UNE PHRASE, UN TEXTE ! 6

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Voici ma nouvelle participation à l’atelier d’écriture de Fanny.

Le but est d’écrire un texte à partir d’une phrase tirée d’un livre plus ou moins connu.

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Cette semaine, Fanny nous propose un extrait de Laura Kasischke, tiré du livre Un oiseau dans le blizzard, qui a été adapté au cinéma. Voici :

 Le téléphone sonne un matin pendant que je me prépare pour aller au lycée; je suis en train de tirer mes collants jusqu’à ma taille, en sautillant dans la salle de bains pour faciliter l’opération .

Et bien c’est parti ! tentons quelque chose… (n’hésitez pas à commenter pour me dire si vous avez aimé ou pas)


Un-oiseau-blanc-dans-le-blizzard-de-Laura-Kasischke

–  Tout va bien, calme-toi. Bois un peu, respire et assieds-toi. Voilà. Quand tu es prête, raconte-moi ce qui s’est passé. Depuis le début.

 Il la regarde trembler sur sa chaise en buvant par petite gorgée l’eau fraîche qu’on lui a apportée. Elle est terrorisée. Depuis combien de temps attend-elle dans le noir comme ça ? Tout cela reste invraisemblable. Ses yeux la brûlent, elle regarde ses pieds, ses collants filés. Ses mains tremblent. Elle respire fort. Le regarde, s’interroge, il lui sourit, prépare son stylo, son papier, se cale sur sa chaise et attend. Elle se calme.

 – Le téléphone sonne un matin pendant que je me prépare pour aller au lycée ; je suis en train de tirer mes collants jusqu’à ma taille, en sautillant dans la salle de bains pour faciliter l’opération. Je l’entends sonner de loin, mais je ne me sens pas concernée, maman est en bas, elle va répondre. Il sonne plusieurs fois, mais maman ne répond pas. Puis plus rien.  Une fois ma toilette terminée je m’attaque au maquillage, le rimmel, l’eye-liner tout va bien, quand tout à coup le téléphone sonne à nouveau. Ça me surprend tellement que j’en viens à dépasser ! ça ne m’arrive jamais. Je râle, je m’agace, je nettoie, la sonnerie retentit encore et encore, mais maman ne répond toujours pas.  Je crie un coup « Maman ! téléphone ! je suis dans la salle de bain ! » Rien à faire ça ne sonne toujours.
Je m’énerve, je sors de la salle de bain et je décroche le téléphone du couloir en courant, en me disant aussi que ce serait cool que celui qui appelle n’ait pas raccroché au moment où j’arrive.

Je dis — allo ?

J’entends — allo ! Emma ?

Je dis – Oui ! qui est à l’appareil ?

J’entends — C’est maman, ma chérie !

Au début je ne comprends pas. – Mais tu es où ?

– Je ne peux pas te dire. Mais écoute-moi bien, c’est important, d’accord ?

Qu’est-ce que je peux répondre ? Je commence à avoir peur, il y a quelque chose d’étrange, ce n’est pas normal. Sa voix vient de loin, elle doit être près d’un train, et j’entends le vent aussi, le son est saccadé, tout est embrouillé.

Je réponds – oui, mais qu’est-ce qui se passe ? J’ai peur maman ! Tu es où ?

– Ne t’inquiète pas. Tout va bien. On est venu me chercher. Ils ne sont pas méchants, mais je dois partir avec eux. Je n’ai pas le choix. Il faut que tu appelles ton père, dis-lui que ça a recommencé. Dis-lui qu’il doit s’occuper de toi. Je reviendrai ne…

Et ça raccroche ! Je crie Allo Allo qui est venu te chercher ? Allo ! plusieurs fois, mais comme je n’entends plus rien, je laisse le combiné. Du coup, je fais le tour de la maison, je regarde partout, je ne vois rien. J’essaye d’appeler papa, mais il ne décroche pas non plus.  Maintenant qu’ils sont séparés, papa n’est jamais chez lui. Le chien aussi était parti d’ailleurs. Ça m’étonnait qu’il n’ait pas aboyé !

 Elle se met à regarder furtivement partout, comme pour chercher le chien une dernière fois. Depuis le temps, s’il était là, il aurait réclamé à manger ou à boire. Elle le réalise. Son regard revient sur lui. Ils s’accrochent par les yeux, et ne se lâchent plus. Elle attend une réponse. Lui aussi.

J’ai pris peur vous comprenez ? Je ne sais pas depuis combien de temps j’attends. J’ai fermé les volets du bas et la porte à clé. Je me suis installée dans ma chambre avec des gâteaux et de l’eau, et j’appelle papa régulièrement. Mais il ne répond toujours pas. Je guette par la fenêtre de là-haut, la nuit. Les voisins ont sonné plusieurs fois, des copines de classe aussi. Mais je n’ouvre à personne, c’est trop bizarre. C’est eux qui vous ont prévenu, n’est-ce pas ? Ce sont les voisins ?

–  Mmh ? Oui c’est ça, ce sont les voisins. Dis-moi Emma, y avait-il quelque chose de louche dans la vie de ta maman ? Es-tu bien certaine de ne rien savoir ? De n’avoir rien remarqué ? Penses-tu vraiment qu’elle aurait pu te cacher quelque chose qui la pousse à t’abandonner ?

– Elle ne m’a pas abandonnée puis qu’elle m’a dit de rejoindre papa. C’est ça qui est louche.

– Écoute Emma, ton papa n’est pas en France actuellement. Son appartement est vide, à son bureau ils disent qu’il est en voyages au Japon pour les affaires. Ils disent qu’il est parti depuis plusieurs semaines déjà. Tu ne le savais pas ?

Elle le regarde, elle se tait. Son regard se perd entre lui et nulle part. Il ne faut surtout pas qu’elle se referme. Emma sait quelque chose, quelque chose qu’elle ignore encore.

– Inspecteur ?

Il tourne son regard agacé vers cet idiot qui l’interrompt à un moment crucial. Il n’a pas le temps de le rembarrer.

-Venez voir, vite, je crois qu’on a trouvé quelque chose dans la chambre…

 

 

UNE PHRASE, UN TEXTE ! 5

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Cette semaine, on va  partir d’un auteur classique, Musset, suite à la proposition d‘Agnès Boucher ! Et plus précisément d’une partie d’une réplique de Lorenzo de Médicis (Lorenzaccio !) :

« Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux-tu donc que je m’empoisonne, ou que je saute dans l’Arno ? »

En oubliant le contexte, voyons ce que je peux en faire…


 

 » Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux-tu donc que je m’empoisonne, ou que je saute dans l’Arno ?  Veux-tu que je le laisse me rouler dans la boue, sans un cri, sans un mot ? Il veut ma mort et tu le sais. Faut-il le suivre ou ne plus vivre ? Faut-il l’aimer ou trépasser ?  Dois-je me laisser faire ou me laisser tuer ? C’est lui qui dicte sa loi ? Et moi, je me tais ?

 Je tue Alexandre, car je n’ai pas le choix.  Je lui ôte sa superbe, lui ferme le clapet. Mais ne t’inquiète pas tant. Je ne le tue pas vraiment. Je l’empêche juste de médire, de me maudire, de rire de nous. Je lui cloue le bec et lui lie les deux mains. Je le fais disparaître sans un retour certain.

Quand il verra la preuve que je détiens, il le réalisera : contre moi, il ne peut rien. Il cessera de jouer le vaurien, ne menacera plus qu’une ombre devant son miroir, au matin.

 Avant le soir, il devra courber le buste, baiser ma main, baisser les yeux sur mon chemin, me sourire peut-être, je le tolérerai bien.

 Je tue son mépris, j’écorche son pouvoir, je poignarde son déni et je brûle sa gloire. D’Alexandre guerrier, conquérant ou empereur, il ne restera qu’un petit homme docile, sans  honneur. Alors, tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ?  Mais ne comprends-tu à présent, qu’en divulguant son secret, je sauve ma vie et la sienne, sans mensonge ni regret ?

Attends quelques jours. Sois encore patient. À ton tour, tu connaîtras la preuve, la raison du changement. Comme moi, tu sauras que rien ne pouvait être évité : ni sa déchéance et sa mort déjouée, ni ma survie et ma paix retrouvée.

L’avenir sera moins grand, mais bien plus serein, sans ce pouvoir constant au creux de sa main.


 

UNE PHRASE, UN TEXTE ! 4

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Voici ma nouvelle participation à l’atelier d’écriture de Fanny.

Le but est d’écrire un texte à partir d’une phrase, tirée d’un livre plus ou moins connu.

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Aujourd’hui, ma participation est un peu particulière, puisque je participe à cet atelier, sur une phrase tirée de mon premier roman, Zou ! (éditions Michalon, août 2014).

livre Zou !

Qui suis-je maintenant ? Comment dire d’où je viens et où j’aime aller si je n’ai plus la base de mon histoire pour m’y appuyer ?

Suis-je capable d’écrire quelque chose de complètement différent, en partant d’une phrase qui vient déjà de mon imagination ? A voir… ( N’hésitez pas à laisser votre commentaire à la fin du texte)

Merci, Fanny, d’avoir choisi un extrait de Zou ! pour ton atelier…

 


 

Une autre histoire

Qui suis-je maintenant ? Comment dire d’où je viens et où j’aime aller si je n’ai plus la base de mon histoire pour m’y appuyer ? Ma mémoire a tout perdu, mais mon corps, lui, se souvient. Dois-je l’écouter pour comprendre où je vais ?

Mon cœur se pince, mes yeux se noient, ma tête me tape, mes doigts me broient.Et pourtant, il me semble entendre au loin le battement de mon sang, qui me parle tout bas.

Il murmure quelque chose, un je ne sais quoi. Comme un bruissement d’âme, un soupir, une voix.

Si je ferme les yeux, si j’évite les regards, si j’oublie les conseils.Si j’écoute juste l’air entrer, si je le ressens dans mon corps en progrès, alors je peux le deviner. Il me dit que je n’ai besoin de rien pour avancer. Juste moi.

Mais qui est ce moi ?

Depuis que tu es partie, amour, ma mémoire s’est enfuie. Je ne sais plus qui j’étais. Mes souvenirs m’ont tous quittée. Il ne me reste que mon moi. Un tout. Finalement c’est beaucoup mieux, je crois.

Demain sera une autre histoire. Non. Pas demain.

Aujourd’hui, je suis mon histoire : Je n’attends plus puisque je respire. Chaque bouffée expulsée évacue les regrets. Pour avancer, c’est sur moi que je dois m’appuyer.

Je suis toute l’histoire : sans limite, sans contrainte et sans durée.

Si je l’écoute, si je comprends, soulagée, je vois bien que rien n’est fini. Même si je ne sais pas encore très bien qui je suis.

 

 

 

 

 

UNE PHRASE, UN TEXTE ! 3

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Aujourd’hui, Fanny nous propose ces premières phrases, extraites de la première page du livre

Une fois ne compte pas, de Marie CharrelMarie Charrel


 

« Charlie dit Charlotte est en colère car elle vient de perdre son sac. Un cabas de cuir marron au parfum d’encens, décoré de quatre poches à la doublure criblée de petits trous ».


 

LES SOUCIS DE CHARLIE

Charlie dit Charlotte est en colère car elle vient de perdre son sac. Un cabas de cuir marron au parfum d’encens, décoré de quatre poches à la doublure criblée de petits trous.

Charlotte qui est aussi Charlie se fait du souci. Forcément, dans ce sac-là, il y a toute sa vie. Un foulard fleuri, des pièces de monnaie, sa trousse avec ses crayons, un parfum, son porte-clé bougie, des chewim gums, mais surtout son journal, toute sa vie !

Charlotte est une tête de linotte, où l’a-t-elle perdue ? Dans la rue, dans le bus ? Ou bien l’a-t-elle oublié chez Lulu dit Lucie ? Il faut qu’elle appelle Lucie.

Dans son journal, Chacha dit tout. Absolument tout. Tout sur sa vie, la rivière derrière la maison, le groupe de rock, ses chansons, son inspiration, comment elle écrit ses textes, à qui elle pense quand elle trouve les mots. Elle pense toujours à Mado.

Mado, c’est Madeleine, c’est sa sœur, sa moitié, sa vie, Madeleine ne lui avait jamais fait de peine. Alors que Lulu, si. C’est bien le souci. Car Madeleine est partie. Elle a quitté la maison, claqué la porte, tourné le dos, même à Charlotte.

Et depuis, Charlotte a des soucis. Elle perd la tête, se trouble, s’entête, pleure souvent et pense tout le temps. C’est comme ça que Charlotte dit Charlie a perdu son cabas aujourd’hui.

 

 

UNE PHRASE, UN TEXTE ! 2

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Aujourd’hui, Fanny nous propose ce texte, les premières lignes du roman de Delphine Bertholon, Les corps inutiles :


« Elle souriait, sifflotait même, peut-être – une chanson entendue à la radio juste avant de partir, de quitter la maison, heureuse de s’en aller, comme une grande : elle avait rarement le droit de sortir le soir, c’était exceptionnel. Mais il faisait jour encore, l’air était tiède et l’école finie. »

 


 

Une première soirée d’été

Elle souriait, sifflotait même, peut-être — une chanson entendue à la radio juste avant de partir, de quitter la maison, heureuse de s’en aller, comme une grande : elle avait rarement le droit de sortir le soir, c’était exceptionnel. Mais il faisait jour encore, l’air était tiède et l’école finie.

Elle marchait tranquillement vers le port, point de rendez-vous de la bande, fermait parfois les yeux pour capturer plus facilement les derniers rayons du soleil. Ils lui chauffaient toujours les joues et le cou. Elle adorait cela.

L’année se terminait, le collège aussi, enfin ! Tout lui semblait possible. Bien-sûr, une petite angoisse de quitter le village, l’école qui a abrité son primaire et le début de son secondaire, mais mêlée à une certaine excitation de rentrer enfin dans le monde des presque grands, des vrais ados.

Elle prendrait le bus tous les matins et tous les soirs, comme les autres, pour aller à Vannes, le début d’une autonomie. Alors elle peut bien commencer à sortir seule, n’est-ce pas ? Ses parents avaient peur de tout. Il était temps qu’ils grandissent, eux aussi.

 

Elle entendait déjà la voix de Grégoire, au loin, qui devait captiver la galerie en racontant une nouvelle fois l’un de ses exploits scolaires, comment il s’était retrouvé sur le toit de l’école, la façon dont il avait enfermé le prof de sport dans le gymnase, et tant d’autres. Elle percevait les éclats de rire excessifs de Valentine. Elle l’imaginait simulant une chute ou un évanouissement, tant elle riait, pour gagner une nouvelle opportunité de se faire rattraper par l’un des garçons. Et finir dans leurs bras. Elle captait le brouhaha de leurs conversations, une dizaine d’ados sur le quai, ça fait du bruit !

En arrivant près du port, elle apercevait le groupe, mais surtout la silhouette de Julien, debout, les mains dans les poches, souriant légèrement aux bêtises de son pote, au cinéma de sa copine, mais sans en prendre part. En arrière-plan.

Puis il leva les yeux et s’accrocha aux siens. C’était bien ELLE qu’il attendait. Son petit cœur battait encore plus vite, elle pressa le mouvement, puis ralentit pour ne pas en avoir l’air. Il fit un pas en avant, enleva les mains de ses poches, puis recula et les y plaça à nouveau pour ne pas en avoir l’air.

Mais quand Rose arriva sur le port et commença à saluer « blasée » les potes de l’école, c’est pour Julien qu’elle rosit.

Et c’est pour elle que Julien se mit à rire.

L’été démarrait à peine, et croyez-moi, cet été-là serait de ceux que l’on n’oublie pas.

 

 

Une Phrase, un texte ! 1

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Ma première participation à l’atelier d’écriture de Fanny. Et j’en suis très heureuse

Le but est d’écrire un texte à partir d’une phrase, tirée d’un livre plus ou moins connu.

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Aujourd’hui, il s’agit des premières phrases de La vallée des amazones, d’Angela Morelli.


 

Ses yeux pétillaient  derrière les verres de ses lunettes.

Je m’assis immédiatement et dissimulai ma gêne en plongeant le nez dans mon bol de céréales. 


 

Le Look du jour

Ses yeux pétillaient derrière les verres de ses lunettes.

Je m’assis immédiatement et dissimulai ma gêne en plongeant le nez dans mon bol de céréales. 

 

Elle me fixait, attendant ma validation, mais je ne dis rien. Qu’aurais-je pu dire ? C’était complètement ridicule.

Silence. Regard appuyé, bouche ouverte, immobile, elle guettait mon compliment, ma bénédiction, la ola, la confirmation que son choix avait été le bon.

Ne pouvant éviter de me confronter à son regard, il fallait bien que je trouve quelque chose à dire…

– Pourquoi tu me fixes comme ça ?

– Ben… Tadaaaaa ! alors ? Tu en penses quoi ? Sois franche hein ?

 

Je sais bien ce que vous pensez : avec un petit effort, j’aurais pu être sympa, lui faire un compliment, même si c’est un petit mensonge.

Oui, mais non. Trois raisons à mon refus : la première, je suis sa sœur, et il n’est écrit nul par qu’une sœur, c’est sympa. On attend aussi de moi que je forge son caractère, pour en faire une femme forte qui assure, même en cas de mauvais pas, et là on en a un vrai, de mauvais pas. D’où ma seconde raison, c’était vraiment trop laid. Qui enclenche la troisième inévitable : et ma réputation alors ? C’est ma sœur quand même !

Je la regardais avec indulgence, mais autorité, pour lui faire comprendre mon incapacité à négocier. Je posai mon bol, soupira et lui dit :

– Franchement Lucie, ce n’est pas possible. Tu ne peux pas aller au bahut dans cet état.

– Et pourquoi ?

Sa petite bouille me fendit le cœur, ses lunettes s’embuèrent un peu et ses joues rosirent…

– Mais parce que ! regarde-toi !

– …

Elle aurait pu pleurer à chaudes larmes, tout de suite, si je n’avais pas enchainé.

– Je ne te comprends pas là, tu fais gaffe à ton look tous les jours de l’année depuis septembre, tu me piques mon maquillage, tu me demandes des conseils, et aujourd’hui tu es prête à partir au collège limite en pyjamas, et en tongs ! Allo Lucie ! tu fais quoi là ? Et regarde comment tu as mis ton rouge à lèvres, il dépasse de partout ? Et tes nattes ? C’est quoi tes nattes ? On ne les porte plus comme ça depuis Laura Ingalls ! Voilà, moi je t’aide à te mettre en valeur à faire de toi une pré ado parfaite, ni trop ni pas assez, et là tu craques complètement ma pauvre fille.

Elle ne réagissait pas, tétanisée par ma clairvoyance. Heureusement, une alliée de poids fit son entrée dans la cuisine.

– Ah, maman, tu tombes bien. Tu peux dire à Lucie de ne pas aller à l’école comme ça ? Moi j’abandonne.

– Pourquoi ? Elle est choupette, non ?

Je n’avais plus de mots. Je piquais la tête de Lucie pour la faire mienne, yeux écarquillés, bouche ouverte, immobile, statue pétrifiée.

– Okay, vous êtes tous des fous. En tous les cas, moi je ne l’accompagne pas au collège, c’est mort ! C’est Carnaval ou quoi ?

Et les deux se mirent à secouer la tête en cœur.

– Ben oui, on est mardi, Mathilde, c’est carnaval aujourd’hui ! Toi en revanche, ne change rien, déguisée en rabat-joie tu es parfaite.

 

Alors voilà, si c’est Carnaval et qu’on ne me dit rien… Je choisis de dissimuler à nouveau ma gêne en plongeant le nez dans mon bol de céréales.