ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #55

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Je n’avais pas participé aux ateliers de Leiloona depuis Janvier. J’en avais envie depuis longtemps, mais je ne savais plus écrire comme cela. Cette photo a fini de m’inspirer.

En route !

Voici mon texte. N’hésitez pas à y laisser un petit mot en commentaire sur mon blog.

Pour voir tous les textes, c’est ici !


Le bon vieux temps

Une route bien pavée, sans embouteillage, dégagée, heureusement.
Des arbres ombragent la départementale, une ligne droite, sans excès, vitesse limitée.
Tout est bien.
Le ciel est clair, le soleil ne se cache pas, il assume ses rayons que l’on ne craint pas. Pas encore. Pas de nuage, pas de pluie, pas de brume, pas d’ennuie, la vie est belle. Pour l’instant.
Tout va bien.
Dans ma petite voiture, nous avançons sereinement, avec insouciance et douceur; on aime la vie, tout simplement. La musique balance nos têtes, mes doigts pianotent le volant. Nous sommes seuls, des géants immortels, inébranlables, rois du monde, de la route et des tournants. Les yeux fermés, nous, on avance . Le chemin fonce, droit ou courbé, finalement il suffit de suivre le tracé.

Pas d’appui tête, manque un rétroviseur, pas de ceinture à l’arrière, pas de rehausseur, pas de téléphone, pas de wifi, pas de connexion, pas de GPS, pas de soucis. C’est un temps à mâchouiller une brindille en  sifflotant du Montant.
On part quand on part, on arrivera quand on pourra. On s’arrête pour le déjeuner, pour la nuit. On prend la route quand on veut, même si on a bu, on avance comme on peut. Tant que les yeux et les fenêtres restent ouverts on peut bien aller de l’avant.
Tout est bien.
On se perd, on s’engueule, on plie la carte, on la déplie, on fume dans la voiture, on enfume les enfants entassés à l’arrière, avec les bagages et le chien dedans. Le chat se promène à l’avant. Rien de déroutant, et pourtant.
Pas d’airbag, pas d’ABS, pas de contrôleur de vitesse, pas de radar automatique, on se fait flasher par les voitures bleues garées sur le bas côté : La vie est un jeu.
Ça le vaut bien.
Pas de panne électrique, pas de coyotte, moins de stress. Une petite coccinelle faite pour plaire, toute légère, une carrosserie si fine qu’on la plie en un rien.
Pleine de charme, toute en nostalgie.

Comme c’était bien.

Pas vraiment. La légèreté, c’est parfois pesant : Un lapin qui traverse, un rire d’enfant qui surprend, une carte mal pliée, un sursaut, et la coccinelle dans le fossé se retrouve froissée.

Finalement, tu vois, la carte postale est jolie, mais je préfère maintenant.

Ambre, une femme en France, Audio

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Ambre, ma fille a 14 ans cette semaine. Pour elle j’ai eu envie de reprendre ce texte, écrit pour un atelier de Leiloona dont voici le lien, Sur une photo de ©Marion Pluss, que j’aime énormément.

Nous devions écrire sur le sexisme.

Bonne écoute. N’hésitez pas à me laisser un commentaire si vous avez aimé ou pas.


Ambre, une femme en France

 

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #54

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Bonjour ! Voici une jolie photo de Vincent Héquet chez Leiloona !

Evidemment elle ne pouvait que m’inspirer.

Voici mon texte. N’hésitez pas à y laisser un petit mot en commentaire sur mon blog.

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Légère, transparente, fondue, brumeuse : elle danse dans ce hangar, sautille, virevolte, et ne se cache plus. Personne ne la voit. Elle ne se voit pas non plus.

Un courant d’air pourrait vous surprendre. Oui. Comme une chaleur. Un souffle au cou, peut-être. Une douceur. Elle tourne sur son corps, laisse flotter ses cheveux, les bras grands ouverts, elle court à son destin, infini, lumineux.

Depuis des lustres qu’elle flotte là, sa silhouette s’élance dans la pièce, sans plus savoir pourquoi.

Ils sont bien venus la chercher. Ont essayé de le lui expliquer. mais elle n’entend pas. Pour l’instant, elle ne les voit même pas. Une vague rumeur peut-être, pas plus que cela. Elle veut danser ici sans raison, sans réponse aux pourquoi.

Un mauvais coup, un accident, une erreur bête, ça surprend. Elle ne sait pas qu’elle doit partir. Elle s’étire dans le hangar, sautille, virevolte, et ne se cache plus. Elle ne craint pas la vie. Il faut attendre que le temps soit venu pour elle de comprendre. De ne plus voler, de ne plus rester, mais d’avancer clairement vers une autre vie,  juste sa lumière, son âme légère et guérie.

Le temps n’est pas venu. Le temps n’existe pas. Le temps se prend, il ne se perd pas. Alors, laissons la danser dans ce hangar, sautiller, virevolter, être heureuse, et en paix.

 

 

 

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #51

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Pour cette semaine, Leiloona nous offre une photo de Claude Huré.

Evidemment elle ne peut que me parler. J’espère que vous aimerez ma proposition sur ce voilier.

N’hésitez pas à y laisser un petit mot.

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Tout va bien. Et bientôt, tu vas voir, tout ira encore mieux.

La galère dernière nous, on l’aura, notre maison de pêcheur surplombant l’océan, notre vue sur l’amour. Nous vivrons les changements comme ces couleurs qui dansent sur la toile du ciel. Nous ne craindrons plus le pire, nous attendrons, sereins, les virages de la vie. Car tout sera bien.

Il y aura du rouge, du vert, du jaune, des couchers de soleil, c’est tellement beau, toutes ces couleurs, tu ne trouves pas ? Elles sont magnifiques. Je ne me lasserai pas de les regarder. Je fermerai parfois les yeux, juste pour mieux sentir la mer me parler. Et quand je les ouvrirai à nouveau, ils s’accrocheront sur ce petit bateau, sa voile rouge et sa liberté. Je le saisirai au vol et je ne le quitterai plus.

Quand il voguera sur ces eaux-là, c’est que tu seras à sa barre, heureux capitaine à changer de bord, à danser sur la vague, à glisser, à nager, à vivre !

Et je m’endormirai enfin avec toi, chaque nuit de ma vie, Dieu comme j’en rêve !

Chaque jour ensemble, nous aurons tout. Un voilier, une vue, nous.

 

 

 

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #50

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Bonjour à tous, Vive le lundi  !

Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book, sur une photo de Leiloona.

Il s’agit de ma 50ème participation, et c’est bien l’une des meilleures choses que j’ai commencée voici un an et demi.

Merci Leiloona pour ces 50 semaines d’écriture et de bonheur 

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Bien sûr, le ciel est gris, noir par endroit, les nuages manquent de nous tomber sur la tête. Le ciel pourrait être bleu. Mais il ne l’est pas. La vue ne donne pas sur la mer, les murs sont sales et la vie pas toujours rose. Bien sûr.

D’accord, tu peux regarder la télévision, écouter la radio, te tenir au courant, râler, te rebeller, refuser ou accepter, te battre contre, te battre pour, te désespérer ou y croire à nouveau. Tu peux refuser ces informations, tous ces tarés qui détraquent le monde. Tu peux pleurer sur ton sort, envier celui de ton voisin, ne pas supporter la réalité, ou vivre dans un rêve. D’accord.

Je veux bien te voir tout critiquer, ou tout accepter, que tout soit prétexte, rien ne soit de trop, que tu t’emballes pour n’importe quoi, que tu t’enflammes pour le moindre mot. Je veux bien.

Tu peux tout me dire, presque tout me faire, tu peux même te taire. Oui, surtout ça, tu peux le faire.

Mais tu ne m’empêcheras pas de m’arrêter un instant, quel que soit le lieu, quel que soit le moment pour regarder l’arc-en-ciel, que m’offre le temps. Quand il en vient un, tu peux bien râler le reste de ta journée, mais là tu te tais. Je me pose là, je le regarde tranquillement. J’essaye de distinguer toutes ses couleurs en prenant mon temps.

Ça ne te plait pas ? Il faut aller plus vite ? Non, là je ne bougerai pas. Que veux-tu, c’est bien malheureux, oui. Mais c’est comme ça.

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #49

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Bonjour à tous, Vive le lundi  !

Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book, sur une photo de Leiloona.

Ce texte est plus long que mes textes habituels, mais je me suis laissée porter par l’histoire. J’en aurais bien fait le point de départ d’une nouvelle ou d’un petit roman…

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JEAN DE LA LUNE

Les trois dernières saisons ont laissé des traces de leurs passages : des arbustes morts gelés se figent dans le vent,  des feuilles jaunes tapissent le sol, de la mousse grignote les dalles, tandis que des herbes folles s’accrochent aux murs de la maison. Et pourtant les rosiers fleurissent, la glycine se laisse aller de tout son long et s’écroule sur la barrière. Personne n’a entretenu le jardin depuis mon départ. En avançant, j’évite d’écraser les plantes. Je fais même attention aux mauvaises herbes.

Sur la pointe des pieds, je me dirige jusqu’à la porte entr’ouverte. Je la pousse. Elle est lourde et couine comme une souris. Personne ne l’a huilée non plus. Quand je suis absent, ici rien ne se fait. Et pourtant les volets sont ouverts, une fenêtre laisse courir un courant d’air qui me chatouille le cou. La poussière est faite, rien à dire, rien ne traîne. Un vieux 33 tours habille l’ensemble d’un « How High the moon » de Chet Baker qui me ravit. Une odeur de café finit de me détendre. J’appelle mon oncle Jean, mais il ne répond pas. Je recommence, sans réponse. Du café fumant dans une tasse, me voilà parti dans le salon, vers cette musique que j’aime tant, lorsque mes yeux se perdent dans le coin de la pièce…

Les bagages de mon oncle sont prêts. Aucun doute là-dessus. Un gros sac en cuir usé plus que possible, deux valises et une malle. Ses clubs de golf, il part pour un long moment. Mais où peut-il aller avec tout cela ? Et qui va le conduire ? Lui porter ses bagages ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

Des pas derrière moi et l’arrêt brutal de la musique,  finissent de me sortir de ma rêverie. Oncle Jean arrive, sifflotant et joyeux, son chapeau de paille sur la tête, un sécateur à la main, son grand tablier bleu noué autour de sa taille et ses bottes aux pieds.

–Ha ! Christian ! Tu es là, très bien ! En t’attendant, j’étais parti au jardin pour cueillir quelques roses pour Odette.  Comme elle va s’occuper de la maison et du courrier, je peux bien faire ça. Bon. Je pose tout ça et on y va ?

Et le voilà parti, sans attendre ma réponse, à marcher à rythme décousu, décalé et appuyé vers le grand escalier. Il semble se précipiter, mais risque de tomber.

–Mais où va-t-on, mon oncle ?

Lui dis-je en lui attrapant le bras un instant avant qu’il ne s’écroule sous son poids.

–Tu n’as pas eu ma lettre ?

– Vous voulez dire le message que vous m’avez laissé pour savoir si je venais ? Celui-là, je l’ai reçu, c’est pour cela que je suis là, mais je n’ai reçu aucune lettre, Oncle Jean.

–Tu m’étonnes mon garçon, je t’ai écrit le mois dernier pour te demander de m’accompagner. Je ne suis pas fou, quand même ! Ah ! tu as pris un café tu as bien fait.

–Je sais que vous n’êtes pas fou, mais je ne l’ai pas reçu.

–Tu as eu mon message, donc tu es là, donc tout va bien ; on y va !

Et le voilà reparti, à avancer d’un bon pas, complètement déséquilibré sur ses jambes tordues, arquées, imprécises, mais jamais indécises. Il avance coûte que coûte. Toujours ! Un exemple cet homme-là. Heureusement, j’ai encore des réflexes. Je l’intercepte et je le stoppe. Il se fige, me fixe et attend que je parle. Enfin !

–Oncle Jean, je ne suis au courant de rien. Expliquez-moi, voulez-vous ? Où allons-nous ?

–Très bien. Je recommence.

Il soupire, retire son chapeau de paille, fronce les sourcils, se rapproche de moi et entame son explication, d’une voix sourde, très lente et très grave…

–Nous partons sur la lune, mon enfant ! N’as-tu pas remarqué ? Elle nous appelle ! elle se rapproche dangereusement actuellement, mais il ne faut pas la laisser nous percuter, alors je dois aller sur sa face obscure pour la freiner et l’empêcher de rencontrer la terre, tu comprends ?

À ce moment, Odette arrive. Comme un miracle, le soutien qui me manquait. Elle l’entend finir sa phrase, mais sait très bien de quoi il parle.

–Bonjour, Christian, je voulais vous appeler, mais il ne me laisse pas une minute ce vieux fou ! MONSIEUR JEAN, VOUS N’ALLEZ NULLE PART ! LE MÉDECIN A DIT QUE C’EST DANS VOTRE TÊTE, VOUS COMPRENEZ ?

–Arrêtez de crier ainsi, Odette, je ne suis pas sourd ! Mais que vous êtes sotte. Vraiment ! Et sans amélioration en trente ans de service dans la maison, quand même faites un effort, allons !

Il se retourne vers moi et se remet à chuchoter :

–Ne l’écoute pas, Christian, on se moque du médecin, on se moque d’Odette, on se moque de leurs satanés traitements et de tout le tintouin. J’ai tout préparé, on prend ta voiture et on y va, qu’en penses-tu ? On va s’amuser, tu ne crois pas ? Comme en 1926 quand je courrai gamin avec ton grand-père, tu te souviens ?

–Je n’étais pas né, mon Oncle.

–Oui, c’est vrai, je perds la tête, moi. Ton frère était né à cette époque,  mais pas toi. Bon raison de plus, on y va ?

Forcément, Jean, le frère de mon grand-père, mon grand-oncle chéri, que j’ai toujours connu loufoque et un peu barré, du haut de ses 103 ans a perdu quelques morceaux de sa raison. Évidemment. Je n’ai pas de frère, mais je ne luis dirai pas. Il garde la santé, l’espoir, le courage et l’envie, c’est bien l’essentiel.

Je réfléchis quelques instants, je prends mon temps. Mais pas trop, il n’en a pas tant.  Je vois ses bagages bien rangés dans l’entrée, qu’il a dû faire seul cette nuit, en l’absence de sa fidèle aide. Je vois les étoiles dans ses yeux. Son vieux corps prêt à bondir. Je vois Odette qui attend une réponse sensée de ma part, inquiète.

–Vous voulez y aller mon oncle ? On y va, c’est parti, je charge tout ça dans ma voiture, mais vous m’indiquerez le chemin, n’est-ce pas ? Je n’y suis pas allé souvent, moi sur la lune !

–Mais oui, mais oui. On y va ! Parfait, prends les clubs aussi, on ne sait jamais. Je me souviens d’un ami de la lune qui jouait au golf admirablement, dans le temps, t’ai-je déjà parlé de Xéron ? Il est charmant, tu verras. Tu n’as rien contre le vert ? Il est tout de même très vert. Pour un habitant de la lune ça déroute, on les imagine toujours très blancs. Mais il faut garder l’esprit ouvert mon gamin. Tu ne crois pas ? Pas d’idées préconçues. Surtout, pas d’idées préconçues. C’est grâce à cela que je suis en pleine forme : je ne suppose rien, je ne m’interdis rien, je me laisse faire, je me fais confiance et chaque jour un cigare et un petit verre de vin, et tout va bien. Ça me rappelle le jour où j’ai rencontré Marguerite. Ah, Marguerite, attends que je te raconte comme elle…

 

Tout en me racontant comme elle… Il pose son tablier, son chapeau, son sécateur, sur le meuble de l’entrée, donne les 3 roses à Odette avec une grimace, elle hausse les épaules, lève les yeux au ciel, mais le laisse faire. Comme toujours.  Et tout en me racontant son amour fané, il se prépare à m’accompagner. Je charge ses bagages, il s’accroche à mon bras. Et nous partons ensemble.

Vers la lune.

Vous ne me croyez pas ? Faites comme vous voulez, mais si vous continuez à ne croire en rien, vous oublierez de vivre bien…

ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #48

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Bonjour à tous, Vive le lundi  !

Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book sur une photo de circonstance, signée Leiloona

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La belle de pierre. La dame de fer.

Lisses, droites, alignées, rangées, à égale distance, de même taille. Rien ne dépasse, rien ne dérange. Mathématique. Carré. Tout ceci est parfait. Et pourtant si éloignées, de proportions si différentes. Elles n’ont rien à se voir, rien à se dire. Rien de commun, le blanc, le noir.

Que me dites-vous ? La vue me ment ? Vraiment ? Allons… Que voyons-nous ?

L’une est gracieuse, douce, féminine,  regarde son horizon comme un espoir, l’autre  rigide, froide, élancée, pointe le ciel de toute sa gloire.

Et tout autour ? l’immensité, l’air, le vent,

Paris.

Droit devant… Vous, je ne sais pas, moi je vois le ciel, gris-blanc, profond, lumineux, vide, silencieux. La pluie est passée, ou la pluie passera. L’eau n’est jamais loin, dans cette ville-là… Je vois la pierre, le fer, la main de l’Homme, et toute son âme, mais sans la vie.  Je cherche le désordre, un épi. Le cri d’un marché, un klaxon, de la musique qui résonne.

Il me manque la queue qui s’accumule devant l’entrée, les vendeurs de souvenirs, les cars et les touristes. Il manquerait même un visage triste. Voire un regard joyeux, si je peux avoir mieux.

Vous avez raison, l’image me ment.

La pierre est froide, le fer glacial. Ces dames immobiles, et hautaines, rassemblent pourtant à leurs pieds des milliers de cœurs brûlants, du sang bouillant dans les tempes des jeunes curieux, et des moins jeunes, tout aussi amoureux. Ils sont là pour elles, les photographier et les admirer.

Ils se souviendront longtemps de les avoir vus pointer le ciel, viser l’horizon, sans un regard, sans retour, sans détour, pour leurs misères et leurs amours.

La sculpture, l’architecture,  l’art ne ment pas : l’art inutile, essentiel. Ces dames immobiles me parlent et me racontent tout bas juste ce que j’y vois.

Et merveilles éternelles, si celui qui les crée ne les détruit pas, ces belles seront là bien après moi.