Confessions d’un acteur déchu – De l’Esquive à la rue

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de OSMAN ELKHARRAZ avec RAYMOND DIJOUME

 

Présentation de l’éditeur

Y a eu une réunion avec l’équipe du film. Dans la salle, tous les petits étaient avec soit leur daron, soit leur daronne. J’étais le seul tout seul. On nous a tout expliqué. C’était le deuxième film du réalisateur. Abdellatif Kechiche, il s’appelait. Moi, je devais jouer Krimo, un petit rebeu qui vit dans une cité avec sa mère. C’était le rôle principal. Ça donnait grave envie. Ça allait durer de juillet à août, du coup on pourrait pas partir en vacances. Et comme j’avais nulle part où aller, ça tombait bien.
Le cinéma, c’est comme une drogue. Quand on tourne, ça fait du bien, ça met plein de couleurs dans la vie. Mais après, quand ça s’arrête, il y a la descente. Et ça peut faire très mal, surtout quand on a quinze ans et plus de parents.
Voilà, c’est l’histoire d’Osman.

Biographie de l’auteur

Osman Elkharraz est acteur. En 2004, il tient le rôle principal aux côtés de Sara Forestier dans L’Esquive d’Abdellatif Kechiche, et sera nominé pour le César du meilleur espoir masculin.

Raymond Dikoumé est comédien et auteur de théâtre.

 

Un extrait, une phrase

« Ceux qui viennent te faire la morale, ceux à qui tu fais pitié, ceux qui t’aident pas, t’as la haine contre eux. C’est les mêmes qui vont faire leurs craquettes quand tu vas leur demander de t’aider. Ceux qui te disent « t’avais qu’à pas tout niquer »… Ils avaient beau parler, fallait que je trouve la force de m’en sortir par moi-même. Pour certaines personnes, en plus tu fumes, tu bois, tu dors dehors, ça s’arrête là. Les gens t’estiment de moins en moins et ils ont plus confiance en toi. Y en a même, ils ont peur. Toi et tes anciens potes vous avez plus la même vie, donc forcément tu t’en détaches. Tu te retrouves sans rien, et, au final, tu préfères même ne rien avoir.

Quand on n’a rien, ça veut dire qu’on est en quête de quelque chose. Je savais pas encore ce que c’était, mais ça me donnait matière à cogiter. »

 

Ce que j’en pense

 

Une enfance difficile, le décès de ses parents, des galères, un coup de bol, une rencontre, un casting, du talent, un rôle, une nomination, la télé, des émissions. Un espoir ? une illusion. La galère encore, la rue, le désespoir. L’espoir, encore. L’envie, la vie.

Osman El Kharraz nous parle de lui, de sa banlieue, de son parcours chaotique et douloureux. Avec Raymond Dikoumé, ils ont choisi de ne rien cacher de ce parcours fragile. Et pour cela, ils ont gardé le vrai parlé. Il ne s’agit pas d’un style littéraire ou classique. Au contraire, les mots peuvent dérouter, parfois gêner. Trop direct, sans filet. Oui. Pour autant, je n’ai pas pu le quitter, Osman. Parce qu’il est sincère, sans illusion et sans haine non plus. Son histoire, on y croit. Moi j’y crois, et j’aimerais qu’il s’en sorte, qu’il l’ai, sa revanche.

Bien sûr, Osman El Kharraz n’est pas un enfant de cœur, mais les événements de sa jeunesse n’ont rien fait pour l’aider. Mais bien sûr aussi, Osman est un mec bien, derrière les vols, les galères et le shit.

Au-delà de son histoire, ce livre permet d’avoir un éclairage sur les effets du cinéma et les perspectives des acteurs « kleenex » qui espèrent un avenir mais qui s’y brûlent les ailes. Un adulte peut tenter de relativiser les choses, et malgré cela, on voit fréquemment des acteurs qui pètent les plombs. Mais là ? Quelle est la responsabilité d’un réalisateur qui choisit des enfants en galère, fragiles, (le concernant orphelin, seul), pour jouer dans ses films, comme on loue une caméra, comme on paye pour un lieu de tournage, et qui tourne la page les laissant-là  ?

Le môme croit qu’il est entré dans un nouveau monde, un monde incroyable, magique, qui brille, la tête dans les étoiles. Il est sauvé. En réalité, on lui a montré ce qu’aurait pu être sa vie, puis la porte s’est refermée pour le laisser les pieds dans la merde. Sans explication, sans détail, sans rien. C’est probablement pire que de n’avoir jamais imaginé toucher ce rêve.

En cela, ce livre est un témoignage fort et bien monté.

En le refermant je souhaite vraiment qu’Osman El Kharraz soit l’exemple de l’ado-acteur qui  revient dans la lumière à l’âge adulte, du cinéma ou de sa propre vie. Qu’importe, juste qu’il trouve sa place.

Une catégorie nouvelle pour moi, mais un coup de cœur, un récit à lire, très touchant.

 

9782234079922-001-X

Entrer une légende

Stock, Collection :
Parution :
11/05/2016
232 pages
Format :
134 x 215 mm
EAN :
9782234079922
Prix:
18.50 €

3 réflexions sur “Confessions d’un acteur déchu – De l’Esquive à la rue

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