ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #46

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Bonjour à tous, voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book

sur une photo, signée Kot

Pour voir tous les textes, c’est ici ! et le mien, c’est là, juste en dessous :


 

GRAND ORAL

« Il faut lâcher la pression, tu ne joues pas ta vie, tu sais.  Qu’est-ce que c’est ce grand oral, finalement ? Juste l’aboutissement de quelques années de travail, de recherche, de sacrifice, de doute, d’espoir, de nuits blanches, de cigarettes. Trop de café, d’alcool parfois et de charrettes, de crampes à l’estomac, de boules dans la gorge, d’accord. De mains moites et de vue brouillée, aussi. D’accord. 

J’étais là, tu sais : Des années d’esprit encombré, de conversations même pas écoutées, toi, perdue dans ton monde, dans ton plan, dans tes questions, dans tes abîmes. Des mois de soleil, de vents, de pluies, de nuits, de jours à peine entrevus. Des heures de remises en question, de souffrances inutiles. Là tu as le trac, je sais. Mais il va falloir que tu défendes ton sujet pendant une heure, que tu expliques, justifies, développes, démontres, sans oublier d’être à l’aise, tranquille, souriante, détendue.

Fais attention à ton corps, c’est très important, il parle sans que tu le voies : Ne te voûte pas, ne croise pas tes bras, ne rougis pas non plus, et fais attention à ne pas respirer trop fort, ça s’entend et ça se voit. Ça manque beaucoup de classe. Ta voix et tes mains tremblent toujours, ça te discrédite, on croit que tu ne te fais pas confiance. Si tu ne te fais pas confiance, qui pourra croire en ta démonstration ? Regarde-moi : Droite sur tes jambes, le cou sorti, détendue, les bras souples. Ne parle pas trop fort et pas trop vite ! Regarde comme je fais : comme une danseuse. Le port de tête avec la maîtrise du sujet. Très important le port de tête. Voilà, élégante comme moi ! tu vois ?

Mais qu’est ce qu’ils font… Ils sont en retard, non ? Je ne suis pas certaine que ce soit bon signe. Sinon, tu as vu la salle ? Elle n’est pas impressionnante. Non. J’imaginais un endroit plus prestigieux. Des études si chères et une salle de conférence si pauvrette, c’est décevant…

Tu as peur ? pourquoi ? Tu es un peu chochotte. Je ne sais pas mais imagine que tu donnes un cours à des gens qui s’ennuient ou qui ne comprennent pas ce que tu dis, ça t’enlèvera de la pression. De toutes les façons c’est du chinois ton truc. Ce n’est pas très simple à comprendre. J’espère que tu n’as pas fait trop compliqué d’ailleurs. Tu es toujours un peu compliquée. Tu pourrais tout de même le reconnaitre. Comme tante Bernadette, c’est le côté de ton père. Jamais simple. 

J’ai vu la tête du jury tout à l’heure, ils ne semblent pas très marrants. Ou alors ils ont eu une nouvelle qui les contrarie. Ils ont un air chafouin. Il va falloir que tu sois à la hauteur pour les dérider. Qu’est ce que j’ai dit ?

De toutes les façons, quand tu sortiras je serai là, je croise les doigts, ne t’inquiète pas. Et puis maintenant c’est trop tard, les dés sont jetés. Tu dois apprendre à lâcher prise, si tu es trop crispée la vie ne te donnera pas ce que tu veux.

Tu ne te souviens de rien ? Ne me stresse pas avant, s’il te plait. Avec tout ce que tu nous as fait endurer depuis des semaines.  Peut-être que tu as voulu trop faire, du coup c’est trop du bachotage et tu n’as rien gardé. Mais tu seras vite fixée.

Qu’est ce que j’ai dit encore ? Tu es d’une susceptibilité… Calme-toi, s’il te plait. Je veux bien que tu ne passes pas tes nerfs sur moi. Ce n’est pas de ma faute si tu doutes. Il fallait peut-être travailler plus intelligemment. Moi j’essaye de te donner des bons conseils. J’ai toujours le mauvais rôle.

Dis, tu ne veux pas aller aux toilettes ? Moi je serai toi, j’irai aux toilettes avant, si tu as mal au ventre pendant, ça ne va pas t’aider. Tu as mal au ventre ? Voilà. Donc je serai toi, j’irai. Remarque, quelle heure est-il ? Déjà ?  Ah non, tu ne peux plus, c’est trop tard, ça va être à toi.

Bon. Haut les cœurs, hein ? Et puis je te dis merde il n’y a plus que ça. On croit en toi, ne nous fais pas honte. Avec ton père, on compte sur toi. Où vas-tu ? Tu ne m’embrasses pas ? Ne pars pas comme ça, Choupette ! ohoh,  Choupette ! Je t’aime bébé ! Quoi tout le monde nous regarde, tu as honte de ta mère ?

Bisous bisous ma chérie ça va aller.  Et n’oublie pas : T’es la meilleure ! 

 

26 réflexions sur “ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #46

  1. Benedicte D.

    Super bien fait cette voix dont on ne comprend pas tout de suite qui elle est et qui souffle le chaud et le froid en alternance comme savent le faire les mères angoissées !!!!
    Et du coup elle va y aller avec une envie de faire pipi à laquelle elle n’avait même pas pensé !!!!….J’ai adoré….

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    • Merci Albertine. Probablement parce que je suis souvent cette mère, malgré moi, vis à vis de mes enfants, et je crois encore plus avec ma fille. Une sorte d’instinct pour casser les pieds (je parle de moi) mais avec un amour infini. La mère est horripilante et maladroite, l’état de sa fille la dépasse, mais bon, elle est là :) belle journée à toi

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  2. Valou

    Elle m’a soûlée cette maman !! Pfiouuuu qu’elle glue.
    Du coup tu as réussi à me faire monter une émotion…ce qui fait de toi une vraie pro, mais ça…on le sait déjà !

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