Fragments de Fragonard, roman épistolaire

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Une correspondance de 16 lettres, voici les 5ème et 6ème lettres, on y parle d’amour…

À l’occasion de l’exposition Fragonard Amoureux qui s’est tenue au musée de Luxembourg à Paris de septembre 2015 à janvier 2016, la galerie de la Marraine a réuni indépendamment,  des artistes, créateurs et artisans, et présenté leurs œuvres et créations -uniques ou en petite série- rendant hommage à l’un des plus grands peintres du rococo et de la frivolité.

Il m’a été demandé d’écrire 16 lettres d’amour inspirées par ces tableaux. Ces lettres furent offertes aux abonnés de notre exposition virtuelle durant la durée de Fragonard Amoureux. A présent, je suis ravie de les partager ici avec vous.

Si vous souhaitez découvrir et lire toutes ces lettres, en partant de la première,   rendez vous sur ma page Fragments de Fragonard

Si vous connaissez les premières, et souhaitez juste lire les deux suivantes, elles sont à vous ici, juste en dessous :

N’hésitez pas à partager avec moi votre avis, en commentaire

Toutes les calligraphies sont de Frédérique Thyss


Lettres 1 à 4


 

Lettre 5

 

Tendre ami,

 Votre lettre est un doux plaisir. Vous m’avez rendu le sourire de nos instants heureux, le souffle coupé de nos amours interdites. Mon cœur battait à nouveau, le soleil était immense, il ne laissait aucune part à l’ombre.

Mais ici…

Tandis que vous preniez d’assaut les flots qui désormais nous séparent, que votre avenir se dessinait sous ces nouveaux horizons que vous dessinerez à la pointe de votre courage, vous nous avez séparés plus encore, une distance terrible lorsque vous connaîtrez les événements bouleversants qui ont sorti ma plume de nos douces rêveries.

L’ombre a pris place. Non pas celle qui ouvrait à nos plaisirs, non pas ces nuits brûlantes qui nous unissaient, non plus celles du châtaignier qui nous rendait un peu de sa fraîcheur à la fin de l’été. Une ombre envahissante, menaçante ; les ténèbres, prémices du pire. L’aveuglement… Comment ne pourrais-je encore me plonger dans votre regard essoufflé, admirer la lumière dessinant votre corps dessus le mien, être troublée par cette vie qui rayonne autour de vous ?

Père s’est éteint, et avec lui, toute lumière d’espoir s’est enfuie.

Mère vit en noir, seule, désormais éloignée chez les sœurs de la Bonne Volonté. Ce fut la première décision d’Henri, qui a naturellement pris la succession de la famille. Comment ce pauvre sot, uniquement attiré par les fastes de quelconque cour, pourrait-il répondre à nos aspirations ? Il ne pense qu’à lui, à ses plaisirs, à sa renommée, à ses notes de frais.

Mère et moi sommes aujourd’hui à sa merci.
Comme j’aimerais que ce soit à la vôtre…
Je vous en prie ardemment, revenez vite, vainqueur, et enlevez-moi à cette noirceur !

Je vous embrasse tendrement. Ne pensez plus à la joue, dirigez mes lèvres vers vos pensées les plus inaccessibles.

Vôtre, pour toujours.

Marie


 

Lettre 6

 

 

Ma rose,

 

 Vous que j’ai cueillie un jour inespéré dans un jardin oublié, que j’ai effleurée d’une main précautionneuse, dont j’ai senti les parfums, caressé les pétales, de mon visage et de mes lèvres… Que j’ai possédée et que j’espère posséder encore et toujours…

Ma douce fleur, délicatement déposée sous la cloche protectrice et rassurante de votre famille pendant mon voyage, espérant vous retrouver toute à moi dès mon retour… Je découvre ce qui vous arrive et je tremble.

Cette épine me transperce le cœur. Depuis que vos doigts ont couru sur cette feuille pour m’avertir du danger qui vous guette, que s’est-il passé ? Comment vivez-vous ? Qu’en est-il d’Henri, et qu’a-t-il fait de vous ? Nous nous sommes peu connus, lui et moi, mais je le crains et sans connaître notre doux secret, nos regards échangés croisaient davantage du fer que de la connivence. Se pourrait-il qu’il accepte de m’envisager autrement ?

Me voilà arrivé en Amérique. Trente-huit jours de mer, si peu de temps, le croiriez-vous ? Le vent, l’océan, le ciel étaient avec nous. Leurs forces n’avaient d’égal que la puissance de ce navire magnifique et notre motivation à défendre la liberté et l’Amérique. Les Anglais ne pourront rien contre nous, j’en suis convaincu.

Nous sommes arrivés à Boston. La guerre se sent et se ressent, se vit et se respire, mais George Washington a su reconquérir le berceau de la liberté et tout espoir est maintenant permis. Je ne peux vous dire ce qu’il va advenir, notre salut dépend de la victoire et des rencontres que je ferai.

Ne désespérez pas. Je n’oublie pas notre désir. Peut-être pourrais-je écrire à votre frère pour partager avec lui nos pures intentions ? Il ne peut être tout à fait mauvais, puisque la même sève coule dans vos veines.

Faites-moi plaisir, allongez-vous parfois dans l’herbe et laissez vos mains parcourir vos cheveux, votre visage, vos courbes et vos secrets. Fermez les yeux et imaginez que vos mains sont miennes et que je prends soin de vous. Comme je le fais chaque nuit dans mes rêves.

De la lointaine Amérique, je vois toujours votre cœur briller près du mien au-dessus de l’océan, et je garde espoir.

Préservez-vous et aimez-moi.

 À toujours.

 Nicolas

 

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