ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #42

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Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bric a Book

Sur une magnifique photo de Yannick Debain, comédien que l’on peut applaudir  dans une jolie pièce de théâtre que Leiloona a vu pour nous : Les Anciennes odeurs.

Pour voir tous les textes, c’est ici ! et le mien, c’est là, juste en dessous :


 

Le ballon rouge

Il lui a fallu peu de temps pour enfiler son manteau, son écharpe et ses gants.

Ronan ! Attends une minute s’il te plait.

Comme le téléphone s’est mis à sonner, sa mère a décroché, lui a fait signe des yeux de ne pas bouger (la conversation n’est pas terminée), s’est déplacée dans sa chambre et a commencé à parler. 60 secondes pour qu’il décide d’en profiter, de s’équiper, pour s’éclipser. Elle lui a dit une minute. Une seconde après, il ne s’est pas fait prier. Ah, ça ! s’il s’agit de jouer, bizarrement il ne manque pas d’énergie. Mais quand il faut travailler, les yeux se tournent vite vers la fenêtre, la bouche sur le stylo, la jambe gigote, et l’impatience finit par déborder.  Elle ne sera pas surprise de retrouver le salon déserté.

Il faut le comprendre. Ce qu’il aime, c’est la nature, les chemins, la terre, les copains. Certainement pas la ville, les immeubles, les trottoirs et le béton. Le soleil éblouit le ciel, même les nuages s’effacent devant tant de luminosité. La rue serait presque belle. Il y fait froid, oui, mais il ne pleut pas. Le temps est sec, alors pour jouer, ça suffira.

Ronan regarde : dans les gratte-ciels, les femmes et les hommes s’affairent. Leurs ombres avancent derrière les baies, elles ne s’arrêtent jamais. Sauf pour calculer, compter, compenser. Le paysage ne peut rien pour leurs priorités. Dans la rue, les passants passent. Sans rien voir, juste avancer. Courir vers la prochaine étape. En avance vers celle d’après. Sans cesse. Sans arrêt. Sans plaisir. Jamais. Les trottoirs gris, les caniveaux, une banque, un assureur, une banque, une agence immobilière. Pas d’autres boutiques pour subsister ? Une banque, un assureur, une agence immobilière. Tiens, un point soleil ! C’est une blague ? À quand un point oxygène ? Un point rire ? Un point câlin ? Ah non. Ça, un point câlin, bon…

Ronan ne comprend pas le monde, il attend le weekend, les vacances, pour partir loin de tout. Alors, en attendant, il court, il rit, il imagine, ça lui suffit. Il écoute aussi : un enfant pleure. Sa maman crie. Elle tire sur son bras. Il faut y aller, avancer, tout droit. Le temps n’attend pas, tu comprends ? Mais le petit gars freine de tout son poids. Évidemment, il ne comprend pas. Ce qu’il veut c’est son ballon rouge qui s’envole par-là. Juste un instant pour le raccrocher à son poignet et après ils pourront avancer. Sa maman n’entend pas, elle ne voit que l’heure qui tourne et ne se rattrape pas.

La vie est bien faite parfois. Ronan n’est pas loin : il se déploie. Un peu éblouit par le soleil, mais il y croit. Il n’échouera pas. Impossible. Il tend sa main, son bras, ses jambes, sur la pointe des pieds, son corps s’accroît. Les muscles s’étirent encore et encore. C’est possible. Le vent l’aide un peu. Encore un effort. Le ballon se rapproche, enfin. Il se laisse cueillir. Ronan se replie vite, ferme sa petite main et sourit. Voit que l’enfant est parti. Rien n’est perdu, il a 10 ans, tout est possible. C’est pour ça qu’on grandit. Si on savait, on resterait petit. Il court tant qu’il peut, en trois pas, il fait au moins mille lieux. Une flamme rouge vif court avec lui, joli ballon danse au-dessus, sautille, frétille, pendu à son fil.

À l’angle de la rue, il l’aura rattrapé. Il pourra lui rendre. Ronan sera fier, se sentira grand. De ceux qui savent ce qui est vraiment important.

 

 

 

23 réflexions sur “ATELIER D’ECRITURE BRIC A BOOK #42

  1. Bonjour Anne-Véronique. Je me retrouve bien dans les traits de Ronan aspirant à plus de nature, attentif à l’essentiel : la poursuite du ballon pour le rendre à son propriétaire.

    Texte fluide, visuel qui nous fait bien partager les sentiments de jeune garçon. Bravo !

    Aimé par 1 personne

  2. Benedicte D.

    J’adore ta dernière phrase  » De ceux qui savent ce qui est vraiment important »….Elle contient tout le reste de ton texte, ce temps qui court et presse, passé dans un monde beaucoup plus mercantile que ludique, ce temps que personne n’a pour rattraper le ballon perdu sauf Ronan qui lui, croit encore en un univers qui aurait une autre dimension….

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