ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #52

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Pour fête la rentrée littéraire, les éditions Calmann-Lévy ont proposé à Leiloona un projet fou : allier notre atelier d’écriture à une masterclass qui aura lieu au Labo des Histoires avec Donato Carrisi, l’auteur du Chuchoteur, le lundi 5 septembre !

Le concept est le suivant : à partir de la couverture de son nouveau roman La fille dans le Brouillard, nous écrivons un texte, publié aujourd’hui, le lundi 29 août, et Leiloona effectuera un tirage au sort pour savoir qui participera à cet atelier d’écriture avec Donato Carrisi !

Allez c’est parti. Voici mon texte. N’hésitez pas à y laisser un petit mot.

Pour voir tous les textes, c’est ici ! et le mien, c’est là, juste en dessous :


 

La nuit me glace. Noire et froide, elle me couvre et me paralyse. Elle ne laisse rien au hasard. Aucune chance à la lumière ni à l’espoir. Noyé dans son épaisseur, j’avance lentement, difficilement. Le vent me freine et me coupe. Tout m’oblige à renoncer. Je ne renoncerai pas. La nuit me connait bien mal. Sa lune douce et claire m’a souvent entendu prier, souvent vu l’admirer, m’entêter à rêver et à espérer. Elle devrait savoir que je n’abandonne jamais.

Je l’ai vu, je veux la retrouver. Je dois vous parler d’elle. Si je ne le fais pas, qui le fera ? Ne pas l’oublier. Je dois écrire ce dont je me souviens pour la voir vivre encore près de moi. Si proche. Les mots s’enfuient de ma mémoire. La maladie me fait perdre la raison, les mots, la logique. Mon cœur, lui est sain et sauf ! Il se souvient de tout. Bientôt je ne pourrai que ressentir son manque, la cruauté de ce vide qui broie ma vie, mais je n’aurai plus de mots pour l’exprimer. Vous parler d’elle avant que je ne sois plus capable de le faire, c’est ma priorité.

Et puis, la vieillesse… Personne n’écoute plus un vieil homme froissé par la vie. Mon amour a 20 ans. Mon amour est sans âge. Mon amour est un môme futile, emporté, innocent, qui court dans les prés, dans les forêts. Dans les champs. Ne voyez-vous pas que je ne suis qu’un enfant ?

Toutes les nuits, je la cherche. Ici, là, je la cherche à en crever. Mais quand le soir est brumeux, quand l’obscurité s’enfume, alors je m’enflamme. C’est durant une nuit comme celle-ci que je vais la retrouver. Car c’est ainsi que je l’ai perdue.

Je marchais. Droit devant. Pourquoi ? Vers quelle destination ? Je ne sais plus. Quelle importance ? Je marchais droit devant. Le brouillard bouchait la vue, mais ce chemin, je le connaissais bien. J’avançais du haut de mes trente ans, fort, impétueux, sûr de moi, de ma route, de mon destin. Mes jambes portaient mon corps et mes désirs, mon cœur battait pour l’avenir. À trente ans tout est possible. Je peux le dire maintenant. À quarante, à cinquante, à soixante aussi. Mais je ne le savais pas. Pour moi, à l’époque, la vie s’arrêtait là.

Perdu dans mes pensées, dans mes idées, je l’ai bousculée. Je ne l’ai pas vue arriver. Elle m’est tombée dans les bras. Un parfum de jeunesse, de savon, de rose et de lilas. En tombant dans mes bras, mes mains ont frôlé ses bras. Doux, tendres, une caresse, un frisson. Sa respiration sur ma joue m’a tenu en arrêt. Une brise sur ma peau. Son ventre sur le mien. Sur mon coeur, ses seins… Mes yeux ont accroché les siens. Verts, profonds. Deux puits sans fond, transparents, inquiétants, agités. Sa bouche s’est entr’ouverte, j’ai espéré un baiser. Je ne savais plus qui j’étais. J’ai espéré un baiser, mais elle s’est reculée. A étouffé un petit cri, s’est excusée. Ses cheveux longs dansaient sur ses épaules, une mèche chatouillait son menton, j’aurais aimé qu’elle me frôle à mon tour.

Ses mains taquinaient le tissu de sa robe. Elle me sourit, s’excusa encore et partit. Je l’ai suivi. Je n’aurais pas dû, je sais, mais je l’ai fait. Je l’ai suivi. Son pas s’est accéléré. Non. Pas pour m’éviter. Pour tomber dans les bras d’un homme. De celui qu’elle espérait. Alors j’ai reculé. Elle l’a embrassé. Mais tout en fondant ses lèvres sur les siennes, c’est moi qu’elle regardait. C’est à moi qu’elle l’offrait, ce baiser. Ils se sont regardés, ils ont ri. Enlacés, ils sont partis. Le brouillard les a engloutis. J’entendais encore ses talons, son rire. Je devinais le reste. Blessé.

Ma vie est passée. Parfois j’ai cessé d’y penser, mais je ne l’ai jamais oublié. Si j’avais été plus courageux, je l’aurais abordé, je lui aurais dit de m’aimer.

Voilà. Ma vie s’en est allée. Aujourd’hui je n’ai plus rien que son parfum, la mémoire de son souffle, de son sourire, de ses lèvres sur celles d’un autre et de ses yeux dans les miens.

 

 

 

 

 

23 réflexions sur “ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #52

  1. chouette. un petit côté « les passantes » de Brassens :
    « Alors, aux soirs de lassitude, Tout en peuplant sa solitude, Des fantômes du souvenir,
    On pleure les lèvres absentes, De toutes ces belles passantes, Que l’on n’a pas su retenir « 

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  2. J’aime beaucoup ta variation sur le thème de cette pasante qui enflamme l’existence ce cet homme. J’aime beaucoup le rythme, l’image de l’amour môme futile…. l’écriture palpite elle aussi ! Bravo!

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  3. Benedicte D.

    C’est vraiment beau, voilà….Beau et émouvant….Toujours cette écriture si belle qui coule et charrie pourtant parfois des blocs de glace ou de granit…..La plume directement reliée à un cœur écorché….Et le temps qui avance inexorablement….

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  4. labreauxlivres

    Jolie texte, un amour perdu avant d’avoir pu l’attraper… J’aime beaucoup tes écrits, qui peuvent être si différents mais toujours aussi beaux !

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