FRAGMENTS DE FRAGONARD, ROMAN ÉPISTOLAIRE

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Une correspondance de 16 lettres, voici la 14ème et la 15ème lettre, on y parle d’amour… Presque le dénouement.

À l’occasion de l’exposition Fragonard Amoureux qui s’est tenue au musée de Luxembourg à Paris de septembre 2015 à janvier 2016, la galerie de la Marraine a réuni indépendamment,  des artistes, créateurs et artisans, et présenté leurs œuvres et créations -uniques ou en petite série- rendant hommage à l’un des plus grands peintres du rococo et de la frivolité. Il m’a été demandé d’écrire 16 lettres d’amour inspirées par ces tableaux. Ces lettres furent offertes aux abonnés de notre exposition virtuelle durant la durée de Fragonard Amoureux. A présent, je suis ravie de les partager ici avec vous.

Si vous souhaitez découvrir et lire toutes ces lettres, en partant de la première,   rendez vous sur ma page  en cliquant ici : Fragments de Fragonard

Si vous connaissez les premières, et souhaitez juste lire les deux suivantes, elles sont à vous ici, juste en dessous :

N’hésitez pas à partager avec moi votre avis, en commentaire

Toutes les calligraphies sont de Frédérique Thyss


Lettres 1 à 13

Lettre 14 (20 ans plus tard)…

Cher Nicolas,

Veuillez pardonner cette intrusion dans votre vie, par quelques lignes qui — peut-être — vous inviteront à remonter le temps…

Vingt ans déjà, vingt ans et je vous ai reconnu comme si vous étiez parti au petit matin.
Vous ne m’avez sans doute pas vue, j’ai souhaité rester discrète dans la foule durant toute la démonstration de votre gloire.
Ces honneurs militaires, que vous méritiez depuis si longtemps, vous ont enfin été rendus !

Il a fallu tant de remous et deux révolutions : celle à laquelle j’ai survécu et celle où vous avez vaincu. Et combien d’espoirs, de tristesses, de souvenirs accumulés ?

Sachez bien que j’ai suivi tous vos exploits sur les champs de bataille, ainsi que ceux de votre vie. De votre belle Américaine à votre récent anoblissement, vous avez fait grand chemin, sans doute toujours animé par la fougue que j’ai bien connue…

Vous rappelez-vous encore de moi ? Je vous souriais lorsque vous vous êtes retourné pour la dernière fois avant d’embarquer pour votre aventure américaine. J’aimerais tant que vous gardiez de moi ce dernier sourire… mais ne puis m’empêcher de vous demander, si vos jours vous laissent encore quelques libertés, une entrevue.

Nous pourrions nous raconter nos belles histoires, nos moins belles également. Il faudrait pour cela que vous supportiez à nouveau mon insouciance et ma légèreté, toutefois de quelques rides teintées…

Ainsi je me rendrai ce vendredi au Louvre, à l’invitation de Monsieur Fragonard, pour l’une de ces belles expositions qu’il nous offre depuis qu’il en est devenu l’un des conservateurs. Je demanderai bien sûr à ce que l’entrée vous soit ouverte, si le cœur vous en dit.

Oui, le cœur ! Le mien battait à l’unisson des tambours ce matin lors de votre décoration…
J’aimerais tant entendre votre voix, douce et sombre à la fois, me conter vos exploits !

À vous, cher Nicolas.

Marie


call fragonard

Lettre 15

Marie, Marie, Marie, Marie…

Découvrir votre lettre ce matin, et vous lire. Étonné, heureux, essoufflé, étourdi ; écrire maintenant votre prénom, si doux à mon souvenir ; le prononcer tout haut, mille fois, Marie, comme je le fis jadis, en préambule de mes ardeurs : grâce à vous, je me réveille enfin.

Mes pensées volent en éclats, éclairent des sentiments enfouis. Comme vous étiez belle. Comme vous étiez celle… Je me souviens, bien sûr.

Et pourtant je ne sais rien de vous. J’ai compris votre mariage, vos enfants, votre vie en haut-lieux. Vous avez su tirer parti de Versailles, j’en suis ravi. Mais amer aussi de n’avoir pu, dans ce dénouement, ne jouer que le rôle de l’amant éconduit.

J’étais parti pour vous… Vous me retrouvez aujourd’hui où vous m’aviez laissé. Bien sûr, la vie est passée, j’ai aimé d’autres corps, fait souffrir d’autres cœurs, rêvé à d’autres charmes. Mais les vôtres, ma douce, les vôtres ont su me hanter sans relâche, sans répit, sans rancœur. Margaret ne vous a jamais remplacée, et notre amour n’a pas duré.

Je vois encore votre visage, ces fleurs dont vous pariez votre coiffure, leurs parfums mélangés à celui de vos boucles, et votre peau, si douce, si tendre. Je ne cesse de vous entendre rire et chanter lors de nos promenades, murmurer mon prénom. Je ne cesse de vous sentir trembler entre mes bras. Je revis tout cela à vous lire, à vous imaginer ici, demain, pourquoi pas. Je me trouble, pardonnez mon émoi.

Vous me proposez aujourd’hui de nous retrouver là-bas, de croiser à nouveau nos regards et nos mains ? De parler de la vie, de parcourir nos gloires ? Ma chère Marie, croyez-vous vraiment que nous le pouvons ? Mes gloires ne vont-elles pas vous décevoir ? Elles ne sont faites que de guerres, de batailles et de morts. Je n’ai ni famille, ni amour, ni avenir. Avec moi disparaîtra ce que je fus, ce que j’ai aimé. Vos gloires à vous sont tout le contraire, elles dureront la vie de vos enfants et de leurs descendants. Nous retrouverons votre beauté dans les yeux de vos filles, votre courage entre les mains de vos fils. Vous avez aimé, été aimée, vous avez nourri cette vie. J’aimais passionnément nos folies, nos fougues et nos envies. Je n’ai eu faim que de vous.

Je suis tenté d’accepter, de voir avec vous ce peintre dont vous me parlez, de revoir vos yeux et votre beauté fleuris. Je devrais refuser et garder intact le souvenir de notre histoire. Ne pas ajouter un chapitre de regret. Si ce n’est de la tendresse ? Le croyez-vous possible ? Pourrait-elle nous rester ? Je doute, je m’attendris déjà. Je me retrouve si jeune et si épris. Que me faites-vous, ma mie ?

Je ne peux vous confirmer ma venue. Je désire, je l’avoue, laisser ce mystère entre nous. Vous m’avez tellement fait souffrir. Mais fait tant vivre, aussi. Je ne sais.

À demain, peut-être. À toujours, sûrement.

Nicolas

 

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