ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #30

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Sur une photo pleine de vie de Maman Baobab , voici ma participation à l’atelier d’écriture de Leiloona, pour bien commencer l’année scolaire… Un Parfum de vacances.

N’hésitez pas à laisser un commentaire…

Pour voir tous les textes,c’est ici ! et le mien, c’est là, juste en dessous :


Une robe d’été, des sandales, la peau toute dorée.

Je serre la main de ma maman. Des baisers sur son bras. Son parfum…

Un marché de vacances, la foule, l’odeur des crêpes, du sucre et des niniches…

Les enfants courent autour de nous, un chien aboie.

L’effervescence devant le poissonnier, des coquillages, des araignées,

L’effervescence devant  le fromager, l’odeur qui pique mon petit nez.

Les couleurs se mélangent : les légumes, les fruits, la guimauve et le pain chaud.

Les arômes  du café, plus loin, certains qui le sirotent à l’ombre, en parcourant les nouvelles. On se dispute et On rigole.

Les boutiques éphémères, éternellement placées aux mêmes endroits, chaque été…

« Papa pique et maman coud », pas loin « La cours d’Orgère », les vêtements de plage, les lunettes de soleil, les tongues, les roses qui tournent et volent au vent.

Un sourire.

« S’il te plait. S’il te plait. S’il te plait. »

Un deuxième sourire. Un soupir.

« D’accord. » Merci maman…

La musique du manège tourne en boucle, la rose des vents, bien serrée dans ma main, fait des ronds dans l’air. Plus elle tourne, plus ses couleurs se mélangent, plus mon cœur s’accélère.

Petit cadeau de bac à sable, soleil rose,  jaune, orange, rouge, bleu, vert, du papier,  des couleurs et du bonheur.

Comme la main que je tenais, le bras que j’embrassais, ma rose des vents, je ne l’ai pas oublié.

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #29

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Sur une magnifique photo de © Marion Pluss , voici ma participation à l’atelier d’écriture de Leiloona, pour commencer la semaine. Cet atelier a 5 ans ! Je suis fière d’y participer depuis presque un an…

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Donne-moi la main, et serre-la bien. Ne me lâche pas.

Protège-moi de mes soucis, de mes tracas, des gens qui blessent et qui ne le voient pas,

Promène-moi dans tes jeux et dans tes rêves. Dans tes histoires et tes cachettes

Présente-moi tes amis imaginaires, et ces animaux merveilleux qui n’existent que dans tes yeux.

Ne me laisse pas t’embarquer dans les ennuis de la vie. Donne-moi plutôt un baiser et caresse de tes doigts potelés les petites ridules de ma paume crispée.

Donne-moi ta main et laisse-toi faire : ne t’empêche pas de me faire sourire.

Emmène-moi où l’on va rire, courir, se rouler dans l’herbe. ..

Couronne de pâquerettes, se chatouiller avec les tiges, mais pas le droit de rire ! Manger les figues en haut de l’arbre sans tomber,  parler fort en faux anglais avec un accent en papier mâché… Le premier arrivé au rocher ! s’écorcher les pieds. Sauter du rocher plat. Compter combien on met pour aller au village et revenir. Vendre des coquillages, se raconter des fantômes. Se coucher dans un câlin, sans souci, rêver de licorne et de mer, comme des mômes…

La perspective du lendemain comme seule espérance.

Ne pas penser, juste respirer.

Donne-moi la main, raccompagne-moi dans ce monde que j’oublie, et tenons-nous chaud.

Je te protègerai de la douleur, tu me protègeras de la peur.

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #28

Discussion

Sur une magnifique photo de Vincent Héquet  , voici ma participation à l’atelier d’écriture de Leiloona, pour commencer la semaine.

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Vincent Héquet

CERNUNNOS, LE CORNU

Oui, je peux vous raconter l’histoire. Parce que j’étais là. N’écoutez pas les légendes.

La cérémonie venait de commencer. La foule s’amassait depuis plusieurs heures, dense et soudée. Des villages entiers avaient quitté leurs régions, abandonné leurs cultures, laissé leurs biens, sans crainte. Laissant aux hommes trop vieux pour se déplacer, la charge de veiller par la prière sur les bêtes, et d’en appeler à la clémence du climat, pour les jours à venir.

Nous étions des milliers, rassemblés dans cette clairière protégée par les arbres millénaires, et nos ferventes incantations.

Les chants montaient de la foule. Certains tapaient sur les troncs, d’autres imitaient le cri de notre Dieu, en bramant vers le ciel, hurlant vers les étoiles, dansant sous la lune, pleine et bienveillante.

Les vierges étaient là. 12.  En retrait, protégées par les chefs des villages. Simplement vêtues de robes longues et blanches, laissant apparaitre leurs épaules immaculées, la fraicheur de leurs corps, et leurs cheveux flottant aux vents, parsemés de fleurs et de feuillages. Choisies depuis l’enfance pour la pureté de leurs lignées, préparées pour cette année, chacune espérait être l’élue.

Et tout à coup, il apparut. La foule s’écarta et se tut. Cernunnos était là, devant nous, immense, imposant et Cornu. Ses bois caressaient le ciel, ses larges épaules pouvaient déraciner les arbres.

Mais il n’était pas là pour cela. Il devait prendre femme. Celle choisie assurerait la richesse du village pour l’année à venir. Il devait la garder près de lui le temps d’une lune. A la prochaine pleine lune, elle reviendrait à nous. Et si neuf mois plus tard elle enfantait, son enfant serait alors le prochain chef de son village, mi-homme mi- Dieu, et sa famille glorifiée. Si en revanche elle n’enfantait pas, elle serait déchue, perdue, livrée à la nature sans défense et sans aide.

Alors Cernunnos fit jouer sa cape. Il la lança autour de lui et se mit à tourner dans un rythme marqué, saccadé. Les chants reprirent de plus belle, les bois chauffaient, les feux s’embrasaient et lui tournait encore et encore, déplaçant tant d’air que le vent se levait.

Puis il s’arrêta net. Cernunnos s’approcha des jeunes femmes, droites et fières. Sans baisser les yeux, elles affichaient une assurance provocante et sereine.  Je voyais leurs corps frémirent mais leurs cils ne vacillaient pas. Il avançait et les regardait l’une après l’autre. Doucement. Très doucement. Les chants se firent plus doux, comme un murmure, une note suspendue, lancinante presque sourde.

Devant le 9ème il s’arrêta. Sa chevelure rousse ne mentait pas sur sa provenance. Son regard vert perça l’homme cerf jusqu’à son cœur.

C’est celle-ci qu’il choisit. Toujours lentement, il lui tendit la main et fit un signe de la tête. Elle fit un pas, sourit et s’approcha de lui. C’est cette nuit-là qu’il enleva Morgane.

Ils s’avancèrent dans la forêt, s’enfoncèrent derrière les arbres. Sans un regard pour nous. Sans une pensée, sans un regret.  Cette nuit-là, le brame du cerf fut plus fort, plus puissant.

Nous campions dans la clairière, en attendant le retour de la femme du cornu. Priant pour que la vie la rende fertile, et qu’elle le comble, le nourrisse de douceur et de caresses, d’extase et de tendresse. Qu’elle réponde à ses attentes, jusqu’à l’enfant qu’elle doit porter.

Nous avons tant attendu. Trop. La nouvelle lune est revenue, mais pas Morgane. Petit à petit, l’angoisse montait, les silences nous oppressaient.

Certains partaient, terrorisés pour leurs cultures, inquiets pour leurs bêtes laissés depuis trop longtemps et surtout accablés par le signe néfaste que le cerf leur envoyait en ne rendant pas la jeune femme.

Il fut décidé qu’une poignée de volontaires attendrait dans la clairière le retour de Morgane. Je fus désigné. On nous ravitaillait, nos femmes, parfois, nous rejoignaient, certains nous racontaient ce qui se passaient dans les vies que nous désertions.

Les jours, les mois passèrent…. La chaleur de l’été ne nous épargna pas. Ni la fraicheur de l’automne, ni  la rigueur de l’hiver…. Et pourtant. Au printemps, quelque chose arriva.

Une nuit de pleine lune, alors que le ciel nous offrait sa plus belle robe étoilée, une ombre blanche s’approcha. Rien ne craquait sous ses pas. Elle semblait survoler la clairière. Elle s’approcha du feu et déposa un paquet. Comme je me réveillais je pus lui attraper le bras. Sa chevelure rousse me fouetta le visage et ses yeux verres me transpercèrent le cœur.
Voici ce qu’elle me dit :

« Ne m’empêche pas de partir, Kilian. Je vous ai déposé le prix de ma liberté, l’enfant cher à votre cœur. Celui qui assurera la paix et la richesse de nos peuples pour les siècles à venir. Me séparer de mon enfant, c’est le prix que je dois payer pour protéger mon peuple, et garder l’amour que la vie m’a donné. Je pars retrouver Cernunnos, mon amour et mon dieu. Dis à nos peuples qu’il n’est plus questions de vierges ni de sacrifices. Dis leur que Cernunnos s’est uni à moi pour l’éternité, et que la crainte ne nous habitera plus. Protégez notre enfant, il vous protégera à son tour, le moment venu. »

Je l’ai regardé, silencieux, un peu effrayé. Elle m’a souri et s’est enfuit. Jamais nous n’avons revu Morgane ni le Cornu.

Seize années sont passées,  leur enfant est aujourd’hui fin prêt à régner. Pour sauver Brocéliande et nos tribus ancestrales.

Voici la véritable histoire.

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #27

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Après une petite pause, que mon esprit réclamait, me voici de retour avec joie.

Sur une photo de Marion Pluss, qui décidément nous offre de belles images, ma participation à l’atelier d’écriture de Leiloona, pour commencer la semaine.

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Pour voir tous les textes,c’est ici ! et le mien, c’est là, juste en dessous :


Jusque-là, tout va bien.

Dans le métro, Lali a pris le temps de relire sa copie.

De s’imprégner une toute dernière fois des mots et de leurs sens : Un regard intense, pénétrant, sur chacun d’entre eux, pour les imprimer dans sa mémoire, tout en les répétant à voix basse… Cinq fois. Dix fois, pour les notions importantes. Ça marche toujours. Oh, pas longtemps, mais finalement, elle a besoin de s’en souvenir jusqu’à ce soir, pas davantage, non ?

Sa mère trouve qu’elle n’a pas assez travaillé. Son père n’a pas cessé de l’engueuler. Mais ça ne sert à rien.

La pression, elle l’a toute seule ! Sans son bac, pas de vacances avec Julie et ses cousins. Sans vacances avec Julie, pas de balade avec Stan… Pas de regard, pas de baiser, pas de… Evidemment qu’elle veut son bac !

Après le bac ? l’été. Après l’été ? la Fac.

Une longue ligne ennuyeuse avant l’autonomie, l’indépendance, la liberté…

Evidemment qu’elle veut son bac.

Pour l’heure, les portes s’ouvrent. Il faut descendre sur le quai du métro. Zigzaguer entre les badaux, les parisiens, les touristes, les chanteurs, les autres. Lali se précipite, se faufile, s’agace. Le trac la traque, son cœur accélére ses pulsations. Ses mains sont moites, une crispation.

Escalators, escalier, le ciel est bleu, les gens sont lents.

Le métro se dérobe pour offrir la rue, la ville, l’effervescence. Des odeurs d’essence, de café : elle a la nausée. Si elle avait un peu plus travaillé…

Une ruelle à prendre et le lycée à investir.

Il faut y aller, donner sa carte et respirer.

Tout va bien se passer…


ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #26

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Une très belle photo de Marion Pluss, l’atelier d’écriture de Leiloona, rien de mieux pour commencer la semaine. Pour voir tous les textes,c’est ici. Belle semaine !


LE CHOIX

Franchir la porte ou rester là ? Ne pas bouger ? Oser le pas ?

Suivre la lumière  et croire en sa chaleur, ou rester planter là sans surprise et sans heurt ? Mouvement inconnu, illusion d’un meilleur, douceur d’un connu, même s’il est froid, sans cœur.

Il ne sait comment faire, il ne sait plus oser. Il voudrait s’échapper et courir vers la vie, mais se trouve confronté à la douleur  aussi.

Partir d’ici, c’est lâcher la main de son père, allongé sur ce lit : sous le drap juste un pli.

C’est ne plus lui donner sa chaleur et sa vie, pour que la sienne se prolonge, tue la maladie.

Mais partir d’ici, c’est courir vers la vie, retrouver cette femme si belle qui  lui sourit. C’est respirer si profondément que le torse se déploie, que les bras ouverts, le visage suspendu, tout le corps boit le vent, le soleil et la pluie.  C’est ressentir, espérer, goûter, jouer.

Ici, malheureusement la vie est partie. Son père ne bougera plus.

Sa main reste froide. Elle ne serrera plus. Il en a bien conscience, mais il ne pense plus.

Il attend dans le noir qu’un miracle s’opère, ne peut se résigner à laisser là son père. Il le tient, se cramponne, serre les dents : il attend.

Tant qu’il est là, assit à côté de lui, la vie n’est pas partie. Tout espoir est permis.

S’en détacher, s’en déchirer, l’abandonner, c’est laisser son père s’envoler…

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #25

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Voici ma 25ème participation à l’atelier d’écriture de Leiloona.

Sur une jolie photo de Marion Pluss.

Tous les autres textes à découvrir ici ! Belle semaine à tous


50 ANS

Et voilà mes enfants, mes garnements chéris, le spectacle est fini !

50 ans que je suis maladroit, que je tombe, que j’éclabousse, pour illuminer vos visages conquis.

50 ans que je maquille mes angoisses pour nourrir vos rêves.

50 ans que j’oublie mes soucis pour vous entendre rire.

Le monde avance, des progrès, des reculs, des guerres, des horreurs, des miracles.

Le monde évolue, mais le clown, lui, ne change pas :

Les mêmes ficelles pour vous accrocher, les mêmes chansons pour vous envouter.

Et je suis là, devant vous, bras ouverts, sourire aux joues, l’œil qui brille.

Je bois ce spectacle car c’est le dernier que vous m’offrez. Et je ne l’oublierai jamais.

Dans ma vie, j’ai tout fait : L’acrobate, le musicien, le comique.

Je rythme le spectacle, je le ponctue, je suis la virgule ensoleillée, l’arc en ciel dans le cœur des enfants, qui attendrit les parents. Mais aujourd’hui, c’est fini.

Je rends le costume. Je le range au placard. Dans une minute, il n’y paraitra plus.

Plus de couleurs, plus de sourire, plus de rouge, ni de blanc.

Et pourtant…

Après la nostalgie, reviendra le  bonheur d’avoir vécu cette vie.

Mon métier, c’était de vous rendre heureux, le temps d’un instant.

Je suis un souvenir de votre enfance.

N’ai-je pas beaucoup de chance ?

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #24

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Voici ma 24ème participation  à l’atelier d’écriture de Leiloona et son blog, Bric à Book . Et une sublime photo de Sabine, qui participe également aux ateliers.

Une demande de Leiloona : sortir de « notre zone de confort ». Je lui ai demandé une contrainte supplémentaire, elle m’a soufflé : « un polar »... ce qui n’est pas du tout ma spécialité… donc je suis ravie. Ce sera un polar fantastique… J’espère avoir réussi, mais il me semble que mon style reste très reconnaissable… Ai-je quitté ma zone de confort ? ai-je réussi à vous étonner et surtout à vous plaire dans ce domaine ? 

N’hésitez pas à me faire part de votre avis en commentant mon texte ci-dessous… Belle semaine à tous !


Il s’appelait Saru

J’étais encore sous le choc. Accroupi sur le sol, mes genoux protégeaient mon visage que je tenais entre mes mains. En gardant cette position, je ne sais si je voulais préserver les images accrochées à ma mémoire, ou si, au contraire, j’essayais de ne pas en recevoir d’autres malgré moi, plus inquiétantes encore… Tout était fini depuis de longues minutes, mais j’étais incapable de me détendre.

La police était arrivée et questionnait les autres touristes, témoins de cette scène apocalyptique. Certains affolés, d’autres juste curieux, tous avaient une version à livrer, plus invraisemblable l’une que l’autre. Mais comment croire à pareilles histoires ?

Pour l’instant, ils me laissaient de côté, protégé par deux gardes, ausculté par un médecin.Je ne lui rendais pas la tâche facile, à ce pauvre docteur. Ma position fœtale me convenait mieux que tout autre, qui lui aurait donné la possibilité de prendre ma tension, regarder mes réflexes et l’état de mon cerveau.

Si je n’avais pas vécu cette scène à l’intérieur même de mon corps et du temple de Beng Mealea, s’il n’y avait pas eu cette foule rassemblée, les forces de l’ordre regroupées, personne n’aurait pu imaginer ce qui venait de se passer. Il ne restait plus rien, sauf du sang sur mon visage. Pas de corps, pas d’arme, plus de bruit, le jeune bonze volatilisé. Et pourtant…

Grâce à la construction récente d’une route partant de Siem Reap, le temple de Beng Mealea était devenu le plus facile d’accès de tous les temples oubliés du Cambodge. A ce titre, ill devenait une étape inévitable de notre circuit. Et il valait le détour… Incroyable ! J’étais arrivé le matin même et je me régalais du spectacle de la nature reprenant possession de la pierre. Je marchais lentement et appréciais chaque détail… J’arrivais à oublier mes angoisses, mes démons, les soucis de la vie qui ne me l’ont jamais rendu facile. Je commençais à m’apaiser, me sentir presque bien. Je devenais aventurier, Indiana Jones, savourant l’atmosphère si particulière que ce temple dégage avec ses couloirs effondrés, ses racines et ses arbres rongeant les ruines. C’était fantastique, majestueux…

En tintant dans les feuilles, le vent apportait plus de magie encore à l’endroit. Notre silence était le seul respect que nous pouvions offrir à ce lieu étonnant, nous qui foulions de nos vieilles godasses un sol chargé d’histoire…

Et puis il est apparu. Marchant, presque sautillant, comme un enfant. Je croyais que l’on ne pouvait devenir bonze qu’à 20 ans, mais ce jeune garçon semblait loin de les avoir atteint. Il ressemblait à un mirage, flottant  dans sa robe orange, signe d’un renoncement librement adopté, et jouait avec son bâton en le faisant virevolter autour de sa tête. Je ne sais ce qu’il était en train de vivre ou de rêver, mais son imagination était fertile : Il dansait, volait, sautait et brandissait son bois comme le prolongement de sa main…

Et soudain, il m’a vu. Il s’est arrêté et m’a fixé. Son regard est devenu noir, perçant, non plus honnête, joyeux, ni simple, comme il pouvait l’être quelques secondes auparavant.

Il semblait me poser une question que je ne comprenais pas. Il tourna alors son corps vers le mien, s’immobilisa à nouveau et insista.

Sans que je puisse l’expliquer, ses yeux commençaient à me brûler le fond de l’âme. J’avais physiquement mal, je ne pouvais plus bouger. Je le fixais également malgré moi, effrayé, paralysé, espérant une issue, quelle qu’elle soit. Cette éternité ne dura que quelques secondes. Puis il brandit son bâton, le faisant tournoyer en petits cercles précis, tout en précipitant son pas dans ma direction. Ses yeux restaient accrochés aux miens. Toujours plus puissants, toujours plus oppressants.

Plus il avançait, plus mon corps se figeait dans une douleur grandissante, frémissante. Mes veines se remplissaient d’une sève inconnue, mon cerveau se broyait  dans mes tempes prêtes à exploser. Je me suis entendu hurler d’une voix qui n’était pas la mienne. Un mal devait sortir de mon corps et pour ce faire, mobilisait toutes mes énergies. Plus il s’approchait et plus le mal se précisait pour sortir par ma bouche comme on vomit de la haine. Je la toussais, la crachais, sans pouvoir respirer. Une énergie maléfique s’extirpait de moi avec douleur. Mes pupilles soutenaient son regard avec difficulté et pleurait du sang, mon corps se tordait, comme un torchon essoré, terrassé.

Et puis c’est arrivé : Le bonze a lancé une décharge de son bâton pointé dans ma direction, une détonation ricocha sur les ruines, les arbres, les racines. Son souffle s’engouffra dans mon ventre et le mal en sorti. Je l’ai vu s’expulser de moi : Noir, opaque, fumant, nauséabond. Je me suis écroulé au même instant, libéré d’une douleur sourde présente en moi depuis si longtemps.

Je suis resté figé quelques secondes encore. Reprenant ma respiration difficilement, hébété par cette violence clairement salvatrice. Car malgré tout, malgré l’horreur que je venais de cracher, malgré ces larmes de sang, malgré la crise de démence dont je venais d’être la victime sans même l’avoir comprise, je me sentais mieux. Bien. Vide, mais pas perdu.

J’ignore pourquoi il a fait cela, comment c’est arrivé, mais ce petit homme avait bien senti le mal qui me rongeait et l’avait expulsé simplement, par la force de sa conviction.

En ouvrant les yeux, je vis la foule en retrait, effrayé, serré, me dévisageant comme une bête sauvage. L’enfant n’était plus là. Restait son bâton posé sur le sol, à mes côtés. Une canne taillée, grossière, une branche somme toute banale.

J’ai entendu quelqu’un dire qu’il avait reconnu l’enfant, c’était Saru, l’un des jeunes qui était devenu bonze la veille. Saru…

Pour moi tout était clair, je n’avais plus qu’un objectif : retrouver cet enfant, connaitre son histoire, et de quelle façon elle pouvait être liée à la mienne…