FRAGMENTS DE FRAGONARD, ROMAN ÉPISTOLAIRE

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Une correspondance de 16 lettres, voici les 7ème et 8ème lettres, on y parle d’amour…

À l’occasion de l’exposition Fragonard Amoureux qui s’est tenue au musée de Luxembourg à Paris de septembre 2015 à janvier 2016, la galerie de la Marraine a réuni indépendamment,  des artistes, créateurs et artisans, et présenté leurs œuvres et créations -uniques ou en petite série- rendant hommage à l’un des plus grands peintres du rococo et de la frivolité.

Il m’a été demandé d’écrire 16 lettres d’amour inspirées par ces tableaux. Ces lettres furent offertes aux abonnés de notre exposition virtuelle durant la durée de Fragonard Amoureux. A présent, je suis ravie de les partager ici avec vous.

Si vous souhaitez découvrir et lire toutes ces lettres, en partant de la première,   rendez vous sur ma page Fragments de Fragonard

Si vous connaissez les premières, et souhaitez juste lire les deux suivantes, elles sont à vous ici, juste en dessous :

N’hésitez pas à partager avec moi votre avis, en commentaire

Toutes les calligraphies sont de Frédérique Thyss


Lettres 1 à 6

Lettre 7

 

 Mon bel aventurier,

Ma plume court sur le papier, afin de vous donner les excellentes suites de ma désormais nouvelle vie…

Henri est tellement prévisible !
Aussitôt libéré de nos parents, il a cru obtenir enfin la vie dont il rêvait. Mais elle mêlait les apparences du deuil paternel et son besoin de paraître plus haut qu’il ne sera jamais…

Ainsi, de fêtes en cercles de jeu, il jouait les beaux partis éplorés pour collectionner les conquêtes, et finalement n’en récolta que les dettes. Lui qui se croyait au-dessus de tout, il se trouva rabroué par l’intendant, que père avait eu la sagesse de glisser dans son testament. Et c’est en petit garçon pris sur le fait qu’il a reçu en chiffres, la plus belle fessée de sa vie.

Lui, si suffisant, aux crédits… insuffisants !

C’est ainsi que, pour réduire les frais de la demeure, notre tante Mathilde, si bien introduite à la Cour, m’a envoyé à Versailles avec mes gens. Il m’y est tellement plus facile que mon frère d’y trouver les finances dont nous avons tant besoin.

Je n’ai jamais été plus radieuse : du quelconque petit marquis aux plus grands de Versailles, chaque homme semble se transformer en soupirant. Parée, enjouée, tout ici me rend belle, du regard des hommes aux reflets trompeurs de ces magnifiques miroirs !

Il me suffit ainsi de me pencher quelque peu pour trouver de l’or… Des sommes essentielles à notre avenir, si faciles à cueillir lorsqu’elles tombent des bourses de mes généreux parrains.

Méfiez-vous, mon amour : les hommes sont fous, et vous ne me semblez pas faire partie de la même race qu’eux. Ils n’ont rien de rationnel, un simple sourire pour rehausser ma mouche change le plus avare grabataire en un vieux noble fringuant. Là où rien ne saurait les rendre attentifs à la misère du peuple, l’espoir d’une courbe féminine les fait défaillir !

Je sais que vous n’êtes que courage et hardiesse, mais vous ne libèrerez pas vos amis américains de ces Anglais tout seul ! Ces hommes à qui vous faites confiance, sur qui vous devez compter lors d’une bataille, vous lâcheraient à la simple vue d’un long cheveu blond…

Je ne peux y penser sans me morfondre, plus inquiète que jamais. Mais si vous me lisez, je m’apaiserai. Rendez-moi compte, mon amour, de vos faits héroïques et de votre bonne fortune, afin que je m’endorme, seule dans mon lit, livré à vos désirs !

Prenez donc cette nouvelle adresse, où je pourrai recevoir vos missives. N’ayez aucune inquiétude, personne cette fois ne peut nous lire, et je n’aurai bientôt plus à cacher, ni vos lettres, ni notre amour ; vous devez être si vaillant que la gloire ne peut que vous sourire avant même votre retour, et je bâtis doucement notre paradis à venir en plaisant au Tout-Versailles.

J’ai hérité de ma noblesse, vous la forgez par votre vaillance.
Rien, ni personne à Versailles, ne nous résistera lorsque nous serons enfin réunis.

Il me tarde tant de ne regarder plus que vous…
Je ne pense qu’à vous, mon bel aventurier, je ne désire que vous, je ne dors qu’avec vous.
Revenez-moi au plus vite, que je m’abandonne à nouveau à vos ardeurs.

Pour toujours.

Marie

 


Lettre 8

 

call fragonard

 

Mon unique,

 

Tant de semaines sont passées depuis que cette lettre a quitté vos mains, pour arriver dans les miennes… Mes pensées ne vous quittent jamais, mais qu’en est-il de vous, aujourd’hui ?

Probablement, me sentez-vous déjà inquiet, et je le suis…

Ne m’en voulez pas, ma douce : vos mots m’enivrent et me poignardent à la fois. Mille questions tourmentent mon esprit, je ne suis plus que crainte, moi, si courageux et si fort ! Rassurez-moi, Marie, êtes-vous toujours mienne telle que vous semblez l’écrire ?

Bien sûr, je suis heureux de vous savoir maîtresse de votre destin et épanouie dans votre nouvelle vie… Je vous imagine virevoltante, légère et radieuse… Mais je ne peux supporter que d’autres en profitent, pendant que je me bats pour nous construire un avenir.

Et pourtant vous voyez clair, les hommes sont dangereux, lubriques et fourbes. Ils ne voudront qu’une chose, posséder ce qui m’appartient, que je chéris et respecte au plus profond de mon être.

Êtes-vous bien certaine d’y maitriser le jeu et de ne point jamais devoir y offrir plus qu’un regard, plus qu’un sourire ? Suis-je en train de perdre votre corps, ne me reste-t-il que votre cœur ?

Il ne m’est pas étranger que votre vie doit se construire avec effort et stratégie ; vous devez vous battre avec vos armes. Mais la seule image de l’un de ces vieux pervers touchant le grain de votre peau, goûtant de sa langue vos lèvres charnues, assiégeant mon paradis, m’est insoutenable.

Je ne veux y penser davantage et nous espère encore tels que nous l’avons toujours été, la moitié de l’autre, unique et absolu. Rassurez-moi vite, je vous supplie…

Vous m’appelez « aventurier », j’aimerais le devenir, mais je ne fais ici que mon devoir : représenter la France, aider l’Amérique et me battre pour la liberté ! L’aventure que je traverse ici dépasse tout ce que je pouvais imaginer. Je viens de vivre la guerre, des semaines d’affrontement, des jours sans fin d’une bataille longue et douloureuse. Mais ne vous inquiétez pas davantage, nous n’avons jamais douté de notre bonne fortune. J’en suis revenu, sauf et glorieux.

La bataille de Yorktown nous a menés en Virginie. Les Anglais ayant assiégé la ville, la flotte française assurait le blocus du port empêchant ainsi tout ravitaillement des Anglais par la mer, tandis que les troupes terrestres l’encerclaient. Après avoir pris les bastions qui devaient la défendre, nous avons pu assiéger à notre tour Yorktown et mener l’armée coloniale à sa défaite. Sans classe et sans panache, Lord Cornwallis et ses troupes se sont rendus. Lisez bien ces mots, ma tendre, et soyez fière de votre aventurier, qui, je vous l’assure, reviendra en héros : Le Général de La Fayette lui-même a salué mon courage et ma vaillance ! Encore une fois, je n’ai fait que mon devoir, mais il semble que je satisfasse pleinement aux espoirs de nos généraux.

Nous rentrons à présent dans une période plus calme, même si l’effervescence reste palpable. Je ne sais ce que sera demain, mais pour l’heure je suis gracieusement logé dans la propriété de riches indépendantistes, qui souhaitent manifestement remercier ma bravoure. Ce sont des gens vraiment charmants. Je me plais à refaire le monde avec le père, et à me promener dans les jardins de leur propriété avec sa jeune fille, Margaret, à qui je vante inlassablement votre beauté et mon amour pour vous. Elle a la gentillesse de me prêter son oreille, afin d’apaiser les souffrances de votre absence et ainsi lui conter comme nous savons nous aimer…

Il me tarde de vous lire à nouveau.
Vous avez su me rassurer à propos de vos jours, mais point de vos nuits.

Écrivez-moi à nouveau comme et comment vous m’aimez. Je me languis de tout, de baiser votre bouche, de serrer votre corps et de m’enfouir en vous.

Éternellement

Nicolas

3 réflexions sur “FRAGMENTS DE FRAGONARD, ROMAN ÉPISTOLAIRE

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