FRAGMENTS DE FRAGONARD, ROMAN ÉPISTOLAIRE

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Une correspondance de 16 lettres, voici les 11ème et 12ème lettres, on y parle d’amour…

À l’occasion de l’exposition Fragonard Amoureux qui s’est tenue au musée de Luxembourg à Paris de septembre 2015 à janvier 2016, la galerie de la Marraine a réuni indépendamment,  des artistes, créateurs et artisans, et présenté leurs œuvres et créations -uniques ou en petite série- rendant hommage à l’un des plus grands peintres du rococo et de la frivolité.

Il m’a été demandé d’écrire 16 lettres d’amour inspirées par ces tableaux. Ces lettres furent offertes aux abonnés de notre exposition virtuelle durant la durée de Fragonard Amoureux. A présent, je suis ravie de les partager ici avec vous.

Si vous souhaitez découvrir et lire toutes ces lettres, en partant de la première,   

rendez vous sur ma page  en cliquant ici : Fragments de Fragonard

Si vous connaissez les premières, et souhaitez juste lire les deux suivantes, elles sont à vous ici, juste en dessous :

N’hésitez pas à partager avec moi votre avis, en commentaire

Toutes les calligraphies sont de Frédérique Thyss


Lettres 1 à 10

 

Lettre 11

call fragonard

Mon héros,

Saviez-vous que vos quelques semaines se sont traduites en de nombreux mois ?
C’est d’un printemps radieux que je vous écris ces quelques mots…

À tout vous dire, je ne savais plus que penser. Ne recevant aucune missive de vous, je courais après les dernières rumeurs et tendais l’oreille dès que des noms, ceux qui doivent vous être familiers, étaient prononcés. Étiez-vous trop occupé, aviez-vous été blessé ou pire ? Je me morfondais.
Aujourd’hui, je sais enfin que vous êtes sauf ; je me languis donc. Vous voir, effleurer le grain de votre peau, ressentir le sang bouillonnant en vos veines les plus secrètes…

Mais alors que votre trop long éloignement a fait de moi une presque veuve, vous me parlez d’une autre femme ! Vous comparez décidément deux opposés.
Dois-je vous rappeler que mes aventures, certes charnelles, ont pour seuls buts de combler le gouffre financier dans lequel mon frère a plongé la famille, et même le domaine tout entier, afin de m’éviter ainsi le plus grand désarroi ? Qu’iriez-vous d’ailleurs chercher auprès de ces Anglaises que vous ne trouveriez au bout de ma tresse ? Seriez-vous si enclin à prendre d’assaut le royaume de la rose que vous oseriez bouder mon bouton ?

Mon beau Nicolas, vous devez comprendre que je ne cherche nullement à vos offenser, sans toutefois rien vous cacher. Eh quoi, comment une jeune fille, devenue femme par vous, trouverait-elle l’expérience suffisante pour vous satisfaire dès votre retour, sans qu’elle ne pratique entre temps ?

Je vous passerai donc ces quelques mois d’incertitudes où, malgré mes appâts, les créanciers du château et mes généreux donateurs se faisaient trop rares. Il m’a fallu user plus que de coutume des charmes de mon boudoir, ainsi que de mes servantes qui se sont prêtées à des jeux enchantant les riches soirées que j’organisais.
Aujourd’hui que tout est rentré dans l’ordre, j’ai acquis un certain confort à Versailles et renforcé de nombreuses relations. Elles vous aideront sans nul doute à obtenir plus vite ce que vous cherchez. Sachez que, par mes lèvres, votre nom de héros de la France est ici dans toutes les bouches. Et, marine faisant, il ne devrait tarder à arriver aux oreilles de vos commandants… Tant que vous ne préférez pas passer du côté des Anglaises.

Enfin ! Si vous appréciez ce jeu, je vous prie de bien me raconter, sans rien omettre des détails les plus intimes de vos assauts. Nous pourrons alors partager ce doux sentiment de nous savoir si loin, tout en révélant l’ardeur qui nous consume l’un pour l’autre. Car, aussi charnelles que soient ces étreintes loin de vous, mon amour brille dans votre ciel étoilé. Regardez Vénus dans votre ciel et pensez à moi… Racontez-moi, mon amour ! Vos mots, même les plus cruels et froids, réchauffent mon cœur, tels les rayons du soleil perçant le feuillage du châtaignier qui abritait nos étreintes.

En amour, je ne suis qu’à vous, tendrement.

 Marie


Lettre 12

call fragonard

Ma désirée,

Vous avez raison de préciser que le temps passe. Il emporte avec lui mes convictions, l’image que je gardais de vous et que je chérissais.

Qui est cette femme légère, joueuse et si certaine de pouvoir supporter mes assauts pour d’autres corps, d’autres peaux ? Êtes-vous assurée de pouvoir lire sans tressaillir les détails que je m’apprête à vous livrer ? Avez-vous conscience de la mesure des choses ?

Le feu brule, ma douce, il serait folie de croire qu’il puisse vous épargner. Et s’il vous effleure sans vous abimer, ne vous demanderez-vous pas si les braises de nos sentiments se sont éteintes à force de réchauffer d’autres corps ?

Depuis longtemps, vous me dressez à la baguette de vos désirs. Ici non plus je ne saurai renoncer à vous obéir. Voulez-vous donc savoir, connaître, imaginer, ressentir ? Soit. Je m’en remets à vous, ma curieuse ; savourez les mots que je vous offre, ils vous sont livrés crus. Accompagnez-les selon votre goût, du geste, du chemin qu’il dessinera, et vivez avec moi la sensation de mes gourmandises.

Il me fut si facile de cueillir Margaret…

Une promenade au parc, un bosquet, un sourire, un baiser dérobé. Une fleur détachée et, avec elle, parcourir doucement les courbes de son décolleté. Mes attentes furent comblées. Ressentir la caresse des pétales sur sa peau, voir son cœur se gonfler, ses seins tendre leurs pointes à l’approche de la tige, apercevoir une ombre finement dessinée, détacher le corset, le dénuder, la dénuder, admirer la perfection de sa jeunesse, le frisson de son innocence, être le premier à y goûter à l’ombre d’un châtaignier… Ironie du lieu. Vous êtes partout, le saviez-vous ?

Pouvez-vous imaginer l’effet qu’elle fit sur moi ? Ne vous méprenez pas, ma mie, je fus tendre et courtois, je ne l’ai parcourue qu’en douceur, au début. Mais la coquine apprit rapidement à manier le bâton, et trouva agilement le revers des jupons. Elle m’ouvrit sans hésitation ses pensées très profondes, et nous eûmes à nos tours l’explosion de nos mondes. Sa maladresse et le rose sur ses joues me rappelaient sans honte nos premières étreintes. Je pus, sans effort, me laisser aller à mon devoir d’homme : envahir sans relâche ses monts et ses vallées, la sentir se raidir, soupirer, défaillir. Les gouttes de son corps se mélanger aux miennes, puis détendre son cœur sous le poids de mon torse, sous les coups de mes reins.

Vous l’imaginez sans ambages, nos promenades furent plus fréquentes et plus longues. Plus agiles, également. La balançoire de son jardin et le potager de son père la font maintenant rougir lorsqu’elle s’y rend avec « mère ». Je lui appris l’art de l’outillage, comment décupler les plaisirs, avec ou sans contraintes. L’expérience nous grandit, ma féline, je ne fis donc pas deux fois la même erreur, et rapidement lui promit la voie de mon aigreur. Qu’il fut bon de la sentir refuser puis céder sous le plaisir imparfait…

À présent, Margaret est une femme d’expérience. Grâce à mon initiation méticuleuse et charmante, elle sait comment prodiguer mon plaisir et bien trouver le sien. Nos jeux se nourrissent de nature et de rire. Nous nous aimons sans amour. Ceci me rend léger et décuple mon imagination. J’envisage d’ailleurs d’inviter son amie Élisabeth. Une jeune fille avenante aux rondeurs étonnantes qui pourraient pimenter nos détours et nos heures.

Maintenant que vous savez, pouvez-vous encore m’assurer votre amour ? Le mien vous est acquis depuis si longtemps. Malgré les dangers qui rythment ma vie d’homme, les tentations auxquelles je cède parfois, ma faiblesse, ma rage, mon envie de posséder à nouveau votre corps brûlant, je vous le crie de toute mon âme : Vénus, dans mon ciel, n’égale en rien votre beauté.

Il est temps que je revienne pour vous le prouver.

Nicolas

2 réflexions sur “FRAGMENTS DE FRAGONARD, ROMAN ÉPISTOLAIRE

  1. mamysoren

    « le crû » avec le langage de l’époque ressemble fort a du badinage …Mais je n’aime pas ce jeu cruel de décrire a l’autre ses infidélités… Ce ne sont pas les actes qui me dérangent …mais la narration a l’autre …
    je te souhaite un bon week end avec ou sans badinage…bises

    J'aime

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