La vérité sur l’Affaire Harry Quebert

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de Joël Dicker

Présentation du roman par l’éditeur :

À New York, au printemps 2008, alors que l’Amérique bruisse des prémices de l’élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable d’écrire le nouveau roman qu’il doit remettre à son éditeur d’ici quelques mois. Le délai est près d’expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d’université, Harry Quebert, l’un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d’avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison. Convaincu de l’innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l’enquête s’enfonce et il fait l’objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d’écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s’est-il passé dans le New Hampshire à l’été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ? Sous ses airs de thriller à l’américaine, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert est une réflexion sur l’Amérique, sur les travers de la société moderne, sur la littérature, sur la justice et sur les médias.

Biographie de l’auteur :

Joël Dicker est un écrivain suisse de langue française. Il est né le 16 juin 1985 à Genève.
Il est diplômé de la Faculté de Droit de l’Université de Genève.

Un extrait, une phrase :

« Un nouveau livre, Marcus, c’est une nouvelle vie qui commence. C’est aussi un moment de grand altruisme : vous offrez, à qui veut bien la découvrir, une partie de vous. Certains adoreront, d’autres détesteront. Certains feront de vous une vedette, d’autres vous mépriseront. Certains seront jaloux, d’autres intéressés. Ce n’est pas pour eux que vous écrivez, Marcus. Mais pour tous ceux qui, dans leur quotidien, auront passé un bon moment grâce à Marcus Goldman. Vous me direz que ce n’est pas grand-chose, et pourtant, c’est déjà pas mal. Certains écrivains veulent changer la face du monde. mais qui peut vraiment changer la face du monde ? »

Ce que j’en pense :

Le moins que l’on puisse dire, c’est que je ne suis pas en avance pour découvrir ce livre. Il est sorti en 2012, et je profite de l’été 2016 pour le lire. Je ne le regrette pas, c’était le bon moment. Et j’ai passé un bon moment. Mais je reste très légèrement déçue. J’avais entendu tellement de bien de ce livre (sans lire de chronique, juste du bouche à oreille) et avec les prix qu’il avait reçus, je m’étais naïvement dit qu’il devait être spécial.

En fait, il ne m’a pas bousculé.

Comprenez-moi bien : j’ai passé un moment vraiment agréable. L’histoire est bien faite, les personnages facilement identifiables, les images viennent rapidement.  Mais trop rapidement… Les protagonistes me paraissent clichés, la ville typique de l’est américain, l’ambiance, tout, j’étais chez moi. Ou plutôt non, j’étais chez Mary Higgins Clark. Même ambiance, même tout, la différence ?

Ici, l’héroïne n’est pas une américaine célibataire et libérée (mais un peu seule) de 30 ans, à un tournant de sa vie, grande longue et fine, qui se nourrit de thé et d’un petit gâteau sec quand elle a faim, ou qui parfois oublie de se nourrir la conne, qui serait avocate ou qui aurait une galerie d’art à New York. (Soyez indulgents, mes références MaryHigginsClarkiennes remontent à ma fin d’adolescence (il y a plus de 20 ans, ça va…), ses livres ont peut être changé de genre, depuis.)  Là, le héros est un bel écrivain. Célibataire, libre mais un peu seul, à un tournant de sa vie, beau gosse, sportif, qui se nourrit de café au bar du coin. Youpi. ça me parle.

Entendez-moi bien : donc j’ai beaucoup aimé. J’ai trouvé l’amitié entre Harry Quebert et Marcus Goldman très sympa, l’intrigue très bien ficelé, la petite Nola très attachiante, les rebondissements très rebondissants. Mais en fait trop. A la fin trop de rebondissements ne tuent-ils pas le dernier, celui qui compte vraiment ? (parce que si c’est le premier ou le deuxième qui compte, on s’épargne 400 pages sur 800)

Je ne sais pas.

Joël Dicker m’a perdue sur les dernières pages, j’ai fini par ne plus y croire. Et cela m’a déçue, car les 750 premières étaient très sympas. Mais à force de guetter l’inattendu, le lecteur n’attend plus rien.

Ce qui m’a aussi étonnée, c’est le style. Il a reçu quelques prix, je m’attendais à une écriture particulière. Or le style m’a paru plat. Joël Dicker sert son intrigue, son histoire, mais va à la facilité, et je n’ai pas trouvé de poésie, ni dans le choix des mots, ni dans certaines tournures, qu’il aurait pu intégrer lorsqu’il rédige le livre dans le livre… Vous comprendrez quand vous le lirez.

 

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert m’a permis de passer un bon moment en vacances, je le retrouvais avec plaisir chaque jour. Joël Dicker est un magnifique raconteur d’histoire et j’aimerais avoir la moitié de son talent. Mais après en avoir tant entendu parlé, j’avoue que je ne comprends pas pourquoi on m’en a autant parlé.

Pour les trois derniers qui ne l’ont pas encore lu, lisez-le. Vraiment vous passerez un bon moment. Pour les autres qui l’ont lu et qui ont adoré, n’hésitez pas à me dire en commentaire pourquoi !

 

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Le festin du lézard de Florence Herrlemann

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Présentation du roman par l’éditeur : Antigone 14

La nuit est tombée sur la grande et mystérieuse maison. Au fond du parc, la lourde grille reste obstinément fermée sur l’autre monde. De la salle à manger montent des voix. Avec son fidèle Léo, Isabelle se prépare à descendre dîner. Tout semble normal.

Normal ? Pas si sûr…

Très vite, le doute s’installe : qui sont-ils, cette Mère qui terrorise Isabelle et règne sans partage sur ce monde comme replié sur lui-même ? ce Léo, qui jamais ne parle, ni ne répond ? ces visiteurs, dont Isabelle semble tant redouter la présence ? Et pourquoi ces barreaux, aux fenêtres de sa chambre ? Qui donc est Isabelle ?

Dans cette fresque allégorique de l’écrasement et de la toute-puissance matricielle, Isabelle raconte, se raconte : les mots sont sa nomination du monde, sa revanche, sa seule et dérisoire forteresse… Des mots qu’elle lance comme un S.O.S., des mots que l’on reçoit comme une pierre dissimulée dans une boule de neige…

Le Festin du Lézard : un texte lumineux comme un ciel d’orage, onirique et poignant.

Biographie de l’auteur : 

Née à Marseille, Florence navigue entre Lyon, où elle vit, et Paris, où elle travaille. Premier bain artistique à 15 ans à Nice, avec trois ans de cours de théâtre. Plus tard, à Paris, ses rencontres avec de nombreux artistes lui permettent de « toucher » à la musique et à la sculpture avant de décider, en 2003, de passer derrière la caméra. Elle réalisera, entre autres, un film de sensibilisation à l’enfance maltraitée, diffusé par le Ministère de la Famille.

Le Festin du Lézard est son premier roman.

Un extrait, une phrase :

Ressentez-vous la menace, Léo ? Etant donné le bruit épouvantable que font ses pas dans l’escalier, je la sens décidée à venir nous rendre une petite visite. Je sais que je vais avoir peur, d’ailleurs j’ai peur. Je sais que je ne vais rien pouvoir faire. D’ailleurs, je ne suis plus en mesure de bouger.
Je mesure l’horreur qui nous attend.

Ce que j’en pense :

Ma première attirance a été pour la couverture de ce livre. Cette silhouette de femme flottant dans un paysage sombre, anxiogène, étonnant, elle m’a tout de suite donné envie de découvrir les mots de Florence.

Puis sont arrivés les mots de Denis, ceux des chroniques du hibou. Son enthousiasme, son coup de cœur et sa fièvre à faire connaitre ce roman, cette auteure. Par la suite, j’ai vu passer beaucoup de billets étonnés, flatteurs, séduits.

J’ai donc décidé de le lire. Au milieu de ma lecture, il a fallu que je fasse des pauses, que je dise oui, je le lis, je suis dedans, j’y suis mais j’ai peur. J’ai mis du temps à savoir ce que j’en pensais vraiment. Où l’auteure veut-elle nous emmener ? où veut-elle en venir ? que peut être la fin ?

Il n’y a aucun doute : Florence Herrlemann a un style, une patte. Une capacité à décrire une certaine folie, à installer une atmosphère entre le rêve et le cauchemar, jamais loin d’une réalité cruelle, parfois insoutenable.

Je l’ai senti proche, la vraie vie, de vraies blessures qui écorchent Isabelle, qui la malmènent. A moins que ce ne soit que sa folie propre. Je ne peux rien dire. Je ne dévoilerai rien. Combien même je le voudrais, c’est impossible. Je peux vous raconter une histoire, un début, un milieu, une fin, un autre lecteur en aura retenu toute autre chose. Et c’est là aussi probablement une nouvelle force de Florence : nous laisser notre libre arbitre sur les images que l’on en garde.

Ce roman est torturé, douloureux, violent, mais d’une façon psychologique comme dans les vieux films d’horreur du Hollywood des années 50 où il n’y avait pas besoin de sang et de blessures immondes pour faire peur. Tout se passait dans la mise en scène, dans les regards et les silences, dans la musique et la psychologie des personnages. C’est ce que j’ai ressenti en refermant ce livre. J’ai vécu un drame psychologique en noir et blanc, de ceux qui font vraiment peur, et qui ne jouent pas avec la facilité.

Je suis très curieuse de voir ce que peut écrire Florence Herrlemann après ce roman. Va-t-elle rester dans ce style enrobant mais angoissant ou peut-elle se promener dans un autre environnement plus léger ?

A suivre… Merci Denis pour cette lecture. Merci Florence Herrlemann pour ce roman différent. Cela fait du bien d’être secouée parfois.

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Broché: 160 pages

Editeur : Antigone14 Editions (2 avril 2016)

TOMBER de Eric Genetet

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Présentation de l’éditeur : Editions Héloïse d’Ormesson

Le 5 juin 1983, Yannick Noah s’apprête à disputer la finale de Roland-Garros. Si son idole l’emporte, Mariano s’est promis de parler à son père, barricadé dans son mutisme. Car depuis le départ de sa mère, le silence pèse dans leur maison de Wissembourg. Et ce gamin de treize ans ne peut s’empêcher de se sentir responsable, même s’il parvient à s’évader par le sport et à conjurer la tristesse à coups de madeleines fourrées à l’abricot. Mais en ce grand jour, Mariano va voir le cours de sa vie basculer.
Avec sensibilité, Éric Genetet dépeint le goût doux-amer d’une enfance délaissée et le difficile apprentissage de l’existence.Tomber est un récit intime, où seuls l’espoir et la volonté permettent de se relever.

 

Biographie de l’auteur :

Né en 1967, Éric Genetet a publié quatre romans : Le fiancé de la lune (2008), Et n’attendre personne (2013), Solo (2013) et Tomber(2016). Il fut pendant vingt-cinq ans, animateur à la radio (France Bleu), à la télé (TeléAlsace) et chroniqueur pour différents médias en Alsace (Zut, Poly, Passions Vin, Sport Alsace, Strasbourg magazine…). Il vit et travaille à Strasbourg.

Un extrait, une phrase : (ici deux…)

Les silences de mon père sont des murs de briques dressés devant moi dans lesquels je me cogne violemment, il n’existe pas de docteur Fuchs contre cette souffrance. C’est une douleur qui fait plus mal que l’effet de ses colères. Lorsqu’il arrive à mon père de faire un geste tendre ou un sourire, il perd pied devant les sentiments, comme si ma mère ne lui avait laissé que l’obscurité pour horizon. Au fil des mois, il a fini par s’oublier, et m’oublier.

Jamais l’eau froide de la douche ne m’a fait autant de bien. je me lave de tant de choses qui n’ont rien à voir avec la sueur. J’ai relevé le défi avec la force d’un homme rompu à dépasser ses peurs. A vivre sans son père. J’ai repoussé la limite de mes capacités à endurer les souffrances physiques et mentales, je sais que je n’oublierai jamais mes pas sur la terre battue de ce parcours de santé.

Ce que j’en pense :

Une histoire comme je les aime. Un livre que je n’ai pas pu lâcher avant de l’avoir terminé. Notre jeune héros nous parle, se parle, parle à son père. Il cherche à comprendre, à trouver sa place. Il attend de l’amour, de l’intérêt, il n’en reçoit que trop peu. Pourtant, il a des rêves et des désirs. Il s’y accroche comme à la bouée de sa survie.

Ce récit est ponctué par l’approche de la finale de Roland Garros avec Yannick Noah, cette finale magique dont tout le monde se souvient comme l’un des moments forts de notre histoire sportive. Mariano l’attend comme l’événement de sa vie. Il ne se doute pas à quel point.

Eric Genetet installe une atmosphère particulière, tendu et douloureuse souvent. Et pourtant il s’en dégage une tendresse particulière. Un enfant qui ne demande qu’à comprendre et à aimer son père. Se souvenir de sa mère, et lui pardonner son départ. Se pardonner à lui-même, de ne pas être un enfant parfait.

L’histoire poignante d’un enfant solitaire qui se recroqueville sur sa vie pour y préserver son essentiel.

Mon cœur battait au rythme de celui de Mariano. Avec un immense talent, l’auteur nous fait rentrer dans son histoire, et ne nous rend notre souffle qu’à la dernière ligne.

Un roman délicat et subtil, à lire évidement pour la qualité de l’écriture, le talent de  d’Eric Genetet, l’affection que l’on porte immédiatement à son jeune héros, et les émotions que nous offre cette histoire.

De belles émotions à la lecture de ce roman. Une réussite.

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ROMAN

160 PAGES | 16€
PARU LE 14 AVRIL 2016
ISBN : 978-2-35087-358-9
PHOTO DE COUVERTURE © SABINE TIMM – @VIRGIN_HONEY

Confessions d’un acteur déchu – De l’Esquive à la rue

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de OSMAN ELKHARRAZ avec RAYMOND DIJOUME

 

Présentation de l’éditeur

Y a eu une réunion avec l’équipe du film. Dans la salle, tous les petits étaient avec soit leur daron, soit leur daronne. J’étais le seul tout seul. On nous a tout expliqué. C’était le deuxième film du réalisateur. Abdellatif Kechiche, il s’appelait. Moi, je devais jouer Krimo, un petit rebeu qui vit dans une cité avec sa mère. C’était le rôle principal. Ça donnait grave envie. Ça allait durer de juillet à août, du coup on pourrait pas partir en vacances. Et comme j’avais nulle part où aller, ça tombait bien.
Le cinéma, c’est comme une drogue. Quand on tourne, ça fait du bien, ça met plein de couleurs dans la vie. Mais après, quand ça s’arrête, il y a la descente. Et ça peut faire très mal, surtout quand on a quinze ans et plus de parents.
Voilà, c’est l’histoire d’Osman.

Biographie de l’auteur

Osman Elkharraz est acteur. En 2004, il tient le rôle principal aux côtés de Sara Forestier dans L’Esquive d’Abdellatif Kechiche, et sera nominé pour le César du meilleur espoir masculin.

Raymond Dikoumé est comédien et auteur de théâtre.

 

Un extrait, une phrase

« Ceux qui viennent te faire la morale, ceux à qui tu fais pitié, ceux qui t’aident pas, t’as la haine contre eux. C’est les mêmes qui vont faire leurs craquettes quand tu vas leur demander de t’aider. Ceux qui te disent « t’avais qu’à pas tout niquer »… Ils avaient beau parler, fallait que je trouve la force de m’en sortir par moi-même. Pour certaines personnes, en plus tu fumes, tu bois, tu dors dehors, ça s’arrête là. Les gens t’estiment de moins en moins et ils ont plus confiance en toi. Y en a même, ils ont peur. Toi et tes anciens potes vous avez plus la même vie, donc forcément tu t’en détaches. Tu te retrouves sans rien, et, au final, tu préfères même ne rien avoir.

Quand on n’a rien, ça veut dire qu’on est en quête de quelque chose. Je savais pas encore ce que c’était, mais ça me donnait matière à cogiter. »

 

Ce que j’en pense

 

Une enfance difficile, le décès de ses parents, des galères, un coup de bol, une rencontre, un casting, du talent, un rôle, une nomination, la télé, des émissions. Un espoir ? une illusion. La galère encore, la rue, le désespoir. L’espoir, encore. L’envie, la vie.

Osman El Kharraz nous parle de lui, de sa banlieue, de son parcours chaotique et douloureux. Avec Raymond Dikoumé, ils ont choisi de ne rien cacher de ce parcours fragile. Et pour cela, ils ont gardé le vrai parlé. Il ne s’agit pas d’un style littéraire ou classique. Au contraire, les mots peuvent dérouter, parfois gêner. Trop direct, sans filet. Oui. Pour autant, je n’ai pas pu le quitter, Osman. Parce qu’il est sincère, sans illusion et sans haine non plus. Son histoire, on y croit. Moi j’y crois, et j’aimerais qu’il s’en sorte, qu’il l’ai, sa revanche.

Bien sûr, Osman El Kharraz n’est pas un enfant de cœur, mais les événements de sa jeunesse n’ont rien fait pour l’aider. Mais bien sûr aussi, Osman est un mec bien, derrière les vols, les galères et le shit.

Au-delà de son histoire, ce livre permet d’avoir un éclairage sur les effets du cinéma et les perspectives des acteurs « kleenex » qui espèrent un avenir mais qui s’y brûlent les ailes. Un adulte peut tenter de relativiser les choses, et malgré cela, on voit fréquemment des acteurs qui pètent les plombs. Mais là ? Quelle est la responsabilité d’un réalisateur qui choisit des enfants en galère, fragiles, (le concernant orphelin, seul), pour jouer dans ses films, comme on loue une caméra, comme on paye pour un lieu de tournage, et qui tourne la page les laissant-là  ?

Le môme croit qu’il est entré dans un nouveau monde, un monde incroyable, magique, qui brille, la tête dans les étoiles. Il est sauvé. En réalité, on lui a montré ce qu’aurait pu être sa vie, puis la porte s’est refermée pour le laisser les pieds dans la merde. Sans explication, sans détail, sans rien. C’est probablement pire que de n’avoir jamais imaginé toucher ce rêve.

En cela, ce livre est un témoignage fort et bien monté.

En le refermant je souhaite vraiment qu’Osman El Kharraz soit l’exemple de l’ado-acteur qui  revient dans la lumière à l’âge adulte, du cinéma ou de sa propre vie. Qu’importe, juste qu’il trouve sa place.

Une catégorie nouvelle pour moi, mais un coup de cœur, un récit à lire, très touchant.

 

9782234079922-001-X

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Stock, Collection :
Parution :
11/05/2016
232 pages
Format :
134 x 215 mm
EAN :
9782234079922
Prix:
18.50 €

Mensonges et Faux Semblants

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Présentation de l’éditeur

« Tu sais, Jenny, derrière ces murs, on enferme les petites filles qui parlent trop… »   Petite fille docile et sensible, Jenny passe les sept premières années de sa vie dans le mensonge et la douleur. Elle survit, essaie de comprendre et subit en silence et dans les pleurs. Marquée pour toujours, elle écrit et clame ainsi publiquement les faits. Elle raconte, avec courage et détermination, la maltraitance sexuelle. Le ton, d’une sobriété pudique, est celui d’une violence rentrée et maîtrisée sous forme d’interrogations quant au rôle d’une mère dans le déni. Car plutôt que de se concentrer sur la pathologie et les agissements du prédateur et d’accuser, Mensonges et Faux-semblants évoque avant tout le comportement des proches, mère et grand-mère, englués avec complaisance dans leurs mensonges, leur passivité et leur confort organisé. Toute l’originalité de ce récit se situe dans l’évocation d’une tacite malfaisance familiale et pose la question d’une résilience possible.

Biographie de l’auteur

Papivore et lectrice boulimique, Martine Magnin a toujours été captivée par ce qui se cachait sous les mots et les formules les plus banales. Elle est passionnée de sémantique, de philosophie, de psychologie, et d’antiquités. Elle se consacre aujourd’hui à l’écriture (la nuit) tout en chinant des objets oubliés (certains jours !), après avoir consacré sa carrière à la communication sous toutes ses formes au service des entreprises et des institutions.

Dans ses écrits, Martine Magnin traite avec sensibilité et humour de sujets souvent intimes et graves sans jamais tomber dans le pathos. Le Petit Livre Rouge des Meilleurs Vœux est son premier essai publié. Elle partage sa vie entre sa Provence natale (avec délice) et Paris (avec parcimonie).

Pour tout savoir sur ses écrits, vous pouvez vous rendre sur le site d’Estelas Editions ou sur en cliquant ici.

Un extrait, une phrase

« Sa mère, refusant de les accompagner, persuadée peut-être d’avoir été accusée par sa fille à tort, d’avoir été l’enjeu d’une calomnie infamante, lui dit au revoir d’un signe, sans desserrer les lèvres, avec un regard de reproche qui disait aussi sa désolation de perdre à cause d’elle son statut de femme « accompagnée ».

« Si nous sommes à nouveau seules ce sera de ta faute » lui disaient ses yeux.

Ce que j’en pense

Avec cette histoire, Martine nous invite dans une intimité délicate, douloureuse, sensible.

Ce n’est pas un exercice facile auquel elle s’est attelée, et en ouvrant ce livre j’avais quelques appréhensions. Parce que je connais et j’apprécie Martine Magnin, parce que j’aime son écriture fine et parce que je ne voulais pas être mal à l’aise, sans savoir que dire sur un récit qui la touche tout particulièrement.

Et pourtant, il se lit facilement. Aussi facilement que le sujet est difficile. Ses mots ne font pas dans le sensationnel, elle nous plonge avec douceur dans l’horreur de ce que cette petite fille a vécu, dans le silence de sa mère, de sa grand-mère, dans sa culpabilité à elle, sa douleur, son incompréhension des codes des adultes, de la justice.

J’imagine aisément l’incroyable travail qu’a dû être l’écriture de cette histoire, et je reste impressionnée par le recul qu’il lui a fallu pour l’écrire avec tant de justesse et sans excès. L’excès est dans le sujet, dans l’horreur. Martine a su ne pas en rajouter.

Je vous invite à lire Mensonges et faux semblants, car c’est un récit troublant, très justement écrit, dans lequel l’auteure nous embarque en quelques mots. On se prend d’affection pour cette enfant, de colère devant l’aveuglement des adultes, et pour cette petite fille, qui est éloignée de son foyer, comme si c’était elle, LE problème, la source des ennuis, et une cause de soucis.

Un livre à lire, assurément.

 

martine magnin

 

Format poche 11×18 – 160 pages – Cliquez ici pour le commander.

Tous ses textes sont publiés en version papier et numérique, diffusés sur commande par Amazon, Fnac, Leclerc, par son éditeur Estelas Editions et n’importe quelle librairie. 

 

 

 

Les jonquilles de Green Park

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Présentation de l’éditeur

Les Quatre Cents Coups sous le Blitz de Londres.
Septembre 1940, Tommy vit avec ses parents et sa grande sœur Jenny. C’est le début des bombardements allemands. Tommy, sa famille, ses copains et la belle Mila se préparent tout de même à fêter Noël.

« Si la guerre doit durer une éternité, je voudrais juste pouvoir vivre jusqu’au mois d’avril. Pour voir, une fois encore, les jonquilles de Green Park. Elles se tiennent ensemble, chaque saison. Belles et fières dans le vent puissant et douloureux d’avril. Comme nous autres en ce moment. »

Septembre 1940. Tommy vit avec ses parents et sa grande sœur Jenny. C’est le début des bombardements allemands sur Londres. Ils se préparent tout de même à fêter Noël.
Tommy et ses copains se passionnent pour les super-héros : Superman, Buck Rogers et… Winston Churchill. L’aventure ne serait pas la même sans deux petites frappes : Nick Stonem et Drake Jacobson, aussi vilain que sa jumelle, Mila, est belle.
Dans un Londres en lambeaux, ces jeunes adolescents vont se créer leurs propres histoires et se perdre dans les brumes et le fracas d’une ville enflammée. Mais fêter Noël et revoir les jonquilles en avril restent la plus belle des résistances.

Biographie de l’auteur

Jérôme Attal est parolier et écrivain. Les Jonquilles de Green Park est son dixième roman.

Un extrait, une phrase

« Maman affirme que même si demain, à cause des Jerries il arrive qu’on n’ait plus de confiture à poser sur la table pour le petit-déjeuner, et bien on se fera pas pour autant des tartines de néant, mais on tartinera nos toasts avec le souvenir de la confiture ou, mieux encore, avec la promesse de son retour »


Ce que j’en pense

C’est la première fois que je parle d’un livre de Jérôme Attal. Tout d’abord, parce que mon blog existe depuis peu et que je ne suis pas une grande blogueuse, mais en plus parce que Jérôme m’intimide infiniment. Par sa gentillesse, la façon qu’il a d’écouter, de respecter et de mettre en valeur tout ce (ceux) qui l’entoure. Mes mots n’arriveront pas à atteindre le profond respect que je lui porte, l’admiration que j’ai pour ses écrits, la classe qu’il pose dans sa plume et précisément dans cette histoire.

Pourtant là, il faut bien que je me lance et que je vous en parle. Je ne peux pas me cacher tout le temps. Si vous n’avez jamais lu ses livres, il est temps de commencer par celui-ci, son dixième roman.

Le contexte : la Seconde Guerre mondiale, Londres sous les bombardements, des morts, des disparus. Dans ces jours de terreur, c’est l’histoire du petit Tommy qui se joue. Sa tendresse pour ses parents et pour sa sœur, la vie et la solidarité qui s’organise autour de la guerre, ses copains, et la jolie Mila.

Pour détourner sa peur, Tommy se perd dans ses jeux, ses rêves, et avec ses proches, le soupçon d’imagination qui leur permet de survivre, la légèreté indispensable pour ne pas s’effondrer. Les petits plaisirs ne se trouvent pas dans ce que l’on possède, mais dans l’idée que l’on se fait de les posséder. C’est l’histoire d’un gamin qui traverse tout cela et qui n’oublie pas l’essentiel. Et grâce à Tommy, je le retrouve, l’essentiel.

L’écriture de Jérôme est douce ; A travers ses yeux d’enfants, il nous montre  tout ce qui ne se dit pas forcément : la réalité d’un monde en douleur et en guerre. Et pourtant dans les gravas, les enfants jouent, imaginent, se querellent, s’aiment aussi. Il y a les défis, le courage et les bêtises.

Jérôme Attal accroche avec précaution. Il ne nous retient pas par le stress, mais par l’envie de rester avec Tommy et sa famille, de savoir ce qu’il adviendra d’Oscar ou de Mila. Tout est tendre ici.  Je l’ai lu le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux sans envie de le quitter.

Mes arguments sont simples, lisez « Les jonquilles de Green Park », parce que c’est une belle histoire, tendre et forte, parce que ce sont les mots de Jérôme Attal, sur un enfant qui lui ressemble. Jérôme est un magicien-poète, et ses mots magiques sont édités par Stéphane Millon, un éditeur rare.

Un seul argument devrait suffire. Alors quand il y en a autant, je n’hésite pas. Vous n’hésiterez pas, n’est-ce pas ? Dites-moi que vous n’hésiterez pas…

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Broché: 216 pages
Editeur : Robert Laffont (3 mars 2016)
Collection : ROMAN
Langue : Français
17.50 €

Moi, la grosse de Matteo Cellini

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Présentation de l’éditeur

Caterina est une jeune italienne spirituelle et intelligente. Caterina a une famille qu’elle adore. Mais Caterina, à l’instar de ses parents et de ses frères, est grosse. Très grosse. Et ses kilos en trop l’empêchent d’exister. Selon sa conception binaire du monde – les obèses d’un côté, les  » personnes  » de l’autre – elle est une  » non-personne « . A peine sort-elle de chez elle qu’elle s’arme d’une carapace blindée lui permettant d’ignorer tous les commentaires, toutes les plaisanteries, dont elle pourrait être la cible. Elle anticipe tout. Pour ne pas aggraver son dossier qui pèse déjà trop lourd sur la balance, elle fait en sorte d’être la meilleure de la classe, de n’être jamais malade, jamais en retard, toujours bien habillée… bref, de ne jamais faire le moindre remous. Aussi, quand ses parents décident d’organiser une grande fête pour son dix-huitième anniversaire, c’est la panique. Un roman, tout en sensibilité, qui voit son héroïne s’épanouir et découvrir peu à peu qu’un bonheur est possible, au-delà des apparences.

Biographie de l’auteur

Matteo Cellini enseigne la littérature au collège, à Urbania, dans les Marches. Moi, la grosse est son premier roman.

Un extrait, une phrase

J’avance , enveloppée dans mon costume : un manteau plissé, mollasson et flasque; un manteau de graisse. Je suis une super-héroïne et je résous les problèmes. Je sauve le monde.
Je suis la possibilité permanente d’une comparaison flatteuse ; celle qui vous retire des mains la palme de la moche, de la plus grosse, de la plus seule. je suis Cate-la-grosse, un obus oublié qui depuis le collège, ne demande qu’à exploser.

Ce que j’en pense

Dans la première partie,  Caterina nous permet de comprendre ce qu’est la vie d’une adolescente en important surpoids, dans une famille obèse. Sa lucidité et sa force sont parfaitement présentés : Cette façon qu’elle a d’anticiper les regards, les réflexions, les rires ou les silences pour éviter de souffrir. Caterina a appris à devenir irréprochable pour ne jamais laisser une occasion, autre que physique, d’être critiquée ou jugée. Son corps reste une fatalité. Elle ne pourra jamais rien y changer. Ni changer le regard du monde sur elle. Ce monde divisé en deux. Les minces : les personnes (90% de la population) et les non-personnes : les obèses.

Il n’y a là aucun misérabilisme ni dans la voix de Caterina ni dans les mots de Matteo Cellini. Juste des faits, et un quotidien réglé à la baguette pour pouvoir le supporter.

Dans la deuxième partie, Caterina nous raconte toujours son histoire, ses journées, ses nuits, mais en se retrouvant comme nous, confrontée aux véritables regards de son entourage, ceux dont elle ne soupçonnait rien. Pourtant l’héroïne nous y avait préparés, nous avait blindés, pour passer outre les sarcasmes. Mais les événements prennent un tout autre sens. Tout est remis en question, ses certitudes comme son ouverture au monde.

Matteo Cellini semble bien comprendre (connaitre ?) les souffrances liées à l’adolescence et aux problèmes de poids.

Il exprime subtilement les contraintes du quotidien, les injustices, mais aussi les idées préconçues dans un sens comme dans l’autre, en bousculant la perception de Caterina. Et c’est ce que j’ai trouvé de plus original ici.

Matteo Cellini nous peint des caractères forts, emprunts simultanément de méchanceté comme d’empathie ou de bonté. Toute la complexité de l’exercice et probablement ce qui les rend si humains.

Moi, la Grosse est un premier roman qui m’a touché et secoué dans mes propres ressentis et dans mes idées reçues.

Si vous avez l’occasion de le lire, ne vous en privez pas.