ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #26

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Une très belle photo de Marion Pluss, l’atelier d’écriture de Leiloona, rien de mieux pour commencer la semaine. Pour voir tous les textes,c’est ici. Belle semaine !


LE CHOIX

Franchir la porte ou rester là ? Ne pas bouger ? Oser le pas ?

Suivre la lumière  et croire en sa chaleur, ou rester planter là sans surprise et sans heurt ? Mouvement inconnu, illusion d’un meilleur, douceur d’un connu, même s’il est froid, sans cœur.

Il ne sait comment faire, il ne sait plus oser. Il voudrait s’échapper et courir vers la vie, mais se trouve confronté à la douleur  aussi.

Partir d’ici, c’est lâcher la main de son père, allongé sur ce lit : sous le drap juste un pli.

C’est ne plus lui donner sa chaleur et sa vie, pour que la sienne se prolonge, tue la maladie.

Mais partir d’ici, c’est courir vers la vie, retrouver cette femme si belle qui  lui sourit. C’est respirer si profondément que le torse se déploie, que les bras ouverts, le visage suspendu, tout le corps boit le vent, le soleil et la pluie.  C’est ressentir, espérer, goûter, jouer.

Ici, malheureusement la vie est partie. Son père ne bougera plus.

Sa main reste froide. Elle ne serrera plus. Il en a bien conscience, mais il ne pense plus.

Il attend dans le noir qu’un miracle s’opère, ne peut se résigner à laisser là son père. Il le tient, se cramponne, serre les dents : il attend.

Tant qu’il est là, assit à côté de lui, la vie n’est pas partie. Tout espoir est permis.

S’en détacher, s’en déchirer, l’abandonner, c’est laisser son père s’envoler…

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #25

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Voici ma 25ème participation à l’atelier d’écriture de Leiloona.

Sur une jolie photo de Marion Pluss.

Tous les autres textes à découvrir ici ! Belle semaine à tous


50 ANS

Et voilà mes enfants, mes garnements chéris, le spectacle est fini !

50 ans que je suis maladroit, que je tombe, que j’éclabousse, pour illuminer vos visages conquis.

50 ans que je maquille mes angoisses pour nourrir vos rêves.

50 ans que j’oublie mes soucis pour vous entendre rire.

Le monde avance, des progrès, des reculs, des guerres, des horreurs, des miracles.

Le monde évolue, mais le clown, lui, ne change pas :

Les mêmes ficelles pour vous accrocher, les mêmes chansons pour vous envouter.

Et je suis là, devant vous, bras ouverts, sourire aux joues, l’œil qui brille.

Je bois ce spectacle car c’est le dernier que vous m’offrez. Et je ne l’oublierai jamais.

Dans ma vie, j’ai tout fait : L’acrobate, le musicien, le comique.

Je rythme le spectacle, je le ponctue, je suis la virgule ensoleillée, l’arc en ciel dans le cœur des enfants, qui attendrit les parents. Mais aujourd’hui, c’est fini.

Je rends le costume. Je le range au placard. Dans une minute, il n’y paraitra plus.

Plus de couleurs, plus de sourire, plus de rouge, ni de blanc.

Et pourtant…

Après la nostalgie, reviendra le  bonheur d’avoir vécu cette vie.

Mon métier, c’était de vous rendre heureux, le temps d’un instant.

Je suis un souvenir de votre enfance.

N’ai-je pas beaucoup de chance ?

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #24

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Voici ma 24ème participation  à l’atelier d’écriture de Leiloona et son blog, Bric à Book . Et une sublime photo de Sabine, qui participe également aux ateliers.

Une demande de Leiloona : sortir de « notre zone de confort ». Je lui ai demandé une contrainte supplémentaire, elle m’a soufflé : « un polar »... ce qui n’est pas du tout ma spécialité… donc je suis ravie. Ce sera un polar fantastique… J’espère avoir réussi, mais il me semble que mon style reste très reconnaissable… Ai-je quitté ma zone de confort ? ai-je réussi à vous étonner et surtout à vous plaire dans ce domaine ? 

N’hésitez pas à me faire part de votre avis en commentant mon texte ci-dessous… Belle semaine à tous !


Il s’appelait Saru

J’étais encore sous le choc. Accroupi sur le sol, mes genoux protégeaient mon visage que je tenais entre mes mains. En gardant cette position, je ne sais si je voulais préserver les images accrochées à ma mémoire, ou si, au contraire, j’essayais de ne pas en recevoir d’autres malgré moi, plus inquiétantes encore… Tout était fini depuis de longues minutes, mais j’étais incapable de me détendre.

La police était arrivée et questionnait les autres touristes, témoins de cette scène apocalyptique. Certains affolés, d’autres juste curieux, tous avaient une version à livrer, plus invraisemblable l’une que l’autre. Mais comment croire à pareilles histoires ?

Pour l’instant, ils me laissaient de côté, protégé par deux gardes, ausculté par un médecin.Je ne lui rendais pas la tâche facile, à ce pauvre docteur. Ma position fœtale me convenait mieux que tout autre, qui lui aurait donné la possibilité de prendre ma tension, regarder mes réflexes et l’état de mon cerveau.

Si je n’avais pas vécu cette scène à l’intérieur même de mon corps et du temple de Beng Mealea, s’il n’y avait pas eu cette foule rassemblée, les forces de l’ordre regroupées, personne n’aurait pu imaginer ce qui venait de se passer. Il ne restait plus rien, sauf du sang sur mon visage. Pas de corps, pas d’arme, plus de bruit, le jeune bonze volatilisé. Et pourtant…

Grâce à la construction récente d’une route partant de Siem Reap, le temple de Beng Mealea était devenu le plus facile d’accès de tous les temples oubliés du Cambodge. A ce titre, ill devenait une étape inévitable de notre circuit. Et il valait le détour… Incroyable ! J’étais arrivé le matin même et je me régalais du spectacle de la nature reprenant possession de la pierre. Je marchais lentement et appréciais chaque détail… J’arrivais à oublier mes angoisses, mes démons, les soucis de la vie qui ne me l’ont jamais rendu facile. Je commençais à m’apaiser, me sentir presque bien. Je devenais aventurier, Indiana Jones, savourant l’atmosphère si particulière que ce temple dégage avec ses couloirs effondrés, ses racines et ses arbres rongeant les ruines. C’était fantastique, majestueux…

En tintant dans les feuilles, le vent apportait plus de magie encore à l’endroit. Notre silence était le seul respect que nous pouvions offrir à ce lieu étonnant, nous qui foulions de nos vieilles godasses un sol chargé d’histoire…

Et puis il est apparu. Marchant, presque sautillant, comme un enfant. Je croyais que l’on ne pouvait devenir bonze qu’à 20 ans, mais ce jeune garçon semblait loin de les avoir atteint. Il ressemblait à un mirage, flottant  dans sa robe orange, signe d’un renoncement librement adopté, et jouait avec son bâton en le faisant virevolter autour de sa tête. Je ne sais ce qu’il était en train de vivre ou de rêver, mais son imagination était fertile : Il dansait, volait, sautait et brandissait son bois comme le prolongement de sa main…

Et soudain, il m’a vu. Il s’est arrêté et m’a fixé. Son regard est devenu noir, perçant, non plus honnête, joyeux, ni simple, comme il pouvait l’être quelques secondes auparavant.

Il semblait me poser une question que je ne comprenais pas. Il tourna alors son corps vers le mien, s’immobilisa à nouveau et insista.

Sans que je puisse l’expliquer, ses yeux commençaient à me brûler le fond de l’âme. J’avais physiquement mal, je ne pouvais plus bouger. Je le fixais également malgré moi, effrayé, paralysé, espérant une issue, quelle qu’elle soit. Cette éternité ne dura que quelques secondes. Puis il brandit son bâton, le faisant tournoyer en petits cercles précis, tout en précipitant son pas dans ma direction. Ses yeux restaient accrochés aux miens. Toujours plus puissants, toujours plus oppressants.

Plus il avançait, plus mon corps se figeait dans une douleur grandissante, frémissante. Mes veines se remplissaient d’une sève inconnue, mon cerveau se broyait  dans mes tempes prêtes à exploser. Je me suis entendu hurler d’une voix qui n’était pas la mienne. Un mal devait sortir de mon corps et pour ce faire, mobilisait toutes mes énergies. Plus il s’approchait et plus le mal se précisait pour sortir par ma bouche comme on vomit de la haine. Je la toussais, la crachais, sans pouvoir respirer. Une énergie maléfique s’extirpait de moi avec douleur. Mes pupilles soutenaient son regard avec difficulté et pleurait du sang, mon corps se tordait, comme un torchon essoré, terrassé.

Et puis c’est arrivé : Le bonze a lancé une décharge de son bâton pointé dans ma direction, une détonation ricocha sur les ruines, les arbres, les racines. Son souffle s’engouffra dans mon ventre et le mal en sorti. Je l’ai vu s’expulser de moi : Noir, opaque, fumant, nauséabond. Je me suis écroulé au même instant, libéré d’une douleur sourde présente en moi depuis si longtemps.

Je suis resté figé quelques secondes encore. Reprenant ma respiration difficilement, hébété par cette violence clairement salvatrice. Car malgré tout, malgré l’horreur que je venais de cracher, malgré ces larmes de sang, malgré la crise de démence dont je venais d’être la victime sans même l’avoir comprise, je me sentais mieux. Bien. Vide, mais pas perdu.

J’ignore pourquoi il a fait cela, comment c’est arrivé, mais ce petit homme avait bien senti le mal qui me rongeait et l’avait expulsé simplement, par la force de sa conviction.

En ouvrant les yeux, je vis la foule en retrait, effrayé, serré, me dévisageant comme une bête sauvage. L’enfant n’était plus là. Restait son bâton posé sur le sol, à mes côtés. Une canne taillée, grossière, une branche somme toute banale.

J’ai entendu quelqu’un dire qu’il avait reconnu l’enfant, c’était Saru, l’un des jeunes qui était devenu bonze la veille. Saru…

Pour moi tout était clair, je n’avais plus qu’un objectif : retrouver cet enfant, connaitre son histoire, et de quelle façon elle pouvait être liée à la mienne…

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #23

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Voici ma 23ème participation  à l’atelier d’écriture de Bric à Book et une superbe photo de Romaric Cazaux

Départ pour New York imminent ! et pour découvrir tous les textes, c’est ici 

UN PONT VERS TOI :


New York, le 1er mai 2015

 Ma douce,

Le soir tombe sur la ville, comme il tombe sur mon cœur : sombre, incertain, immuable. Et pourtant, mille lumières brillent autour de moi. Mille espoirs de voir partir nos errances et nos doutes en éclat.

Loin de toi depuis des jours, je visite New York, je parcours ses rues, rentre dans ses musées, rencontre ses habitants. Tout y est immense, incroyable, excessif, trop ! Je me sens minuscule, mais je ne suis pas perdu. Je me sais seul au milieu de la foule, mais je ne suis pas oppressé.

Parce que je comprends que cette solitude est nécessaire à nos retrouvailles. Je me suis éloigné pour que nous nous rapprochions.

Tu es une femme sauvage, solitaire et blessée. Tu te méfies de tout : Le sourire des enfants, la motivation des personnes qui t’entourent. Leur réussite n’est que le reflet de tes échecs. Tu soupèses, tu compares, et tu flanches.

Tu doutes de tout, comme de moi, mon amour. Même si je sais que tu m’aimes, si je sens que dans mes bras tu te détends, parfois.

Alors je suis parti pour te laisser une respiration, pour me laisser un espace, et comprendre comment avancer avec toi… Ici, à New York, dans cette ville grouillante, démesurée, j’ai senti ton manque, ton absence. Les odeurs en oublient ton parfum, les sourires pales ne se comparent plus aux tiens.

Je suis comme cette carte postale qui t’envoie mes pensées : Dans l’obscurité, dans le manque de toi, endormi mais en veille. Pourtant ébloui par l’évidence qui me crève le coeur. Et tous ces rêves incroyables que j’ose caresser…

Et demain… Demain, cette carte me quittera pour te rejoindre. Elle me précèdera de quelques jours. C’est le pont qui me relie à toi.

Je te retrouverai, ma si belle, avec une demande comme une évidence, une question lumineuse, et mes yeux accrochés aux tiens, attendront ta réponse. Je quitterai New York, ville de tous les possibles, plein de l’espoir de te conquérir à nouveau.

Attends-moi encore un peu.

C.B.


ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #22

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Voici ma 22ème participation  à l’atelier d’écriture de Bric à Book et une photo originale de Julien Ribot.

Pour découvrir les propositions des autres participants, c’est ici 

Allez voir, il y a du talent chez Leiloona !


AMNESIE

Alors, nous y sommes.

Cette pièce devrait me rappeler quelque chose. Ces ciseaux, ce bois, cet établi devrait me faire vibrer. J’attends, mais il ne se passe pas grand-chose.

La pièce est sombre, l’endroit est froid. Ma femme se tient derrière moi. Elle serre son cou de sa main. Une façon de maitriser son souffle, de ne pas me faire entendre l’oxygène qui lui manque.

Malheureusement, rien ne bouge, rien ne tremble, le sol reste ferme. Mes jambes ne fléchissent pas. Mon souffle n’est pas court. Mes yeux boivent l’endroit, mon nez s’emplit de son odeur. Mes mains touchent le bois de la table. Je caresse les outils, de tous mes doigts. J’essaye de me rappeler leur histoire, notre histoire commune. Je gratte le fer des lames pour faire apparaitre n’importe quoi, quelque chose, une aspérité, un indice. Je ferme alors les yeux, je les soude, je les serre, comme je pourrai serrer un corps aimé. Je me concentre si fort…

J’aimerais tant me retrouver. Comprendre. Vibrer.

Pour moi bien sûr ! Mais aussi pour faire plaisir à cette femme qui dit être la mienne. Ces yeux ne m’ont jamais quitté. J’ai vu nos photos. Son visage se penche toujours sur le mien. Elle m’a parlé de nos souvenirs. Elle m’a raconté notre rencontre, nos voyages, nos vies, mêmes nos douleurs. Pourtant, elle ne m’a pas encore raconté notre vie amoureuse. Je n’ai pas osé lui demander. Nous ne sommes plus assez intimes.

J’aurais bien des questions :

Avant mon accident, nous aimions-nous toujours autant ? Après 20 ans de vie commune ? Etions-nous complices, amants, rieurs, gourmands ? Avions-nous des conflits ? Des tourments ?

Elle ne me dit rien de tout cela. Elle ne me montre que le beau, pour me donner envie de revenir… Puis-je seulement revenir ?

Ici, j’y ai passé ma vie. A les entendre, j’étais là, à travailler le bois, dans ce garage, dès que possible.

Le jour, la nuit. Qu’il pleuve, qu’il vente, que le ciel soit bleu ou qu’il soit gris. Toute ma vie était ici. Avais-je quelque chose à fuir ? A oublier ?

Puisque rien n’est resté, que ne suis-je mort ?

Ma femme se désespère. Sa main a quitté son cou, elle ne craint malheureusement plus le choc de la mémoire. Elle réalise qu’elle ne reviendra probablement pas. Pas aujourd’hui en tous les cas. Ses bras pèsent des tonnes, et pourraient frôler le sol. Son dos a mille ans, son cou ne soutient plus sa tête qui part en avant prête à rouler entre ses pieds. Ses yeux se ferment, sa bouche se tort. Son espoir est mort.

Je veux quitter cette pièce qui ne me parle pas. La colère me broie. Je me retourne furieux, mon bras accroche la table, ma main agrippe une petite sculpture que je n’avais pas remarquée jusque-là…

Je ferme mes yeux, mes mains l’explorent, la caressent, la ressentent. Elle est lisse, et si douce. Ses formes épousent mes doigts instantanément. Je ressens la courbe d’une hanche, la finesse d’une taille. Je connais le dessin de sa fesse ronde ferme, gourmande. Je descends sur cette cuisse, puis je remonte sur son buste et reconnais son sein, son épaule, son cou, son menton, son front. L’angle de sa mâchoire, le dessin de cette oreille. Celle que j’aime, que je mordille, à qui je dis « Je t’aime ».

Et tout me revient. Mes yeux fermés, ma mémoire se souvient, les images se précipitent, se bousculent, se chevauchent parfois. Tout n’est pas limpide, mais l’évidence est là : J’attrape la main de mon amour, je caresse son bras, comme le bras de la statue que j’ai taillée à son image. Mon corps se souvient. Mon cœur se rappelle. Le bois est bien vivant puisqu’il redonne vie aux amours qui se meurent. Je serre son bras je descends à sa main je la prends, je lui vole son regard qui s’enfuyait déjà vers un autre espoir à inventer. Et je lui chuchotte juste…

Tu vois, Marie, je me souviens que je t’aime. C’est bien suffisant, ne crois-tu pas ?

Alors, enfin, Marie me sourit…


ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #21

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Voici ma 21ème participation  à l’atelier d’écriture de Bric à Book et une photo originale de Julien Ribot.

Pour découvrir les propositions des autres participants, c’est ici 

Allez voir, il y a du talent chez Leiloona !


Mon secret

Les gens disent que maman est malade, elle fait une dépréciation, ou quelque chose comme ça. Moi je ne sais pas trop ce que cela veut dire, mais ça a l’air sérieux.

C’est vrai que maman est souvent triste en ce moment.

Quand elle ne sait pas que je la vois, elle regarde ses mains et elle joue avec ses doigts, elle les mélange et les accroche les uns sur les autres. Elle peut les regarder tellement longtemps… C’est fou la patience qu’elle a ! Elle sait bien se concentrer, je trouve.

Quelque fois, je vois sa mâchoire qui bouge toute seule, comme si elle serrait très fort quelque chose. Ses tempes tapent et ses sourcils se froncent. Elle est toute blanche, aussi. Si elle était plus blanche, elle serait transparente… sauf les yeux : Son regard est noir dedans, et un peu violet en dessous, parce qu’elle me dit qu’elle ne dort pas beaucoup.

Voilà ! Elle n’est pas malade ! C’est juste qu’elle dort mal ! Moi ça m’arrive, quand je me couche trop tard : le lendemain je suis grognon, évidemment ! Ils sont bêtes, les gens !

« Aidez-la à dormir plutôt ! » Je leur dis, mais personne ne m’écoute jamais…

Elle ne se maquille plus, d’ailleurs. Je l’ai remarqué, parce que comme elle pleure souvent, avant, ça lui faisait des traces noires sous les yeux, comme un petit panda. Mais maintenant il n’y a plus que les cernes.

Tout le monde croit qu’elle devient un peu folle. Quand elle arrive quelque part, ils arrêtent de parler. Ils chuchotent, ils s’inquiètent. Je préfère quand ils parlent : Leur silence me fait peur.

Et puis, ils l’énervent à se mêler de ses affaires, tout le temps, à commenter ce qu’elle fait, ce qu’elle ne fait pas, ce qu’elle dort, ce qu’elle dîne…

A lui dire « tu devrais ceci » ou « tu devrais cela » 

On ne peut jamais être seuls tous les deux. Ça nous agace. Alors parfois, forcément, elle s’énerve, et les médecins disent que ça prouve bien qu’elle est malade. Je trouve que ça ne prouve rien, parce que  quand elle crie, son visage redevient un peu rose.

Mais moi, j’ai un secret. Je sais la vérité et maman n’est pas folle. Elle en a juste assez des autres. Je le sais parce que je suis son super héros. Quand maman pleure et qu’elle me voit, elle arrête de pleurer. Elle me sourit. Elle dit que c’est grâce à moi qu’elle ne pleure plus, et elle a le plus beau sourire du monde, qui fabrique des étoiles dans ses yeux.  Des toutes petites minuscules étoiles qui pétillent, et il n’y a que moi qui sais les faire apparaître !

Elle me serre tout contre elle, elle me dit qu’elle m’aime, que je suis son petit homme. Elle me dit qu’elle va bien, qu’elle me jure, et je sens bien qu’elle ne me ment pas, elle ne ment presque jamais, maman.

Après, elle ajoute que je suis sa merveille, ou son héros. Que je suis plus fort que tout le monde, qu’elle ne les laissera pas nous séparer et qu’il faut aussi que je les empêche de faire ça. Pas question qu’on nous sépare ! et puis quoi encore !

Alors, pour lui prouver qu’elle a raison, pour la rassurer et pour la faire sourire, des jours comme aujourd’hui, je vais derrière la maison :

Comme il a plu, les gouttelettes donnent un air magique au jardin, c’est tellement joli. J’adore. Ça fait un peu décor de fée, ça plait aux filles, mais ça me plait à moi aussi… J’aime bien l’idée des fées…

Et forcément, quand il a plu, le linge ne sèche pas dehors! Alors je m’approche de la corde à linge. Dessus les pinces font les folles, elles aussi : La tête en bas, sur le côté, elles font la farandole, de toutes les couleurs. Elles sont plus bleues chez nous, et c’est vraiment joli sur la corde rouge !

Je joue avec, un petit moment, je fais comme si c’était des fumnobules, c’est dur à dire, des gens qui marchent sur un fil. Ça me fait penser à maman parce que le chef des médecins dit aussi qu’elle est sur un fil ! Je ne crois pas que ce soit un compliment…Je ne l’aime pas tellement, lui.

Je prends deux pinces à linge, bleues toutes les deux bien sûr, et avec j’accroche une belle grande serviette bleue sur mes épaules. Et là, je deviens un vrai Super Héros. Je cours partout dans la maison, les bras tendus, les poings fermés, je fais voler ma cape, et je tourne autour de maman. Je tourbillonne, je vole, je balaye tous ses soucis ! Ça ne rate jamais : les gens qui sont là me disent d’aller faire du bruit ailleurs. Mais pas maman… non. Toujours, TOUJOURS, maman me sourit. Je ne la fatigue jamais. Elle m’aime en vrai.

C’est moi le plus fort, en attendant que Papa revienne.  Mais il faudrait qu’il revienne maintenant…

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #20

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Pour ma 20 ème participation, et pour le 169 ème atelier d’écriture de Leiloona, il y a deux contraintes : écrire à partir d’une photo, mais aussi

Ecrire un texte dont le thème serait le sexisme.

Exercice très difficile… Voici la photo. Qui d’autres que Marion pour nous suivre dans ce thème ?

Pour découvrir les autres textes, cliquez ici

Et pour en savoir plus sur le sujet et l’égalité en France de nos jours, plongez-vous dans l’essai  de Charlotte Lazimi :

Toutes les femmes ne viennent pas de VenusToutes les Femmes ne viennent pas de Venus

Sexisme : attitude discriminatoire fondée sur le sexe.

UNE FEMME EN FRANCE

J’ai réfléchi à ce thème, pour toi. Toi qui grandit et qui devient une femme, du haut de tes 12 ans. J’ai réfléchi à ce que cela représente et à ce que cela pourrait être.

Je pourrais te parler de ce qui se passe ailleurs, loin de notre vie : de tout ce que les femmes subissent parfois, du manque de liberté, de l’absence de culture, des viols, des violences, des humiliations. Mais je ne veux pas te faire peur. Il faut que tu sois fière d’être une femme.

Regarde cette photo, cette silhouette gracieuse, floutée dans l’instant du mouvement ! Son corps est libre. Il s’exprime. Tu vois, c’est joyeux d’être une femme !

Oui… Mais ça pourrait être plus juste, plus équitable, plus vrai.

Alors, pour te parler de toutes les femmes qui souffrent du sexisme, je choisis de te parler de nous, ici et maintenant…

Si tu peux être toi :

Fine et gracieuse, douce et fragile…

Chienne ou charmante, voire mijaurée,

Coquette, coquine, chieuse, ou futile,

Sans être traitée comme un cliché.

Forte, nature, ou même bohème,

Sans rouge à lèvres, ni maquillage,

Aimant la bière, le bricolage,

Sans être jugée par ceux qu’on aime.

Si tu peux jouer, rire ou pleurer,

Sans être instable ou émotive,

Si tu peux parfois simuler,

Sans être traitée comme une soumise.

Si tu peux aussi travailler,

Sans être la cause du chômage,

Assumer vouloir des bébés.

Ou sans devoir cacher ton âge.

Si tu accèdes à une fonction

Et être payée comme un bonhomme.

Si tu peux être un bon patron,

Sans être taillée comme un homme.

Si tu peux être forte, si tu peux être faible,

Si tu arrives à tout faire ET à te faire aider.

Si tu es libre de ton cœur,

Et libre aussi de tes vêtements,

Si tu ne connais pas la peur,

Face aux coups, aux harcèlements.

Si tu peux être sexy, sans être une salope,

Ne pas être toujours sexy, oui ! Ne pas être au top !

Si tu sais vivre heureuse et sans être jugée.

Si tu es respectée, écoutée et aimée,

Pas plus qu’un homme, mais pas moins que lui,

Alors, seulement, nous aurons réussi.

Le monde a changé, la place des femmes, aussi.

Un pas derrière ? Trop de différence, de sexisme,

Ne laissons plus vivre cette forme de fatalisme.

Rendons une place aux Hommes, oui !

Mais, donnons une place aux Femmes, aussi !

Bats-toi vraiment pour que cela change,

 

Et réalise aussi que tu as de la chance :

Tu es une Femme en France…