans le Brouillard, nous écrivons un texte, publié aujourd’hui, le lundi 29 août, et Leiloona effectuera un tirage au sort pour savoir qui participera à cet atelier d’écriture avec Donato Carrisi !

Allez c’est parti. Voici mon texte. N’hésitez pas à y laisser un petit mot.

Pour voir tous les textes, c’est ici ! et le mien, c’est là, juste en dessous :


 

La nuit me glace. Noire et froide, elle me couvre et me paralyse. Elle ne laisse rien au hasard. Aucune chance à la lumière ni à l’espoir. Noyé dans son épaisseur, j’avance lentement, difficilement. Le vent me freine et me coupe. Tout m’oblige à renoncer. Je ne renoncerai pas. La nuit me connait bien mal. Sa lune douce et claire m’a souvent entendu prier, souvent vu l’admirer, m’entêter à rêver et à espérer. Elle devrait savoir que je n’abandonne jamais.

Je l’ai vu, je veux la retrouver. Je dois vous parler d’elle. Si je ne le fais pas, qui le fera ? Ne pas l’oublier. Je dois écrire ce dont je me souviens pour la voir vivre encore près de moi. Si proche. Les mots s’enfuient de ma mémoire. La maladie me fait perdre la raison, les mots, la logique. Mon cœur, lui est sain et sauf ! Il se souvient de tout. Bientôt je ne pourrai que ressentir son manque, la cruauté de ce vide qui broie ma vie, mais je n’aurai plus de mots pour l’exprimer. Vous parler d’elle avant que je ne sois plus capable de le faire, c’est ma priorité.

Et puis, la vieillesse… Personne n’écoute plus un vieil homme froissé par la vie. Mon amour a 20 ans. Mon amour est sans âge. Mon amour est un môme futile, emporté, innocent, qui court dans les prés, dans les forêts. Dans les champs. Ne voyez-vous pas que je ne suis qu’un enfant ?

Toutes les nuits, je la cherche. Ici, là, je la cherche à en crever. Mais quand le soir est brumeux, quand l’obscurité s’enfume, alors je m’enflamme. C’est durant une nuit comme celle-ci que je vais la retrouver. Car c’est ainsi que je l’ai perdue.

Je marchais. Droit devant. Pourquoi ? Vers quelle destination ? Je ne sais plus. Quelle importance ? Je marchais droit devant. Le brouillard bouchait la vue, mais ce chemin, je le connaissais bien. J’avançais du haut de mes trente ans, fort, impétueux, sûr de moi, de ma route, de mon destin. Mes jambes portaient mon corps et mes désirs, mon cœur battait pour l’avenir. À trente ans tout est possible. Je peux le dire maintenant. À quarante, à cinquante, à soixante aussi. Mais je ne le savais pas. Pour moi, à l’époque, la vie s’arrêtait là.

Perdu dans mes pensées, dans mes idées, je l’ai bousculée. Je ne l’ai pas vue arriver. Elle m’est tombée dans les bras. Un parfum de jeunesse, de savon, de rose et de lilas. En tombant dans mes bras, mes mains ont frôlé ses bras. Doux, tendres, une caresse, un frisson. Sa respiration sur ma joue m’a tenu en arrêt. Une brise sur ma peau. Son ventre sur le mien. Sur mon coeur, ses seins… Mes yeux ont accroché les siens. Verts, profonds. Deux puits sans fond, transparents, inquiétants, agités. Sa bouche s’est entr’ouverte, j’ai espéré un baiser. Je ne savais plus qui j’étais. J’ai espéré un baiser, mais elle s’est reculée. A étouffé un petit cri, s’est excusée. Ses cheveux longs dansaient sur ses épaules, une mèche chatouillait son menton, j’aurais aimé qu’elle me frôle à mon tour.

Ses mains taquinaient le tissu de sa robe. Elle me sourit, s’excusa encore et partit. Je l’ai suivi. Je n’aurais pas dû, je sais, mais je l’ai fait. Je l’ai suivi. Son pas s’est accéléré. Non. Pas pour m’éviter. Pour tomber dans les bras d’un homme. De celui qu’elle espérait. Alors j’ai reculé. Elle l’a embrassé. Mais tout en fondant ses lèvres sur les siennes, c’est moi qu’elle regardait. C’est à moi qu’elle l’offrait, ce baiser. Ils se sont regardés, ils ont ri. Enlacés, ils sont partis. Le brouillard les a engloutis. J’entendais encore ses talons, son rire. Je devinais le reste. Blessé.

Ma vie est passée. Parfois j’ai cessé d’y penser, mais je ne l’ai jamais oublié. Si j’avais été plus courageux, je l’aurais abordé, je lui aurais dit de m’aimer.

Voilà. Ma vie s’en est allée. Aujourd’hui je n’ai plus rien que son parfum, la mémoire de son souffle, de son sourire, de ses lèvres sur celles d’un autre et de ses yeux dans les miens.

 

 

 

 

 

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #49

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Bonjour à tous, Vive le lundi  !

Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book, sur une photo de Leiloona.

Ce texte est plus long que mes textes habituels, mais je me suis laissée porter par l’histoire. J’en aurais bien fait le point de départ d’une nouvelle ou d’un petit roman…

Pour voir tous les textes, c’est ici ! et le mien, c’est là, juste en dessous :


 

JEAN DE LA LUNE

Les trois dernières saisons ont laissé des traces de leurs passages : des arbustes morts gelés se figent dans le vent,  des feuilles jaunes tapissent le sol, de la mousse grignote les dalles, tandis que des herbes folles s’accrochent aux murs de la maison. Et pourtant les rosiers fleurissent, la glycine se laisse aller de tout son long et s’écroule sur la barrière. Personne n’a entretenu le jardin depuis mon départ. En avançant, j’évite d’écraser les plantes. Je fais même attention aux mauvaises herbes.

Sur la pointe des pieds, je me dirige jusqu’à la porte entr’ouverte. Je la pousse. Elle est lourde et couine comme une souris. Personne ne l’a huilée non plus. Quand je suis absent, ici rien ne se fait. Et pourtant les volets sont ouverts, une fenêtre laisse courir un courant d’air qui me chatouille le cou. La poussière est faite, rien à dire, rien ne traîne. Un vieux 33 tours habille l’ensemble d’un « How High the moon » de Chet Baker qui me ravit. Une odeur de café finit de me détendre. J’appelle mon oncle Jean, mais il ne répond pas. Je recommence, sans réponse. Du café fumant dans une tasse, me voilà parti dans le salon, vers cette musique que j’aime tant, lorsque mes yeux se perdent dans le coin de la pièce…

Les bagages de mon oncle sont prêts. Aucun doute là-dessus. Un gros sac en cuir usé plus que possible, deux valises et une malle. Ses clubs de golf, il part pour un long moment. Mais où peut-il aller avec tout cela ? Et qui va le conduire ? Lui porter ses bagages ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

Des pas derrière moi et l’arrêt brutal de la musique,  finissent de me sortir de ma rêverie. Oncle Jean arrive, sifflotant et joyeux, son chapeau de paille sur la tête, un sécateur à la main, son grand tablier bleu noué autour de sa taille et ses bottes aux pieds.

–Ha ! Christian ! Tu es là, très bien ! En t’attendant, j’étais parti au jardin pour cueillir quelques roses pour Odette.  Comme elle va s’occuper de la maison et du courrier, je peux bien faire ça. Bon. Je pose tout ça et on y va ?

Et le voilà parti, sans attendre ma réponse, à marcher à rythme décousu, décalé et appuyé vers le grand escalier. Il semble se précipiter, mais risque de tomber.

–Mais où va-t-on, mon oncle ?

Lui dis-je en lui attrapant le bras un instant avant qu’il ne s’écroule sous son poids.

–Tu n’as pas eu ma lettre ?

– Vous voulez dire le message que vous m’avez laissé pour savoir si je venais ? Celui-là, je l’ai reçu, c’est pour cela que je suis là, mais je n’ai reçu aucune lettre, Oncle Jean.

–Tu m’étonnes mon garçon, je t’ai écrit le mois dernier pour te demander de m’accompagner. Je ne suis pas fou, quand même ! Ah ! tu as pris un café tu as bien fait.

–Je sais que vous n’êtes pas fou, mais je ne l’ai pas reçu.

–Tu as eu mon message, donc tu es là, donc tout va bien ; on y va !

Et le voilà reparti, à avancer d’un bon pas, complètement déséquilibré sur ses jambes tordues, arquées, imprécises, mais jamais indécises. Il avance coûte que coûte. Toujours ! Un exemple cet homme-là. Heureusement, j’ai encore des réflexes. Je l’intercepte et je le stoppe. Il se fige, me fixe et attend que je parle. Enfin !

–Oncle Jean, je ne suis au courant de rien. Expliquez-moi, voulez-vous ? Où allons-nous ?

–Très bien. Je recommence.

Il soupire, retire son chapeau de paille, fronce les sourcils, se rapproche de moi et entame son explication, d’une voix sourde, très lente et très grave…

–Nous partons sur la lune, mon enfant ! N’as-tu pas remarqué ? Elle nous appelle ! elle se rapproche dangereusement actuellement, mais il ne faut pas la laisser nous percuter, alors je dois aller sur sa face obscure pour la freiner et l’empêcher de rencontrer la terre, tu comprends ?

À ce moment, Odette arrive. Comme un miracle, le soutien qui me manquait. Elle l’entend finir sa phrase, mais sait très bien de quoi il parle.

–Bonjour, Christian, je voulais vous appeler, mais il ne me laisse pas une minute ce vieux fou ! MONSIEUR JEAN, VOUS N’ALLEZ NULLE PART ! LE MÉDECIN A DIT QUE C’EST DANS VOTRE TÊTE, VOUS COMPRENEZ ?

–Arrêtez de crier ainsi, Odette, je ne suis pas sourd ! Mais que vous êtes sotte. Vraiment ! Et sans amélioration en trente ans de service dans la maison, quand même faites un effort, allons !

Il se retourne vers moi et se remet à chuchoter :

–Ne l’écoute pas, Christian, on se moque du médecin, on se moque d’Odette, on se moque de leurs satanés traitements et de tout le tintouin. J’ai tout préparé, on prend ta voiture et on y va, qu’en penses-tu ? On va s’amuser, tu ne crois pas ? Comme en 1926 quand je courrai gamin avec ton grand-père, tu te souviens ?

–Je n’étais pas né, mon Oncle.

–Oui, c’est vrai, je perds la tête, moi. Ton frère était né à cette époque,  mais pas toi. Bon raison de plus, on y va ?

Forcément, Jean, le frère de mon grand-père, mon grand-oncle chéri, que j’ai toujours connu loufoque et un peu barré, du haut de ses 103 ans a perdu quelques morceaux de sa raison. Évidemment. Je n’ai pas de frère, mais je ne luis dirai pas. Il garde la santé, l’espoir, le courage et l’envie, c’est bien l’essentiel.

Je réfléchis quelques instants, je prends mon temps. Mais pas trop, il n’en a pas tant.  Je vois ses bagages bien rangés dans l’entrée, qu’il a dû faire seul cette nuit, en l’absence de sa fidèle aide. Je vois les étoiles dans ses yeux. Son vieux corps prêt à bondir. Je vois Odette qui attend une réponse sensée de ma part, inquiète.

–Vous voulez y aller mon oncle ? On y va, c’est parti, je charge tout ça dans ma voiture, mais vous m’indiquerez le chemin, n’est-ce pas ? Je n’y suis pas allé souvent, moi sur la lune !

–Mais oui, mais oui. On y va ! Parfait, prends les clubs aussi, on ne sait jamais. Je me souviens d’un ami de la lune qui jouait au golf admirablement, dans le temps, t’ai-je déjà parlé de Xéron ? Il est charmant, tu verras. Tu n’as rien contre le vert ? Il est tout de même très vert. Pour un habitant de la lune ça déroute, on les imagine toujours très blancs. Mais il faut garder l’esprit ouvert mon gamin. Tu ne crois pas ? Pas d’idées préconçues. Surtout, pas d’idées préconçues. C’est grâce à cela que je suis en pleine forme : je ne suppose rien, je ne m’interdis rien, je me laisse faire, je me fais confiance et chaque jour un cigare et un petit verre de vin, et tout va bien. Ça me rappelle le jour où j’ai rencontré Marguerite. Ah, Marguerite, attends que je te raconte comme elle…

 

Tout en me racontant comme elle… Il pose son tablier, son chapeau, son sécateur, sur le meuble de l’entrée, donne les 3 roses à Odette avec une grimace, elle hausse les épaules, lève les yeux au ciel, mais le laisse faire. Comme toujours.  Et tout en me racontant son amour fané, il se prépare à m’accompagner. Je charge ses bagages, il s’accroche à mon bras. Et nous partons ensemble.

Vers la lune.

Vous ne me croyez pas ? Faites comme vous voulez, mais si vous continuez à ne croire en rien, vous oublierez de vivre bien…

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #46

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Bonjour à tous, voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book

sur une photo, signée Kot

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GRAND ORAL

« Il faut lâcher la pression, tu ne joues pas ta vie, tu sais.  Qu’est-ce que c’est ce grand oral, finalement ? Juste l’aboutissement de quelques années de travail, de recherche, de sacrifice, de doute, d’espoir, de nuits blanches, de cigarettes. Trop de café, d’alcool parfois et de charrettes, de crampes à l’estomac, de boules dans la gorge, d’accord. De mains moites et de vue brouillée, aussi. D’accord. 

J’étais là, tu sais : Des années d’esprit encombré, de conversations même pas écoutées, toi, perdue dans ton monde, dans ton plan, dans tes questions, dans tes abîmes. Des mois de soleil, de vents, de pluies, de nuits, de jours à peine entrevus. Des heures de remises en question, de souffrances inutiles. Là tu as le trac, je sais. Mais il va falloir que tu défendes ton sujet pendant une heure, que tu expliques, justifies, développes, démontres, sans oublier d’être à l’aise, tranquille, souriante, détendue.

Fais attention à ton corps, c’est très important, il parle sans que tu le voies : Ne te voûte pas, ne croise pas tes bras, ne rougis pas non plus, et fais attention à ne pas respirer trop fort, ça s’entend et ça se voit. Ça manque beaucoup de classe. Ta voix et tes mains tremblent toujours, ça te discrédite, on croit que tu ne te fais pas confiance. Si tu ne te fais pas confiance, qui pourra croire en ta démonstration ? Regarde-moi : Droite sur tes jambes, le cou sorti, détendue, les bras souples. Ne parle pas trop fort et pas trop vite ! Regarde comme je fais : comme une danseuse. Le port de tête avec la maîtrise du sujet. Très important le port de tête. Voilà, élégante comme moi ! tu vois ?

Mais qu’est ce qu’ils font… Ils sont en retard, non ? Je ne suis pas certaine que ce soit bon signe. Sinon, tu as vu la salle ? Elle n’est pas impressionnante. Non. J’imaginais un endroit plus prestigieux. Des études si chères et une salle de conférence si pauvrette, c’est décevant…

Tu as peur ? pourquoi ? Tu es un peu chochotte. Je ne sais pas mais imagine que tu donnes un cours à des gens qui s’ennuient ou qui ne comprennent pas ce que tu dis, ça t’enlèvera de la pression. De toutes les façons c’est du chinois ton truc. Ce n’est pas très simple à comprendre. J’espère que tu n’as pas fait trop compliqué d’ailleurs. Tu es toujours un peu compliquée. Tu pourrais tout de même le reconnaitre. Comme tante Bernadette, c’est le côté de ton père. Jamais simple. 

J’ai vu la tête du jury tout à l’heure, ils ne semblent pas très marrants. Ou alors ils ont eu une nouvelle qui les contrarie. Ils ont un air chafouin. Il va falloir que tu sois à la hauteur pour les dérider. Qu’est ce que j’ai dit ?

De toutes les façons, quand tu sortiras je serai là, je croise les doigts, ne t’inquiète pas. Et puis maintenant c’est trop tard, les dés sont jetés. Tu dois apprendre à lâcher prise, si tu es trop crispée la vie ne te donnera pas ce que tu veux.

Tu ne te souviens de rien ? Ne me stresse pas avant, s’il te plait. Avec tout ce que tu nous as fait endurer depuis des semaines.  Peut-être que tu as voulu trop faire, du coup c’est trop du bachotage et tu n’as rien gardé. Mais tu seras vite fixée.

Qu’est ce que j’ai dit encore ? Tu es d’une susceptibilité… Calme-toi, s’il te plait. Je veux bien que tu ne passes pas tes nerfs sur moi. Ce n’est pas de ma faute si tu doutes. Il fallait peut-être travailler plus intelligemment. Moi j’essaye de te donner des bons conseils. J’ai toujours le mauvais rôle.

Dis, tu ne veux pas aller aux toilettes ? Moi je serai toi, j’irai aux toilettes avant, si tu as mal au ventre pendant, ça ne va pas t’aider. Tu as mal au ventre ? Voilà. Donc je serai toi, j’irai. Remarque, quelle heure est-il ? Déjà ?  Ah non, tu ne peux plus, c’est trop tard, ça va être à toi.

Bon. Haut les cœurs, hein ? Et puis je te dis merde il n’y a plus que ça. On croit en toi, ne nous fais pas honte. Avec ton père, on compte sur toi. Où vas-tu ? Tu ne m’embrasses pas ? Ne pars pas comme ça, Choupette ! ohoh,  Choupette ! Je t’aime bébé ! Quoi tout le monde nous regarde, tu as honte de ta mère ?

Bisous bisous ma chérie ça va aller.  Et n’oublie pas : T’es la meilleure ! 

 

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #45

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Bonjour à tous, voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book

sur une superbe photo, signée Romaric Cazaux !

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RENTRER DANS LA LUMIERE

Laisser l’obscure derrière moi. Ne pas me retourner. Plus jamais. Plus d’angoisse, pas de crainte, aucun doute. Allez de l’avant, droit devant. Ne pas laisser gagner les pensées sombres, les critiques, ni les rires. Ne plus entendre les reproches déguisés.

Un poignard dans chaque étreinte, du poison dans les bonbons.

Les sourires jaunissent dans la lumière.

Ouvrir les yeux, juste les ouvrir un peu. Regarder en face mes amis, me détourner de mes ennemis. Il y a tant de beaux visages, quand on prend le temps.

Prendre le temps.

Le prendre vraiment. Goûter, savourer, et quand le bonheur est attrapé, ne pas me laisser capturer par ceux qui n’aiment pas me voir gagner. Ne pas écouter leurs mensonges, ne pas me laisser dans le doute. Ni la douleur m’atteindre.

Si mon bonheur est là, c’est qu’il est là pour moi.

Me délester de tous mes maux : La culpabilité, les regrets, les doutes, les « plus jamais ». Maintenant à chaque pas, un plomb de plus s’en va. Le poids du passé disparait.

Se libérer. Rêver. Toujours rêver. Ne pas oublier. Jamais. Sourire. Dire « merci ». Dire « je t’aime ». Dire « reviens ». Dire « Toujours ». S’habiller de simplicité, de sincérité, d’envie.

Oh, oui, avoir envie. Tout le temps envie. Envie de voir, rire, espérer, rêver, profiter, croire. Croire.

Avancer, presque voler. Et sur la pointe des pieds

Rentrer dans la lumière. Enfin.

 

 

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #44

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Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book

Sur une nouvelle photo de Leiloona.

Pour voir tous les textes, c’est ici ! et le mien, c’est là, juste en dessous :


 

La tête haute, le visage droit, le regard froid. Les épaules basses, le coup tendu. Sans expression. Ne pas bouger. Tout le décor tombe en lambeau. Les murs craquellent, les pierres s’écroulent, la mousse pousse. On ne bouge pas, on ne dit rien, c’est normal, tout va bien.

Il fait gris, il pleut, les gens passent. S’arrêtent, regardent, reculent. S’interrogent, pas longtemps, mais réfléchissent. De jour en jour, de siècle en siècle, de génération en génération, admirant ce qui a été construit dans le passé, ils avancent en arrière.

Rien ne tient, tout fou le camp, dans le temps… C’était le bon temps ! Avant c’était mieux, on construisait plus solide, on savait ce que l’on faisait où on allait. Les hommes étaient des hommes, les femmes des femmes, et puis les esclaves… les nobles, tout le monde à sa place et le troupeau est bien gardé.

Ben voyons. Tellement facile de se comparer au passé. D’admirer ce que l’on faisait. Et si on s’intéressait plutôt à ce qui est droit devant ? On me demande de ne pas bouger, moi une statue de pierre, juste un visage, très bien, mon regard est fixe, et je vois tout se profiler.

Vous pouvez vous protéger derrière votre passé, ou sous votre petit parapluie étriqué, regarder derrière et ne rien assumer. Si vous ne changez pas vos mentalités, elles auront beaux dos, les ruines de votre histoire. Rien ne pourra vous protéger.

Mais c’est vous qui voyez. En vous souhaitant une bonne visite, et n’oubliez pas le guide !

 

 

 

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #42

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Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book

Sur une magnifique photo de Yannick Debain, comédien que l’on peut applaudir  dans une jolie pièce de théâtre que Leiloona a vu pour nous : Les Anciennes odeurs.

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Le ballon rouge

Il lui a fallu peu de temps pour enfiler son manteau, son écharpe et ses gants.

Ronan ! Attends une minute s’il te plait.

Comme le téléphone s’est mis à sonner, sa mère a décroché, lui a fait signe des yeux de ne pas bouger (la conversation n’est pas terminée), s’est déplacée dans sa chambre et a commencé à parler. 60 secondes pour qu’il décide d’en profiter, de s’équiper, pour s’éclipser. Elle lui a dit une minute. Une seconde après, il ne s’est pas fait prier. Ah, ça ! s’il s’agit de jouer, bizarrement il ne manque pas d’énergie. Mais quand il faut travailler, les yeux se tournent vite vers la fenêtre, la bouche sur le stylo, la jambe gigote, et l’impatience finit par déborder.  Elle ne sera pas surprise de retrouver le salon déserté.

Il faut le comprendre. Ce qu’il aime, c’est la nature, les chemins, la terre, les copains. Certainement pas la ville, les immeubles, les trottoirs et le béton. Le soleil éblouit le ciel, même les nuages s’effacent devant tant de luminosité. La rue serait presque belle. Il y fait froid, oui, mais il ne pleut pas. Le temps est sec, alors pour jouer, ça suffira.

Ronan regarde : dans les gratte-ciels, les femmes et les hommes s’affairent. Leurs ombres avancent derrière les baies, elles ne s’arrêtent jamais. Sauf pour calculer, compter, compenser. Le paysage ne peut rien pour leurs priorités. Dans la rue, les passants passent. Sans rien voir, juste avancer. Courir vers la prochaine étape. En avance vers celle d’après. Sans cesse. Sans arrêt. Sans plaisir. Jamais. Les trottoirs gris, les caniveaux, une banque, un assureur, une banque, une agence immobilière. Pas d’autres boutiques pour subsister ? Une banque, un assureur, une agence immobilière. Tiens, un point soleil ! C’est une blague ? À quand un point oxygène ? Un point rire ? Un point câlin ? Ah non. Ça, un point câlin, bon…

Ronan ne comprend pas le monde, il attend le weekend, les vacances, pour partir loin de tout. Alors, en attendant, il court, il rit, il imagine, ça lui suffit. Il écoute aussi : un enfant pleure. Sa maman crie. Elle tire sur son bras. Il faut y aller, avancer, tout droit. Le temps n’attend pas, tu comprends ? Mais le petit gars freine de tout son poids. Évidemment, il ne comprend pas. Ce qu’il veut c’est son ballon rouge qui s’envole par-là. Juste un instant pour le raccrocher à son poignet et après ils pourront avancer. Sa maman n’entend pas, elle ne voit que l’heure qui tourne et ne se rattrape pas.

La vie est bien faite parfois. Ronan n’est pas loin : il se déploie. Un peu éblouit par le soleil, mais il y croit. Il n’échouera pas. Impossible. Il tend sa main, son bras, ses jambes, sur la pointe des pieds, son corps s’accroît. Les muscles s’étirent encore et encore. C’est possible. Le vent l’aide un peu. Encore un effort. Le ballon se rapproche, enfin. Il se laisse cueillir. Ronan se replie vite, ferme sa petite main et sourit. Voit que l’enfant est parti. Rien n’est perdu, il a 10 ans, tout est possible. C’est pour ça qu’on grandit. Si on savait, on resterait petit. Il court tant qu’il peut, en trois pas, il fait au moins mille lieux. Une flamme rouge vif court avec lui, joli ballon danse au-dessus, sautille, frétille, pendu à son fil.

À l’angle de la rue, il l’aura rattrapé. Il pourra lui rendre. Ronan sera fier, se sentira grand. De ceux qui savent ce qui est vraiment important.

 

 

 

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #41

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Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book

sur une jolie photo de ©Claude Huré

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George lit

Tous les dimanches, en fin de matinée, dès que le temps le permet, George vient ici.

Pendant que sa femme court à la messe, il s’installe. Elle prie pour son âme, pour celle de son mari, aussi pour leurs enfants, leur commerce. Enfin, Madeleine prie.

George commence par méditer. D’abord, il choisit son banc, sous les marronniers, le même depuis vingt ans. Il s’assied, satisfait, se tend, ferme les yeux, offre son visage au soleil naissant, juste quelques instants, et profite simplement.

Il sourit à sa vie et pour sa femme qui prie pour lui.

George se détend.

Doucement, il déplie son journal. Très précautionneusement. George prend le temps. Il le suspend. Il scrute scrupuleusement tous les articles du moment, espérant trouver quelques mots surprenants. Des voyages, des crimes, des résultats sportifs, tout lui plait, l’intéresse, le captive. Il s’inquiète, ou en rit. Il s’étonne, se méfie. George doute, comprend, ou pas, se rebelle, se choque, se marre.

Voilà. George vit.

Il reste longtemps immobile, recroquevillé sur ses genoux, sur son journal. Mais le soleil bouge autour de lui, les rayons chauffent, l’ombre rafraichit, le vent tourne, l’éclairage change. A la lecture des affaires qu’on lui raconte ici, pas de doute, les temps aussi.

Alors, il fronce les sourcils, soupire et reprend.

Il savoure tranquillement l’heure de la messe. Au calme, dans son jardin public, sur son banc, sous son arbre, au soleil, sous le vent.

George lit les nouvelles. C’est son moment.