FRAGMENTS DE FRAGONARD, ROMAN ÉPISTOLAIRE

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Une correspondance de 16 lettres, voici les 9ème et 10ème lettres, on y parle d’amour…

À l’occasion de l’exposition Fragonard Amoureux qui s’est tenue au musée de Luxembourg à Paris de septembre 2015 à janvier 2016, la galerie de la Marraine a réuni indépendamment,  des artistes, créateurs et artisans, et présenté leurs œuvres et créations -uniques ou en petite série- rendant hommage à l’un des plus grands peintres du rococo et de la frivolité.

Il m’a été demandé d’écrire 16 lettres d’amour inspirées par ces tableaux. Ces lettres furent offertes aux abonnés de notre exposition virtuelle durant la durée de Fragonard Amoureux. A présent, je suis ravie de les partager ici avec vous.

Si vous souhaitez découvrir et lire toutes ces lettres, en partant de la première,   

rendez vous sur ma page  en cliquant ici : Fragments de Fragonard

Si vous connaissez les premières, et souhaitez juste lire les deux suivantes, elles sont à vous ici, juste en dessous :

N’hésitez pas à partager avec moi votre avis, en commentaire

Toutes les calligraphies sont de Frédérique Thyss


Lettres 1 à 8

Lettre 9

call fragonard

Mon amour,

Soyez pleinement rassuré, mon âme à jamais vous appartient. Quant à mon corps, ainsi qu’il est écrit dans le Grand Livre, il ne m’appartient pas entièrement puisqu’il vous appartient aussi pour partie…

Mais, alors qu’il ne vous donne que du plaisir quand je prends mon extase du vôtre, il me sert autrement en votre absence. Il est stratégie, appât, miroir des âmes impures. Jamais souillé, puisque toujours si proche de vous en pensées, si loin des lubriques de Versailles et Paris.

À vous lire, votre corps à vous est bien entretenu par vos desseins !
Il forge en vous ce héros qui saura me combler dès votre retour. Il apprend l’art de la guerre, où chaque muscle que je caressais de mes mains, ma bouche ou mes seins, vous sert à défaire l’ennemi, à briller sous la tente des généraux et dans vos riches milieux américains. Votre corps vous enrichit quand votre âme vous élève…

Ne trouveriez-vous pas qu’il est justice que, de mes lèvres entrouvertes ou d’un décolleté un peu moins strict que ceux des vieilles carnes, mon corps puisse m’élever alors que mon âme s’enrichit ?
Une femme à Versailles ne peut s’élever bien haut lorsque ses jambes touchent encore terre. Heureusement, quelques gentils hommes, des esprits modernes et éclairés, me font grâce de leurs compagnies et me font accepter dans des cercles bien plus haut placés que ma petite noblesse de province me le permet.

Vous me lisez, je ne me livre pas à de vieux pervers. J’offre ma compagnie à ceux qui, souvent mariés, sont parfois même fidèles à leur serment. Versailles, depuis bien longtemps déjà, accueille des personnes licencieuses. Il n’en est rien de ceux-ci, ils ont l’esprit bien plus ouvert que ceux-là ne rêvent les cuisses de leurs maîtresses.

Aucun autre amour que le vôtre ne me touche et ne me touchera en attendant votre retour héroïque.

Mais bien sûr, les hommes regardent. L’un, à la vue prolongée de mes charmes sans doute, me fit part de son désir de vouloir prendre les devants. Évidemment, je lui tournai le dos prestement, il en profita et me mit à l’imparfait ! Si ma pureté en souffrit quelque peu, il n’est nulle place où vous avez voulu m’aimer qui fut assaillie puisque, à l’instar de votre ardeur à vouloir parcourir sans relâche mes monts et mes vallées, il ne voulait que l’arrière-Vénus, à la manière du bon abbé de Brantôme…

Il en va ainsi à la cour. Je sais désormais qu’il n’est point de hauteur infranchissable, qu’il n’est pas de cercle impénétrable, que si le plaisir peut être coupable, le désir est irrémédiable. Il n’est qu’en vous, en votre possession de mes atours, que je déguise en atouts pour mieux maîtriser les cartes de mon destin.

L’esprit serein, votre compréhension de mes jours et mes nuits m’apaise déjà…
Un baiser de vous, même si loin répondra-t-il au mien, glissé entre ces lignes ?

Mon amour est pur, et je vous aime, Nicolas.
Marie


Lettre 10

call fragonard

Mon amour, ma cruelle…

 

Le silence posé ces quelques semaines m’a été nécessaire pour panser les blessures engendrées par vos mots.

Je ne peux que comprendre vos arguments ; j’aime déjà si ardemment ceux que vous avanciez pour me séduire lorsque nos corps s’unissaient. Mais ces derniers me transpercent plus douloureusement encore que l’idée de vous imaginer possédée par un autre.

Vous me dites utiliser vos armes pour trouver votre place, comme j’utilise les miennes pour construire notre avenir. Je ne peux convenir d’un tel raccourci ! Vous vous excusez en offrant à d’autres ce que je n’ai jamais reçu de vous. Par pudeur, en patience, j’imaginais dérober ce chemin détourné, lorsque nos vies seraient à nouveau réunies. Vous l’avez offert à d’autres ! Continuez-vous ? J’en tremble…
Cette pensée, au lieu d’aiguiser mon envie, m’a plongé en enfer.

Je vous ai haï, mon aimée, de ce que votre corps libertin et votre calcul perfide me refusent : vous guider dans ces plaisirs imparfaits. J’ai voulu me venger, cueillir les atours de Margaret ou d’autres, me plonger dans leurs ventres et dans leurs bouches, posséder complètement ces corps gourmands qui ne demandaient que moi.

Mais pour l’heure, je ne l’ai pas encore fait.

Je suis parti pour mieux vous revenir, Marie. Je ne l’oublie pas. Y songez-vous toujours ? C’est loin de vous que je vois qui vous êtes, et malgré ma douleur je vous aime davantage. Est-ce possible ? Je sais maintenant que l’amour et la folie sont sœurs et sans raison. Mon corps est fort, mon âme blessée, mais mon cœur faible, toujours amoureux, est impatient de vous.

Puisque je ne puis satisfaire vos attentes ni les miennes, j’accepte à contrecœur les situations qui sont vôtres. Je vais, comme vous, user de ce que la nature m’a offert pour venir à mes fins, qui, n’en doutez jamais, n’ont pas changé : vous retrouver et marquer sur chaque partie de votre corps intacte ou souillée, une goutte de mon amour passionné.

J’espère revenir bientôt et remettre de l’ordre dans votre vie.

Mais je vous en dirai davantage prochainement. Pour l’heure, je vais user de mes atouts comme vous usez de vos charmes, pour dérober la confiance de mon hôte, et les soupirs de sa fille. Après avoir passé tant de jours à convoiter et à espérer un statut, une place pour un cœur, il est temps que je passe à l’action…

Mon esprit ne peut être serein lorsqu’il vous imagine en de telles postures, mais je vous laisse sur mes mots la marque de mes lèvres… Tentées aujourd’hui de vous mordre plus que de vous baiser.

Nicolas

 

8 réflexions sur “FRAGMENTS DE FRAGONARD, ROMAN ÉPISTOLAIRE

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