J’écris, donc je vis

Par défaut

 

Voilà des semaines que je n’écris plus. Quelques mois que mon esprit ne laisse plus de place aux inventions, aux mots, aux envies. Il ne nourrit que ma douleur, mes faiblesses, mon sommeil, mes émotions extrêmes et les plus noires. Ma maladie porte un nom, elle s’appelle dépression.

Certains pensent que j’en abuse, que je suis trop fragile, trop centrée sur ma personne, trop flemmarde pour prendre mon courage à deux mains et affronter la cause de mes maux. Je ne parle que peu de mon état. Il me ronge depuis des mois. Des années ? Oui, des années. Petit à petit, il s’est installé dans ma vie, caché derrière le sourire de mon enfance. Il ne faut pas croire tout ce que l’on voit.

Aujourd’hui je ne peux plus rien cacher, parce que pour guérir il me faut assumer ma maladie, pour la combattre il faut identifier l’ennemi. Pour le vaincre, il faut être le plus fort. Mon ennemi est pesant, froid, il se coince dans ma gorge, s’étale dans mon ventre, me paralyse et prend le pouvoir. Je ne vois plus que lui, il ronge ma tête, a découpé mes rêves, broie ce que j’étais, me parle dans le noir. Tous les noirs : quand le soleil se couche, oui, mais aussi quand je suis seule, quand je ne le suis pas et quand le monde me coupe le souffle. Quand je dois m’occuper de mes enfants, remplir mes tâches quotidiennes. Faire semblant d’être bien, sourire à mon amour, rire avec mes petits, rassurer.

Jusqu’au moment où je ne peux plus assurer. Le lucide se bat avec le mal. La dépression est une maladie mortelle même si je ne veux pas partir, me voilà sa poupée, elle tire les ficelles, je peux bien crier. Je préviens autour. Faites attention à moi, je pourrais bien faire un tour de magie et disparaitre d’un coup de baguette, une fenêtre ouverte, une voiture qui passe, un médicament mal dosé.

Les regards changent, j’espère être sauvée. Je suis ma dépression, elle ne me quitte pas. Je manque de souffle, de distance, de repère. Je ne veux pas perdre de vue le bonheur, je voudrais le retrouver. J’ai tout ce qu’il me faut pour le voir à mes côtés. Il est là, tout près.

Les molécules me shootent. Je prends un médicament pour me guérir qui rend suicidaire. Je m’interroge. Les médicaments contre un cancer donnent-ils un autre cancer en effet secondaire ? Je ne comprends pas. Ça ne va pas. Augmenter la dose ? Pourquoi ? Plus je dose plus je dors, moins j’ai de temps pour penser à partir, c’est peut-être cela guérir.

Par moment tout va bien, le pire est derrière moi, je cours, je ris, je range, je trie, je parle, je demande. Je vis trop fort, trop vite, trop. Effet yoyo, effet maso. Épuisant, quand j’en sors, je tombe.

Mes médecins, tous me disent qu’après toutes ces semaines de traitement je devrais aller mieux. Pourquoi n’est-ce pas le cas ? Vous me posez la question ? Comment puis-je savoir ? C’est vous les spécialistes.

Ce texte n’est pas que sombre. Ne prenez pas peur. Ne vous dites pas qu’« elle pète les plombs ». Non il y a du bon : Jusqu’à peu, j’avais honte de mon état de ce que je suis devenue, des souffrances que j’ai endurées et qui m’ont emmenée ici même. Je me croyais faible de craquer. En vérité, je suis forte. Je suis super forte. Je suis SUPERAV. Oui. Parce que j’ai mis 5 ans à craquer, et parce que maintenant je refuse cette douleur. Parce que je sais demander de l’aide, et l’écouter. Je veux vivre et aimer. Parce que je vais gagner et bientôt je sourirai en vrai.

Autre chose, en lisant ce texte ne me dites pas « ne publie pas ça, il ne faut pas, ce n’est pas bon pour ton image, ce n’est pas bon pour toi ». Je n’écouterai pas, je n’écouterai plus. Trop de gens me censurent. Pour leur bien ou pour le mien ? Je suis maitre de moi. Je décide ce que je publie ou pas.

Une autre bonne nouvelle. Voyez, depuis des semaines, je n’arrivais plus à écrire. Ce premier texte est pour toi, ma douleur : Tu perds du terrain, je souris. J’écris, donc je vis.

15 réflexions sur “J’écris, donc je vis

    • Ne sois pas désolée. Je pourrais tout garder pudiquement pour moi. Mais j’ai besoin d’expliquer ce que c’est de l’intérieur. Mettre des mots me libère, oui. Je prends de la distance avec eux, je les regarde je les accepte je les repousse. Il est temps que je sois digne de moi. Que je me tienne droite sans en avoir honte. Je t’embrasse aussi

      J'aime

  1. Je ne vois que le côté positif de ce message. La dépression est en toi et elle t’empêchait d’écrire ? Mais regarde ce que tu as écrit ce matin, l’écriture est déjà un sacré pas en avant et tu viens d’en faire un en publiant ce texte ce matin.

    Des bisous.

    J'aime

  2. Valou

    À présent que je décide de trier ma boîte mail, je découvre ton texte si touchant SUPERAV 💜 QUI me parle parce que j’ai vécu ces moments, parce que je comprends, parce que je t’admire d’avoir le pouvoir de mettre à l’écrit ce que tu peux ressentir, parce que je savais au fond de moi qu’on avait un truc spécial en commun !
    Tu es maintenant peut être loin d’Internet, tu liras ce mot quand tu auras envie de revenir, sache que je suis de tout cœur avec toi ma chère amie 💙

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s