FRAGMENTS DE FRAGONARD, ROMAN ÉPISTOLAIRE

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À l’occasion de l’exposition Fragonard Amoureux qui s’est tenue au musée de Luxembourg à Paris de septembre 2015 à janvier 2016, la galerie de la Marraine a réuni indépendamment,  des artistes, créateurs et artisans, et présenté leurs œuvres et créations -uniques ou en petite série- rendant hommage à l’un des plus grands peintres du rococo et de la frivolité. Il m’a été demandé d’écrire 16 lettres d’amour inspirées par ces tableaux. Ces lettres furent offertes aux abonnés de notre exposition virtuelle durant la durée de Fragonard Amoureux. A présent, je suis ravie de les partager ici avec vous.

Si vous souhaitez découvrir et lire toutes ces lettres, en partant de la première,   rendez vous sur ma page  en cliquant ici : Fragments de Fragonard

Si vous connaissez les premières, et souhaitez juste lire la dernière, elle est à vous ici, juste en dessous : N’hésitez pas à partager avec moi votre avis, en commentaire

J’espère que vous aurez aimé l’espace de quelques lettres,

traverser les vies de Marie et de Nicolas…


Lettres 1 à 15

Lettre 16

Mon beau héros,

Votre gloire peut briller des mille feux que vous arborez sur votre poitrine, ces petits soleils de printemps nous éblouissent peut-être lorsqu’ils s’introduisent dans notre intimité, les souvenirs brûlants que nous chérissons éclairent sans doute notre vie, mais rien n’est plus éclatant que le rayonnement de nos nuits…

Pourtant hier, vous vous êtes fait désirer jusqu’au bout de la décence. Seule j’ai parcouru les allées de l’exposition. Ainsi, vous n’avez pu nous reconnaître dans ce merveilleux tableau que Monsieur Fragonard a nommé d’un détail, Le Verrou. Sachez qu’il l’a peint alors que nous étions encore à nous aimer dans les jardins du château paternel, ce qui est d’autant plus troublant aujourd’hui, au moment où nous aurions pu l’admirer de concert.

On y dévoile votre fougue, que je ne peux contester. On y apprécie aussi nos amours cachées, dans le geste et dans le titre. Mais ce que l’on n’y trouve pas, c’est bien ce que nous avons partagé la nuit dernière… Car cette nuit, après que je vous ai attendu au Louvre, était des plus surprenantes. Une passion intacte, renaissant sous les cendres des illusions de nos deux solitudes.

Nos expériences passées suffiront-elles à dominer ce démon surgissant d’un autre âge ? Je ne le désire point. Je veux qu’il me dévore, comme vous savez si bien le faire, qu’il vous happe telle ma réponse nocturne à vos avances, qu’il nous pénètre par tous les pores, qu’il se dresse en nous comme vous l’avez fait en moi ! Qu’il nous domine enfin tous deux.

Vous, qui regrettiez déjà que vos actions ne sauraient trouver d’héritier, vous voilà l’intime d’une mère fière de montrer à ses enfants qu’elle s’amuse autant qu’eux. Grâce à vous, un nouvel héritage, et le plus beau : le plaisir. Mes descendants n’auraient pas pu recevoir de meilleur amour que celui d’un père tel que vous.

Oh, mon amour, rassurez-vous, je ne vous engage à rien ! Mais si le poids des médailles fait souffrir votre dos, si la gloire vous tient plus souvent à Paris qu’au cœur des batailles, je saurai guerroyer avec vous toutes les nuits que vous m’accorderez encore, afin de mieux conclure la paix chaque matin et de vous y rendre les armes de la plus belle des manières.

Je ne peux vous laisser reposer cette lettre sans que je vous écrive cette passion, toujours intacte, bien que si durement blessée. N’en doutez pas, je suis et resterai vôtre autant que votre fantaisie vous attachera à moi.

Les Anglais que vous avez combattus le disent si souvent sans y penser, mais cette courte formule prend ici tellement de sens…

Bien à vous,

 

Marie

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Une correspondance de 16 lettres, voici la 14ème et la 15ème lettre, on y parle d’amour… Presque le dénouement.

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Lettres 1 à 13

Lettre 14 (20 ans plus tard)…

Cher Nicolas,

Veuillez pardonner cette intrusion dans votre vie, par quelques lignes qui — peut-être — vous inviteront à remonter le temps…

Vingt ans déjà, vingt ans et je vous ai reconnu comme si vous étiez parti au petit matin.
Vous ne m’avez sans doute pas vue, j’ai souhaité rester discrète dans la foule durant toute la démonstration de votre gloire.
Ces honneurs militaires, que vous méritiez depuis si longtemps, vous ont enfin été rendus !

Il a fallu tant de remous et deux révolutions : celle à laquelle j’ai survécu et celle où vous avez vaincu. Et combien d’espoirs, de tristesses, de souvenirs accumulés ?

Sachez bien que j’ai suivi tous vos exploits sur les champs de bataille, ainsi que ceux de votre vie. De votre belle Américaine à votre récent anoblissement, vous avez fait grand chemin, sans doute toujours animé par la fougue que j’ai bien connue…

Vous rappelez-vous encore de moi ? Je vous souriais lorsque vous vous êtes retourné pour la dernière fois avant d’embarquer pour votre aventure américaine. J’aimerais tant que vous gardiez de moi ce dernier sourire… mais ne puis m’empêcher de vous demander, si vos jours vous laissent encore quelques libertés, une entrevue.

Nous pourrions nous raconter nos belles histoires, nos moins belles également. Il faudrait pour cela que vous supportiez à nouveau mon insouciance et ma légèreté, toutefois de quelques rides teintées…

Ainsi je me rendrai ce vendredi au Louvre, à l’invitation de Monsieur Fragonard, pour l’une de ces belles expositions qu’il nous offre depuis qu’il en est devenu l’un des conservateurs. Je demanderai bien sûr à ce que l’entrée vous soit ouverte, si le cœur vous en dit.

Oui, le cœur ! Le mien battait à l’unisson des tambours ce matin lors de votre décoration…
J’aimerais tant entendre votre voix, douce et sombre à la fois, me conter vos exploits !

À vous, cher Nicolas.

Marie


call fragonard

Lettre 15

Marie, Marie, Marie, Marie…

Découvrir votre lettre ce matin, et vous lire. Étonné, heureux, essoufflé, étourdi ; écrire maintenant votre prénom, si doux à mon souvenir ; le prononcer tout haut, mille fois, Marie, comme je le fis jadis, en préambule de mes ardeurs : grâce à vous, je me réveille enfin.

Mes pensées volent en éclats, éclairent des sentiments enfouis. Comme vous étiez belle. Comme vous étiez celle… Je me souviens, bien sûr.

Et pourtant je ne sais rien de vous. J’ai compris votre mariage, vos enfants, votre vie en haut-lieux. Vous avez su tirer parti de Versailles, j’en suis ravi. Mais amer aussi de n’avoir pu, dans ce dénouement, ne jouer que le rôle de l’amant éconduit.

J’étais parti pour vous… Vous me retrouvez aujourd’hui où vous m’aviez laissé. Bien sûr, la vie est passée, j’ai aimé d’autres corps, fait souffrir d’autres cœurs, rêvé à d’autres charmes. Mais les vôtres, ma douce, les vôtres ont su me hanter sans relâche, sans répit, sans rancœur. Margaret ne vous a jamais remplacée, et notre amour n’a pas duré.

Je vois encore votre visage, ces fleurs dont vous pariez votre coiffure, leurs parfums mélangés à celui de vos boucles, et votre peau, si douce, si tendre. Je ne cesse de vous entendre rire et chanter lors de nos promenades, murmurer mon prénom. Je ne cesse de vous sentir trembler entre mes bras. Je revis tout cela à vous lire, à vous imaginer ici, demain, pourquoi pas. Je me trouble, pardonnez mon émoi.

Vous me proposez aujourd’hui de nous retrouver là-bas, de croiser à nouveau nos regards et nos mains ? De parler de la vie, de parcourir nos gloires ? Ma chère Marie, croyez-vous vraiment que nous le pouvons ? Mes gloires ne vont-elles pas vous décevoir ? Elles ne sont faites que de guerres, de batailles et de morts. Je n’ai ni famille, ni amour, ni avenir. Avec moi disparaîtra ce que je fus, ce que j’ai aimé. Vos gloires à vous sont tout le contraire, elles dureront la vie de vos enfants et de leurs descendants. Nous retrouverons votre beauté dans les yeux de vos filles, votre courage entre les mains de vos fils. Vous avez aimé, été aimée, vous avez nourri cette vie. J’aimais passionnément nos folies, nos fougues et nos envies. Je n’ai eu faim que de vous.

Je suis tenté d’accepter, de voir avec vous ce peintre dont vous me parlez, de revoir vos yeux et votre beauté fleuris. Je devrais refuser et garder intact le souvenir de notre histoire. Ne pas ajouter un chapitre de regret. Si ce n’est de la tendresse ? Le croyez-vous possible ? Pourrait-elle nous rester ? Je doute, je m’attendris déjà. Je me retrouve si jeune et si épris. Que me faites-vous, ma mie ?

Je ne peux vous confirmer ma venue. Je désire, je l’avoue, laisser ce mystère entre nous. Vous m’avez tellement fait souffrir. Mais fait tant vivre, aussi. Je ne sais.

À demain, peut-être. À toujours, sûrement.

Nicolas

 

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Une correspondance de 16 lettres, voici la 13ème lettre, on y parle d’amour…

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Lettres 1 à 13

Lettre 13

Mon beau Nicolas,

 

Vous aviez raison, il ne fut pas simple de suivre vos aventures sans que l’émotion me submerge. J’avais tout d’abord ouvert votre lettre dans un boudoir du château, où je n’étais pas seule. Mais l’excitation de vos mots m’a bien vite fait replier vos pages !

Je les ai donc réservées pour ma première nuit solitaire, quelque temps après…
Il me fallait me débarrasser de l’un de ces courtisans, utiles mais encombrants.

À la lumière d’une chandelle, sous la lune bien haute, je dépliai vos mots. La lecture de vos jeux avec Margareth m’émoustillait au plus haut point et je me mis à la double tâche, de suivre vos écritures d’un doigt et de les ressentir d’un autre…

Que voulez-vous, mon beau, l’idée même de votre corps glissant en elle me procurait un plaisir intense, fut-il par procuration ! Ce ne fut qu’au bout de nombreuses lectures, le désir assouvi et la fatigue venant, que je m’endormis sur votre plume, au jour levant.

Mais vous avez décidément raison. Aussi loin de vous, je ne puis oublier mon corps de femme et ne point assouvir mes pulsions. J’ai bien compris que vous trouvez un plaisir intense dans votre vengeance…
Malgré tout, de cette vengeance est la preuve de votre souffrance.

Je ne désire rien de tel de vous. Je veux vous savoir heureux, libre et héroïque. Vous êtes beau. Sans doute plus beau que jamais dans votre force enfin exprimée et vos assauts libérateurs. Alors, trouvez le bonheur sur cet autre continent, si loin de moi.

Je ne vous retiens plus. Je suis désormais jalouse de toutes ces femmes qui goûteront votre liqueur. Je m’en vais ainsi accomplir mon destin sans plus rêver de vous, mais vivre de l’espoir que le hasard nous réunira un beau jour…

Je vous quitte, mon merveilleux amant.
Je vous aime encore, je vous désire encore plus, je vous rends cette liberté pour laquelle vous combattez. Soyez fier, soyez fort, soyez intrépide. J’admirerai vos exploits dans la bouche des pédants de Versailles et je ne pourrai jamais oublier votre souffle au creux de mes reins. Croyez-moi, vous resterez dans mes désirs autant que dans mes pensées…

Je vous embrasse ainsi, une dernière fois, je vous serre dans mes bras et vous livre à votre destin ; soyez glorieux !

 

Marie

 

 

 

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Une correspondance de 16 lettres, voici les 11ème et 12ème lettres, on y parle d’amour…

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Lettres 1 à 10

 

Lettre 11

call fragonard

Mon héros,

Saviez-vous que vos quelques semaines se sont traduites en de nombreux mois ?
C’est d’un printemps radieux que je vous écris ces quelques mots…

À tout vous dire, je ne savais plus que penser. Ne recevant aucune missive de vous, je courais après les dernières rumeurs et tendais l’oreille dès que des noms, ceux qui doivent vous être familiers, étaient prononcés. Étiez-vous trop occupé, aviez-vous été blessé ou pire ? Je me morfondais.
Aujourd’hui, je sais enfin que vous êtes sauf ; je me languis donc. Vous voir, effleurer le grain de votre peau, ressentir le sang bouillonnant en vos veines les plus secrètes…

Mais alors que votre trop long éloignement a fait de moi une presque veuve, vous me parlez d’une autre femme ! Vous comparez décidément deux opposés.
Dois-je vous rappeler que mes aventures, certes charnelles, ont pour seuls buts de combler le gouffre financier dans lequel mon frère a plongé la famille, et même le domaine tout entier, afin de m’éviter ainsi le plus grand désarroi ? Qu’iriez-vous d’ailleurs chercher auprès de ces Anglaises que vous ne trouveriez au bout de ma tresse ? Seriez-vous si enclin à prendre d’assaut le royaume de la rose que vous oseriez bouder mon bouton ?

Mon beau Nicolas, vous devez comprendre que je ne cherche nullement à vos offenser, sans toutefois rien vous cacher. Eh quoi, comment une jeune fille, devenue femme par vous, trouverait-elle l’expérience suffisante pour vous satisfaire dès votre retour, sans qu’elle ne pratique entre temps ?

Je vous passerai donc ces quelques mois d’incertitudes où, malgré mes appâts, les créanciers du château et mes généreux donateurs se faisaient trop rares. Il m’a fallu user plus que de coutume des charmes de mon boudoir, ainsi que de mes servantes qui se sont prêtées à des jeux enchantant les riches soirées que j’organisais.
Aujourd’hui que tout est rentré dans l’ordre, j’ai acquis un certain confort à Versailles et renforcé de nombreuses relations. Elles vous aideront sans nul doute à obtenir plus vite ce que vous cherchez. Sachez que, par mes lèvres, votre nom de héros de la France est ici dans toutes les bouches. Et, marine faisant, il ne devrait tarder à arriver aux oreilles de vos commandants… Tant que vous ne préférez pas passer du côté des Anglaises.

Enfin ! Si vous appréciez ce jeu, je vous prie de bien me raconter, sans rien omettre des détails les plus intimes de vos assauts. Nous pourrons alors partager ce doux sentiment de nous savoir si loin, tout en révélant l’ardeur qui nous consume l’un pour l’autre. Car, aussi charnelles que soient ces étreintes loin de vous, mon amour brille dans votre ciel étoilé. Regardez Vénus dans votre ciel et pensez à moi… Racontez-moi, mon amour ! Vos mots, même les plus cruels et froids, réchauffent mon cœur, tels les rayons du soleil perçant le feuillage du châtaignier qui abritait nos étreintes.

En amour, je ne suis qu’à vous, tendrement.

 Marie


Lettre 12

call fragonard

Ma désirée,

Vous avez raison de préciser que le temps passe. Il emporte avec lui mes convictions, l’image que je gardais de vous et que je chérissais.

Qui est cette femme légère, joueuse et si certaine de pouvoir supporter mes assauts pour d’autres corps, d’autres peaux ? Êtes-vous assurée de pouvoir lire sans tressaillir les détails que je m’apprête à vous livrer ? Avez-vous conscience de la mesure des choses ?

Le feu brule, ma douce, il serait folie de croire qu’il puisse vous épargner. Et s’il vous effleure sans vous abimer, ne vous demanderez-vous pas si les braises de nos sentiments se sont éteintes à force de réchauffer d’autres corps ?

Depuis longtemps, vous me dressez à la baguette de vos désirs. Ici non plus je ne saurai renoncer à vous obéir. Voulez-vous donc savoir, connaître, imaginer, ressentir ? Soit. Je m’en remets à vous, ma curieuse ; savourez les mots que je vous offre, ils vous sont livrés crus. Accompagnez-les selon votre goût, du geste, du chemin qu’il dessinera, et vivez avec moi la sensation de mes gourmandises.

Il me fut si facile de cueillir Margaret…

Une promenade au parc, un bosquet, un sourire, un baiser dérobé. Une fleur détachée et, avec elle, parcourir doucement les courbes de son décolleté. Mes attentes furent comblées. Ressentir la caresse des pétales sur sa peau, voir son cœur se gonfler, ses seins tendre leurs pointes à l’approche de la tige, apercevoir une ombre finement dessinée, détacher le corset, le dénuder, la dénuder, admirer la perfection de sa jeunesse, le frisson de son innocence, être le premier à y goûter à l’ombre d’un châtaignier… Ironie du lieu. Vous êtes partout, le saviez-vous ?

Pouvez-vous imaginer l’effet qu’elle fit sur moi ? Ne vous méprenez pas, ma mie, je fus tendre et courtois, je ne l’ai parcourue qu’en douceur, au début. Mais la coquine apprit rapidement à manier le bâton, et trouva agilement le revers des jupons. Elle m’ouvrit sans hésitation ses pensées très profondes, et nous eûmes à nos tours l’explosion de nos mondes. Sa maladresse et le rose sur ses joues me rappelaient sans honte nos premières étreintes. Je pus, sans effort, me laisser aller à mon devoir d’homme : envahir sans relâche ses monts et ses vallées, la sentir se raidir, soupirer, défaillir. Les gouttes de son corps se mélanger aux miennes, puis détendre son cœur sous le poids de mon torse, sous les coups de mes reins.

Vous l’imaginez sans ambages, nos promenades furent plus fréquentes et plus longues. Plus agiles, également. La balançoire de son jardin et le potager de son père la font maintenant rougir lorsqu’elle s’y rend avec « mère ». Je lui appris l’art de l’outillage, comment décupler les plaisirs, avec ou sans contraintes. L’expérience nous grandit, ma féline, je ne fis donc pas deux fois la même erreur, et rapidement lui promit la voie de mon aigreur. Qu’il fut bon de la sentir refuser puis céder sous le plaisir imparfait…

À présent, Margaret est une femme d’expérience. Grâce à mon initiation méticuleuse et charmante, elle sait comment prodiguer mon plaisir et bien trouver le sien. Nos jeux se nourrissent de nature et de rire. Nous nous aimons sans amour. Ceci me rend léger et décuple mon imagination. J’envisage d’ailleurs d’inviter son amie Élisabeth. Une jeune fille avenante aux rondeurs étonnantes qui pourraient pimenter nos détours et nos heures.

Maintenant que vous savez, pouvez-vous encore m’assurer votre amour ? Le mien vous est acquis depuis si longtemps. Malgré les dangers qui rythment ma vie d’homme, les tentations auxquelles je cède parfois, ma faiblesse, ma rage, mon envie de posséder à nouveau votre corps brûlant, je vous le crie de toute mon âme : Vénus, dans mon ciel, n’égale en rien votre beauté.

Il est temps que je revienne pour vous le prouver.

Nicolas

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Une correspondance de 16 lettres, voici les 9ème et 10ème lettres, on y parle d’amour…

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Lettres 1 à 8

Lettre 9

call fragonard

Mon amour,

Soyez pleinement rassuré, mon âme à jamais vous appartient. Quant à mon corps, ainsi qu’il est écrit dans le Grand Livre, il ne m’appartient pas entièrement puisqu’il vous appartient aussi pour partie…

Mais, alors qu’il ne vous donne que du plaisir quand je prends mon extase du vôtre, il me sert autrement en votre absence. Il est stratégie, appât, miroir des âmes impures. Jamais souillé, puisque toujours si proche de vous en pensées, si loin des lubriques de Versailles et Paris.

À vous lire, votre corps à vous est bien entretenu par vos desseins !
Il forge en vous ce héros qui saura me combler dès votre retour. Il apprend l’art de la guerre, où chaque muscle que je caressais de mes mains, ma bouche ou mes seins, vous sert à défaire l’ennemi, à briller sous la tente des généraux et dans vos riches milieux américains. Votre corps vous enrichit quand votre âme vous élève…

Ne trouveriez-vous pas qu’il est justice que, de mes lèvres entrouvertes ou d’un décolleté un peu moins strict que ceux des vieilles carnes, mon corps puisse m’élever alors que mon âme s’enrichit ?
Une femme à Versailles ne peut s’élever bien haut lorsque ses jambes touchent encore terre. Heureusement, quelques gentils hommes, des esprits modernes et éclairés, me font grâce de leurs compagnies et me font accepter dans des cercles bien plus haut placés que ma petite noblesse de province me le permet.

Vous me lisez, je ne me livre pas à de vieux pervers. J’offre ma compagnie à ceux qui, souvent mariés, sont parfois même fidèles à leur serment. Versailles, depuis bien longtemps déjà, accueille des personnes licencieuses. Il n’en est rien de ceux-ci, ils ont l’esprit bien plus ouvert que ceux-là ne rêvent les cuisses de leurs maîtresses.

Aucun autre amour que le vôtre ne me touche et ne me touchera en attendant votre retour héroïque.

Mais bien sûr, les hommes regardent. L’un, à la vue prolongée de mes charmes sans doute, me fit part de son désir de vouloir prendre les devants. Évidemment, je lui tournai le dos prestement, il en profita et me mit à l’imparfait ! Si ma pureté en souffrit quelque peu, il n’est nulle place où vous avez voulu m’aimer qui fut assaillie puisque, à l’instar de votre ardeur à vouloir parcourir sans relâche mes monts et mes vallées, il ne voulait que l’arrière-Vénus, à la manière du bon abbé de Brantôme…

Il en va ainsi à la cour. Je sais désormais qu’il n’est point de hauteur infranchissable, qu’il n’est pas de cercle impénétrable, que si le plaisir peut être coupable, le désir est irrémédiable. Il n’est qu’en vous, en votre possession de mes atours, que je déguise en atouts pour mieux maîtriser les cartes de mon destin.

L’esprit serein, votre compréhension de mes jours et mes nuits m’apaise déjà…
Un baiser de vous, même si loin répondra-t-il au mien, glissé entre ces lignes ?

Mon amour est pur, et je vous aime, Nicolas.
Marie


Lettre 10

call fragonard

Mon amour, ma cruelle…

 

Le silence posé ces quelques semaines m’a été nécessaire pour panser les blessures engendrées par vos mots.

Je ne peux que comprendre vos arguments ; j’aime déjà si ardemment ceux que vous avanciez pour me séduire lorsque nos corps s’unissaient. Mais ces derniers me transpercent plus douloureusement encore que l’idée de vous imaginer possédée par un autre.

Vous me dites utiliser vos armes pour trouver votre place, comme j’utilise les miennes pour construire notre avenir. Je ne peux convenir d’un tel raccourci ! Vous vous excusez en offrant à d’autres ce que je n’ai jamais reçu de vous. Par pudeur, en patience, j’imaginais dérober ce chemin détourné, lorsque nos vies seraient à nouveau réunies. Vous l’avez offert à d’autres ! Continuez-vous ? J’en tremble…
Cette pensée, au lieu d’aiguiser mon envie, m’a plongé en enfer.

Je vous ai haï, mon aimée, de ce que votre corps libertin et votre calcul perfide me refusent : vous guider dans ces plaisirs imparfaits. J’ai voulu me venger, cueillir les atours de Margaret ou d’autres, me plonger dans leurs ventres et dans leurs bouches, posséder complètement ces corps gourmands qui ne demandaient que moi.

Mais pour l’heure, je ne l’ai pas encore fait.

Je suis parti pour mieux vous revenir, Marie. Je ne l’oublie pas. Y songez-vous toujours ? C’est loin de vous que je vois qui vous êtes, et malgré ma douleur je vous aime davantage. Est-ce possible ? Je sais maintenant que l’amour et la folie sont sœurs et sans raison. Mon corps est fort, mon âme blessée, mais mon cœur faible, toujours amoureux, est impatient de vous.

Puisque je ne puis satisfaire vos attentes ni les miennes, j’accepte à contrecœur les situations qui sont vôtres. Je vais, comme vous, user de ce que la nature m’a offert pour venir à mes fins, qui, n’en doutez jamais, n’ont pas changé : vous retrouver et marquer sur chaque partie de votre corps intacte ou souillée, une goutte de mon amour passionné.

J’espère revenir bientôt et remettre de l’ordre dans votre vie.

Mais je vous en dirai davantage prochainement. Pour l’heure, je vais user de mes atouts comme vous usez de vos charmes, pour dérober la confiance de mon hôte, et les soupirs de sa fille. Après avoir passé tant de jours à convoiter et à espérer un statut, une place pour un cœur, il est temps que je passe à l’action…

Mon esprit ne peut être serein lorsqu’il vous imagine en de telles postures, mais je vous laisse sur mes mots la marque de mes lèvres… Tentées aujourd’hui de vous mordre plus que de vous baiser.

Nicolas

 

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Lettres 1 à 6

Lettre 7

 

 Mon bel aventurier,

Ma plume court sur le papier, afin de vous donner les excellentes suites de ma désormais nouvelle vie…

Henri est tellement prévisible !
Aussitôt libéré de nos parents, il a cru obtenir enfin la vie dont il rêvait. Mais elle mêlait les apparences du deuil paternel et son besoin de paraître plus haut qu’il ne sera jamais…

Ainsi, de fêtes en cercles de jeu, il jouait les beaux partis éplorés pour collectionner les conquêtes, et finalement n’en récolta que les dettes. Lui qui se croyait au-dessus de tout, il se trouva rabroué par l’intendant, que père avait eu la sagesse de glisser dans son testament. Et c’est en petit garçon pris sur le fait qu’il a reçu en chiffres, la plus belle fessée de sa vie.

Lui, si suffisant, aux crédits… insuffisants !

C’est ainsi que, pour réduire les frais de la demeure, notre tante Mathilde, si bien introduite à la Cour, m’a envoyé à Versailles avec mes gens. Il m’y est tellement plus facile que mon frère d’y trouver les finances dont nous avons tant besoin.

Je n’ai jamais été plus radieuse : du quelconque petit marquis aux plus grands de Versailles, chaque homme semble se transformer en soupirant. Parée, enjouée, tout ici me rend belle, du regard des hommes aux reflets trompeurs de ces magnifiques miroirs !

Il me suffit ainsi de me pencher quelque peu pour trouver de l’or… Des sommes essentielles à notre avenir, si faciles à cueillir lorsqu’elles tombent des bourses de mes généreux parrains.

Méfiez-vous, mon amour : les hommes sont fous, et vous ne me semblez pas faire partie de la même race qu’eux. Ils n’ont rien de rationnel, un simple sourire pour rehausser ma mouche change le plus avare grabataire en un vieux noble fringuant. Là où rien ne saurait les rendre attentifs à la misère du peuple, l’espoir d’une courbe féminine les fait défaillir !

Je sais que vous n’êtes que courage et hardiesse, mais vous ne libèrerez pas vos amis américains de ces Anglais tout seul ! Ces hommes à qui vous faites confiance, sur qui vous devez compter lors d’une bataille, vous lâcheraient à la simple vue d’un long cheveu blond…

Je ne peux y penser sans me morfondre, plus inquiète que jamais. Mais si vous me lisez, je m’apaiserai. Rendez-moi compte, mon amour, de vos faits héroïques et de votre bonne fortune, afin que je m’endorme, seule dans mon lit, livré à vos désirs !

Prenez donc cette nouvelle adresse, où je pourrai recevoir vos missives. N’ayez aucune inquiétude, personne cette fois ne peut nous lire, et je n’aurai bientôt plus à cacher, ni vos lettres, ni notre amour ; vous devez être si vaillant que la gloire ne peut que vous sourire avant même votre retour, et je bâtis doucement notre paradis à venir en plaisant au Tout-Versailles.

J’ai hérité de ma noblesse, vous la forgez par votre vaillance.
Rien, ni personne à Versailles, ne nous résistera lorsque nous serons enfin réunis.

Il me tarde tant de ne regarder plus que vous…
Je ne pense qu’à vous, mon bel aventurier, je ne désire que vous, je ne dors qu’avec vous.
Revenez-moi au plus vite, que je m’abandonne à nouveau à vos ardeurs.

Pour toujours.

Marie

 


Lettre 8

 

call fragonard

 

Mon unique,

 

Tant de semaines sont passées depuis que cette lettre a quitté vos mains, pour arriver dans les miennes… Mes pensées ne vous quittent jamais, mais qu’en est-il de vous, aujourd’hui ?

Probablement, me sentez-vous déjà inquiet, et je le suis…

Ne m’en voulez pas, ma douce : vos mots m’enivrent et me poignardent à la fois. Mille questions tourmentent mon esprit, je ne suis plus que crainte, moi, si courageux et si fort ! Rassurez-moi, Marie, êtes-vous toujours mienne telle que vous semblez l’écrire ?

Bien sûr, je suis heureux de vous savoir maîtresse de votre destin et épanouie dans votre nouvelle vie… Je vous imagine virevoltante, légère et radieuse… Mais je ne peux supporter que d’autres en profitent, pendant que je me bats pour nous construire un avenir.

Et pourtant vous voyez clair, les hommes sont dangereux, lubriques et fourbes. Ils ne voudront qu’une chose, posséder ce qui m’appartient, que je chéris et respecte au plus profond de mon être.

Êtes-vous bien certaine d’y maitriser le jeu et de ne point jamais devoir y offrir plus qu’un regard, plus qu’un sourire ? Suis-je en train de perdre votre corps, ne me reste-t-il que votre cœur ?

Il ne m’est pas étranger que votre vie doit se construire avec effort et stratégie ; vous devez vous battre avec vos armes. Mais la seule image de l’un de ces vieux pervers touchant le grain de votre peau, goûtant de sa langue vos lèvres charnues, assiégeant mon paradis, m’est insoutenable.

Je ne veux y penser davantage et nous espère encore tels que nous l’avons toujours été, la moitié de l’autre, unique et absolu. Rassurez-moi vite, je vous supplie…

Vous m’appelez « aventurier », j’aimerais le devenir, mais je ne fais ici que mon devoir : représenter la France, aider l’Amérique et me battre pour la liberté ! L’aventure que je traverse ici dépasse tout ce que je pouvais imaginer. Je viens de vivre la guerre, des semaines d’affrontement, des jours sans fin d’une bataille longue et douloureuse. Mais ne vous inquiétez pas davantage, nous n’avons jamais douté de notre bonne fortune. J’en suis revenu, sauf et glorieux.

La bataille de Yorktown nous a menés en Virginie. Les Anglais ayant assiégé la ville, la flotte française assurait le blocus du port empêchant ainsi tout ravitaillement des Anglais par la mer, tandis que les troupes terrestres l’encerclaient. Après avoir pris les bastions qui devaient la défendre, nous avons pu assiéger à notre tour Yorktown et mener l’armée coloniale à sa défaite. Sans classe et sans panache, Lord Cornwallis et ses troupes se sont rendus. Lisez bien ces mots, ma tendre, et soyez fière de votre aventurier, qui, je vous l’assure, reviendra en héros : Le Général de La Fayette lui-même a salué mon courage et ma vaillance ! Encore une fois, je n’ai fait que mon devoir, mais il semble que je satisfasse pleinement aux espoirs de nos généraux.

Nous rentrons à présent dans une période plus calme, même si l’effervescence reste palpable. Je ne sais ce que sera demain, mais pour l’heure je suis gracieusement logé dans la propriété de riches indépendantistes, qui souhaitent manifestement remercier ma bravoure. Ce sont des gens vraiment charmants. Je me plais à refaire le monde avec le père, et à me promener dans les jardins de leur propriété avec sa jeune fille, Margaret, à qui je vante inlassablement votre beauté et mon amour pour vous. Elle a la gentillesse de me prêter son oreille, afin d’apaiser les souffrances de votre absence et ainsi lui conter comme nous savons nous aimer…

Il me tarde de vous lire à nouveau.
Vous avez su me rassurer à propos de vos jours, mais point de vos nuits.

Écrivez-moi à nouveau comme et comment vous m’aimez. Je me languis de tout, de baiser votre bouche, de serrer votre corps et de m’enfouir en vous.

Éternellement

Nicolas

Fragments de Fragonard, roman épistolaire

Par défaut

Une correspondance de 16 lettres, voici les 5ème et 6ème lettres, on y parle d’amour…

À l’occasion de l’exposition Fragonard Amoureux qui s’est tenue au musée de Luxembourg à Paris de septembre 2015 à janvier 2016, la galerie de la Marraine a réuni indépendamment,  des artistes, créateurs et artisans, et présenté leurs œuvres et créations -uniques ou en petite série- rendant hommage à l’un des plus grands peintres du rococo et de la frivolité.

Il m’a été demandé d’écrire 16 lettres d’amour inspirées par ces tableaux. Ces lettres furent offertes aux abonnés de notre exposition virtuelle durant la durée de Fragonard Amoureux. A présent, je suis ravie de les partager ici avec vous.

Si vous souhaitez découvrir et lire toutes ces lettres, en partant de la première,   rendez vous sur ma page Fragments de Fragonard

Si vous connaissez les premières, et souhaitez juste lire les deux suivantes, elles sont à vous ici, juste en dessous :

N’hésitez pas à partager avec moi votre avis, en commentaire

Toutes les calligraphies sont de Frédérique Thyss


Lettres 1 à 4


 

Lettre 5

 

Tendre ami,

 Votre lettre est un doux plaisir. Vous m’avez rendu le sourire de nos instants heureux, le souffle coupé de nos amours interdites. Mon cœur battait à nouveau, le soleil était immense, il ne laissait aucune part à l’ombre.

Mais ici…

Tandis que vous preniez d’assaut les flots qui désormais nous séparent, que votre avenir se dessinait sous ces nouveaux horizons que vous dessinerez à la pointe de votre courage, vous nous avez séparés plus encore, une distance terrible lorsque vous connaîtrez les événements bouleversants qui ont sorti ma plume de nos douces rêveries.

L’ombre a pris place. Non pas celle qui ouvrait à nos plaisirs, non pas ces nuits brûlantes qui nous unissaient, non plus celles du châtaignier qui nous rendait un peu de sa fraîcheur à la fin de l’été. Une ombre envahissante, menaçante ; les ténèbres, prémices du pire. L’aveuglement… Comment ne pourrais-je encore me plonger dans votre regard essoufflé, admirer la lumière dessinant votre corps dessus le mien, être troublée par cette vie qui rayonne autour de vous ?

Père s’est éteint, et avec lui, toute lumière d’espoir s’est enfuie.

Mère vit en noir, seule, désormais éloignée chez les sœurs de la Bonne Volonté. Ce fut la première décision d’Henri, qui a naturellement pris la succession de la famille. Comment ce pauvre sot, uniquement attiré par les fastes de quelconque cour, pourrait-il répondre à nos aspirations ? Il ne pense qu’à lui, à ses plaisirs, à sa renommée, à ses notes de frais.

Mère et moi sommes aujourd’hui à sa merci.
Comme j’aimerais que ce soit à la vôtre…
Je vous en prie ardemment, revenez vite, vainqueur, et enlevez-moi à cette noirceur !

Je vous embrasse tendrement. Ne pensez plus à la joue, dirigez mes lèvres vers vos pensées les plus inaccessibles.

Vôtre, pour toujours.

Marie


 

Lettre 6

 

 

Ma rose,

 

 Vous que j’ai cueillie un jour inespéré dans un jardin oublié, que j’ai effleurée d’une main précautionneuse, dont j’ai senti les parfums, caressé les pétales, de mon visage et de mes lèvres… Que j’ai possédée et que j’espère posséder encore et toujours…

Ma douce fleur, délicatement déposée sous la cloche protectrice et rassurante de votre famille pendant mon voyage, espérant vous retrouver toute à moi dès mon retour… Je découvre ce qui vous arrive et je tremble.

Cette épine me transperce le cœur. Depuis que vos doigts ont couru sur cette feuille pour m’avertir du danger qui vous guette, que s’est-il passé ? Comment vivez-vous ? Qu’en est-il d’Henri, et qu’a-t-il fait de vous ? Nous nous sommes peu connus, lui et moi, mais je le crains et sans connaître notre doux secret, nos regards échangés croisaient davantage du fer que de la connivence. Se pourrait-il qu’il accepte de m’envisager autrement ?

Me voilà arrivé en Amérique. Trente-huit jours de mer, si peu de temps, le croiriez-vous ? Le vent, l’océan, le ciel étaient avec nous. Leurs forces n’avaient d’égal que la puissance de ce navire magnifique et notre motivation à défendre la liberté et l’Amérique. Les Anglais ne pourront rien contre nous, j’en suis convaincu.

Nous sommes arrivés à Boston. La guerre se sent et se ressent, se vit et se respire, mais George Washington a su reconquérir le berceau de la liberté et tout espoir est maintenant permis. Je ne peux vous dire ce qu’il va advenir, notre salut dépend de la victoire et des rencontres que je ferai.

Ne désespérez pas. Je n’oublie pas notre désir. Peut-être pourrais-je écrire à votre frère pour partager avec lui nos pures intentions ? Il ne peut être tout à fait mauvais, puisque la même sève coule dans vos veines.

Faites-moi plaisir, allongez-vous parfois dans l’herbe et laissez vos mains parcourir vos cheveux, votre visage, vos courbes et vos secrets. Fermez les yeux et imaginez que vos mains sont miennes et que je prends soin de vous. Comme je le fais chaque nuit dans mes rêves.

De la lointaine Amérique, je vois toujours votre cœur briller près du mien au-dessus de l’océan, et je garde espoir.

Préservez-vous et aimez-moi.

 À toujours.

 Nicolas